Vivre le deuil en contexte de pandémie

L’actuelle pandémie reliée au coronavirus (COVID‑19) constitue une réalité particulière et inhabituelle. En effet, il est impossible de prévoir avec exactitude quelle personne de notre entourage sera contaminée ou non et qui en guérira. Bien que la plupart des personnes atteintes de la COVID‑19 se rétablissent par elles-mêmes, il peut toutefois arriver, dans certains cas, que la maladie entraîne le décès d’une personne ayant contracté la maladie. Celle-ci peut malheureusement être une personne qui nous est chère. Malgré les incertitudes et les pertes qu’une pandémie peut occasionner, une telle situation fait appel aux capacités d’adaptation et d’organisation des individus, des familles, de la communauté et de l’ensemble de la société. Elle sollicite particulièrement l’entraide et la solidarité lorsque tout danger de contamination est écarté.

Faire le deuil d’une personne est une réalité de la vie qui peut parfois être très éprouvante. Dans un contexte de pandémie, il importe tout d’abord de répondre à ses propres besoins et à ceux de ses proches, de réorganiser le quotidien, d’assurer sa sécurité et d’essayer le plus possible de maintenir un minimum d’activités quotidiennes tout en tenant compte des restrictions imposées, notamment pour limiter les risques de contamination.

Le deuil est un processus qui peut varier d’une personne à l’autre. Il peut être influencé par la relation avec la personne décédée, les expériences passées, la culture, les croyances, les valeurs, le soutien disponible.

Deuil chez l’adulte

Voici quelques réactions fréquentes :

  • une douleur affective très vive qui peut sembler insurmontable;
  • un sentiment de colère, d’injustice, des sautes d’humeur;
  • un sentiment de solitude, de vide, d’impuissance, de tristesse ou de désespoir;
  • de la confusion, des difficultés d’attention, de concentration et de mémoire;
  • le repli sur soi et le désintérêt par rapport à ses activités habituelles;
  • du stress, de l’anxiété, de l’agitation, un serrement dans la poitrine;
  • des difficultés liées au sommeil et à l’appétit;
  • une remise en question de ses sentiments de sécurité et de confiance;
  • une impression de fonctionner par automatisme.

L’intensité et la durée de ces manifestations varient d’un individu à l’autre. Il est normal d’être perturbé et ébranlé. C’est pourquoi il est très important de s’accorder le temps nécessaire pour se rétablir et, surtout, d’adopter une attitude de bienveillance envers soi-même et les autres. Aucun temps précis n’est déterminé pour la résolution d’un deuil.

Surmonter le deuil

Vous êtes la personne la mieux placée pour identifier vos forces, vos ressources et vos besoins. Voici quelques questions pour vous aider à les cibler :

  • Si j’ai déjà vécu un deuil, comment ai-je surmonté la perte? Qu’est-ce qui m’a aidé à ce moment-là à tenir le coup? Que puis-je mettre en pratique dans la situation actuelle?
  • Quelles stratégies d’adaptation peuvent m’être utiles?
  • Qu’est-ce que les gens reconnaissent comme forces chez moi et que je peux utiliser dans mon processus de deuil actuel?
  • Parmi les personnes de mon entourage, avec qui ai-je la possibilité d’échanger sur la situation et de partager mes sentiments?
  • Qui peut m’apporter du soutien (repas, accompagnement pour les formalités, garde des enfants, etc.)?
  • Quels groupes d’entraide et services professionnels existent dans ma communauté pour me venir en aide? Comment puis-je avoir accès à ces services?

