Au Québec, plusieurs espèces de tortues sont en situation précaire. La collision avec des véhicules est l’une des principales causes du déclin de nombreuses populations de tortues. Deux projets ont été réalisés pour trouver des solutions à ce problème.

Tortue serpentine sur le bord d’une route.
Tortue serpentine sur le bord d’une route. © Frédérick Lelièvre, MFFP.

Les tortues ont la particularité de vivre sur la terre et dans l’eau. Saviez-vous qu’une tortue peut parcourir plusieurs centaines de mètres sur la terre pour passer d’un milieu humide à un autre, ou encore pour regagner son lieu de ponte? Puisqu’elle doit traverser des routes pour y parvenir, la collision avec des véhicules est fréquente.

Contrairement à d’autres animaux, les tortues atteignent leur maturité sexuelle tardivement, soit vers 10 ans, et seul un faible pourcentage des jeunes atteindront l’âge adulte. Ainsi, la mort d’une tortue sur la route engendre de graves répercussions sur sa population.

Les spécialistes estiment qu’une hausse de seulement 2 % de la mortalité annuelle serait suffisante pour entraîner le déclin d’une population de tortues.  

Des projets de recherche à la rescousse des tortues

S’il est clair pour les spécialistes que la mortalité due aux collisions sur les routes est un problème majeur pour la survie des populations de tortues, trouver un moyen qui permettrait de le contrer efficacement ne se révèle toutefois pas facile!

Des initiatives, comme l’installation de panneaux de signalisation, ont déjà été testées au Québec et ailleurs au Canada, mais peu d’études se sont penchées sur leurs résultats. Mieux connaître les endroits précis où une intervention serait requise pour aider les tortues et évaluer leur efficacité s’avérait nécessaire. 

Le Ministère a collaboré à deux projets de recherche. Le premier a consisté à cartographier les zones à haut risque de présence de tortues sur nos routes. Le second a permis d’évaluer l’efficacité de l’utilisation de panneaux de signalisation pour indiquer la présence de tortues sur des routes.

Un atlas pour répertorier les endroits à haut risque de présence de tortues

Une équipe de l’Université Concordia a conçu un modèle permettant de prédire les zones à haut risque de présence de tortues sur les routes du Québec. L’objectif était de cibler les endroits où pourraient survenir des collisions entre des véhicules et des tortues. En identifiant les zones à haut risque, les équipes peuvent se rendre sur le terrain pour les confirmer. Ensuite, des mesures d’atténuation peuvent être mises en place plus rapidement et efficacement.

Pour concevoir ce modèle, les chercheurs ont utilisé des données d’observation de tortues colligées par le Ministère et ses partenaires ainsi que des caractéristiques du paysage influençant la présence de tortues. Ils ont aussi dû prédire la présence des tortues sur le réseau routier en fonction de ces caractéristiques. Mentionnons que les données fournies par le public représentent environ 20 % des données analysées. Ce pourcentage non négligeable témoigne de toute l’importance de la science citoyenne dans les études scientifiques.

L’étude s’est limitée à l’aire de répartition de la tortue des bois, puisqu’elle englobe bien toutes celles des autres espèces de tortues en situation précaire au Québec. L’île de Montréal, l’île de Laval et la ville de Québec ont été exclues parce que ces zones sont peu susceptibles de renfermer un habitat adéquat pour nos tortues.

L’étude a mené à la création d’un atlas numérique qui permet de visualiser les endroits à haut risque de présence de tortues sur les routes. Celui-ci constitue un atout majeur dans le choix d’endroits où l’installation de mesures d’atténuation serait salutaire pour nos tortues. L’outil permet également d’orienter les études futures et, ainsi, d’encourager les chercheurs et les chercheuses à concentrer leurs efforts sur des lieux où le risque de mortalité des tortues est accru.

Cet atlas est disponible pour les partenaires qui désirent participer à la recherche et à la conservation des tortues au Québec. Nous les invitons à communiquer avec nous à l'adresse suivante si ces travaux les intéressent : retablissement.faune@mffp.gouv.qc.ca

L’évaluation de l’utilisation de panneaux de signalisation comme mesure d’atténuation

L’équipe de la Société d’histoire naturelle de la vallée du Saint-Laurent, en collaboration avec le parc national de la Mauricie et le Ministère, a effectué une étude sur l’efficacité de panneaux de signalisation avec et sans messages variables. L’équipe devait vérifier si la signalisation le long d’une route pouvait sensibiliser les conducteurs à l’importance de réduire leur vitesse.

Les résultats obtenus semblent indiquer que l’utilisation de panneaux statiques, qu’ils soient accompagnés ou non d’un panneau à messages variables, n’est pas assez efficace pour faire réduire suffisamment la vitesse des automobilistes.

Toutefois, l’étude a démontré que les personnes qui étaient au courant de la situation précaire des tortues du Québec avaient près de 20 % plus de chance de voir les panneaux de signalisation et, donc, de réduire leur vitesse.

L’étude recommande d'utiliser ces deux types de panneaux, mais précise de les jumeler avec d'autres mesures de réduction de vitesse, comme les dos d'âne. Elle suggère aussi de créer des passages sécurisés pour la faune, avec, par exemple, des clôtures aux endroits plus à risque pour elle.

Participez à la conservation des tortues

Vous pouvez participer à la conservation des tortues grâce à différents gestes simples et concrets. Voici quelques exemples :

  • Soyez attentif aux panneaux de signalisation sur les routes. Ralentissez votre vitesse, en particulier lors de vos sorties en milieux naturels.
  • Parlez de la situation des tortues du Québec à vos proches. En étant plus nombreux et nombreuses à être sensibilisés au risque de frapper une tortue sur la route, nous pouvons faire une grande différence dans leur survie.
  • Partagez vos observations de tortues sur le site Web de Carapace.ca Cet hyperlien s'ouvrira dans une nouvelle fenêtre.. Que vous voyiez des tortues en pleine forme en train de se prélasser au soleil sur un billot ou, malheureusement, écrasées sur le bord d’une route, informez-nous de votre observation : ces données sont très importantes pour les biologistes qui veillent à la conservation des tortues. Vos observations contribuent aussi au suivi de la mortalité dans les zones prioritaires ciblées grâce à l’atlas.

Dernière mise à jour : 7 septembre 2022