Quelques moyens qui peuvent vous aider :

  • Permettez-vous de discuter de la perte ou du deuil en famille ou avec des proches. Il est normal d’avoir besoin d’en parler régulièrement. Rappelez-vous que chacun vit son deuil selon son propre rythme et de façon différente. Il importe donc de le respecter.
  • Demeurez attentif à vos sentiments, émotions et réactions. Donnez-vous la permission de les exprimer à une personne de confiance ou de les exprimer par un autre moyen comme l’écriture.
  • Malgré la situation, tentez de retrouver une certaine routine quotidienne en adoptant de saines habitudes de vie comme une bonne alimentation, des heures de sommeil suffisantes ou des moments de détente.
  • Même si vous n’en avez pas toujours envie, reprenez vos activités et vos loisirs lorsque vous vous sentez en mesure de le faire. Malgré la peine ressentie, cela peut contribuer à vous changer les idées.
  • Rappelez-vous les moyens que vous avez déjà utilisés dans le passé pour surmonter une période difficile.
  • Évitez de consommer de l’alcool ou des drogues pour diminuer le stress. Une surconsommation de ces produits peut constituer un frein à l’acceptation de la perte et créer des réactions anxieuses ou dépressives.
  • Évitez de prendre des décisions importantes lorsque vous êtes en situation de bouleversement.
  • Préparez une cérémonie d’adieu qui vous est personnelle.

Lorsque les risques de contamination ne sont plus présents :

  • Évitez un trop grand isolement, maintenez un certain équilibre entre le temps que vous passez en solitaire et le temps que vous passez avec les autres.
  • N’hésitez pas à exprimer vos besoins aux personnes de votre entourage, par exemple pour s’occuper des enfants, faire des tâches domestiques, vous accompagner dans certaines démarches.
  • Favorisez l’entraide et la solidarité. Tout en respectant vos limites, le fait d’aider les autres peut contribuer à votre mieux-être.
  • Participez à des activités avec des gens qui vivent une situation semblable.

Deuil chez l’enfant et l’adolescent

Tout comme les adultes, les enfants et les adolescents peuvent vivre la perte d’une personne chère en tout temps, et particulièrement en période de pandémie reliée à la COVID‑19. Le décès d’un être estimé est un événement bouleversant. Dans tous les cas, il s’agit d’une expérience douloureuse, difficile et complexe.

La pandémie actuelle a une influence considérable sur le deuil. L’isolement, l’arrêt d’activité sportive ou sociale, la proximité dans les foyers peuvent rendre le deuil encore plus difficile à vivre. Le stress occasionné par les changements peut intensifier les réactions et rendre plus difficile la communication familiale. La modification ou l’absence de certains rites en période de pandémie a aussi une incidence sur la compréhension de la mort.

Vous vivez peut-être, vous aussi, la mort d’un être cher. Dans ce cas, vous ne vous sentirez peut-être pas capable et disponible, pour un temps, d’offrir le soutien nécessaire à votre enfant. C’est tout à fait normal : vous n’avez pas à vous sentir coupable. N’hésitez pas à appeler des ressources pour demander conseils ou à demander à un membre de votre famille ou à un ami d’appeler votre enfant afin de vous aider, particulièrement en période de confinement.

Chaque enfant et chaque adolescent est unique. Chacun possède sa façon bien à lui de comprendre la mort et d’exprimer son chagrin, ses malaises, ses inquiétudes. Ses réactions seront déterminées par son âge, sa maturité, sa culture, le lien qui l’unissait à la personne disparue, son réseau de soutien et plusieurs autres facteurs.

Il n’est pas facile d’annoncer à un enfant qu’il vient de perdre un être cher et de l’accompagner dans son deuil. Vous êtes probablement vous aussi sous le choc de la nouvelle. Quoi dire et comment le dire?

Malheureusement, il n’existe aucune recette magique pour éviter la douleur de la perte d’une personne aimée. Une meilleure compréhension de leur façon de concevoir la mort et de leurs réactions peut cependant être utile afin d’utiliser les mots et les gestes qui rassurent.

Enfants de 0 à 2 ans

Le jeune enfant n’a pas conscience de la notion de la mort. Il ressent profondément l’absence corporelle de la personne qui lui prodigue normalement des soins, de l’attention et de l’amour, qui le sécurise et qui est essentielle à son bon développement. S’il n’a pas conscience de la notion de la mort, il peut cependant ressentir profondément ce que ressentent les autres, comme la tristesse, le désarroi, et y réagir par des comportements.

Manifestations possibles :

  • Pleurer, vouloir se faire prendre plus souvent, s’agripper.
  • Être plus agité, irritable.
  • Vivre de l’insécurité, des angoisses de séparation.

Comment aider :

  • Soyez conscient que le jeune enfant est grandement influencé par la perte du lien affectif qui est primordial à sa sécurité et à son développement. D’où l’importance qu’une personne significative prenne la relève et s’assure que ses besoins sont comblés, tels que les soins, l’amour, la sécurité.
  • Avec le nourrisson, gardez un contact visuel, parlez-lui doucement, bercez-le, cajolez-le, etc.
  • Maintenez-le dans un milieu familier avec les gens et l’environnement qu’il connaît.
  • Préservez autant que possible la routine pour le coucher, les repas, la sieste, etc.
  • Parlez-lui doucement de ce qui est arrivé. Même s’il ne comprend pas, il sentira votre réconfort.
  • Dites-lui les vrais mots, simplement. Même s’il ne comprend pas ça vous aidera à lui en parler au fil des années.
  • Prenez des photos de ce que vous pouvez voir ou de ce à quoi vous assistez sans lui. Le jour où il voudra voir pour mieux comprendre, il le pourra.

Enfants de 3 à 5 ans

Dans cette étape, l’enfant comprend plus ou moins ce que veut dire la mort. Pour lui, c’est une séparation, un abandon. Il ne comprend pas ce que veut dire pour toujours. Les vieilles personnes peuvent mourir, mais pour un temps seulement. Elles redeviendront vivantes comme dans les dessins animés. Le jeune enfant a besoin d’évacuer rapidement la souffrance en s’activant, en bougeant. Il peut jouer à des jeux qui ont rapport avec la mort, aux funérailles, à l’enterrement. Il a besoin aussi de préserver la personne disparue dans son imagination en lui parlant, en gardant un objet lui ayant appartenu. Il apprend ainsi à apprivoiser la réalité de la mort. N’oublions pas que c’est l’âge de la pensée magique. Il peut ainsi croire que ses pensées ont pu changer le cours des événements et se sentir responsable de la mort ou penser qu’il a le pouvoir de faire revivre la personne.

Manifestations possibles :

  • Vivre de la tristesse, se sentir abandonné.
  • Recommencer à sucer son pouce, faire pipi au lit.
  • Vivre de l’insécurité, manifester son anxiété par des maux de ventre, de tête.
  • Faire des cauchemars, avoir un sommeil agité, de la difficulté à s’endormir.
  • Avoir des changements dans son appétit.
  • Se montrer agressif ou colérique, par exemple taper son ourson, se chamailler plus souvent avec ses amis.
  • Avoir des difficultés dans ses relations avec les amis de la garderie. L’enfant craindra peut-être de s’attacher à un autre, de l’aimer, de peur de le perdre, lui aussi.
  • Avoir des comportements changeants, un instant se sentir triste et, quelques minutes après, jouer, s’amuser.
  • Se préoccuper du bien-être de la personne disparue.

Comment aider :

  • Évitez de faire comme si rien n’était arrivé sous prétexte que vous devez le protéger ou qu’il est trop jeune pour comprendre.
  • L’enfant a besoin de savoir ce qui se passe. Préparez-le, n’attendez pas qu’il apprenne la vérité d’une autre façon sans y être préparé.
  • Expliquez-lui la situation dans des mots simples qu’il comprendra.
  • Par exemple, vous pouvez lui dire que son papa ou sa maman, son petit frère ou son ami est mort, qu’il ne reviendra pas. Dites-lui que c’est normal d’avoir du chagrin. Même s’il ne comprend pas tout, il sentira votre réconfort.
  • Soyez franc, évitez de lui raconter des histoires, de lui dire que son papa s’est endormi pour toujours ou qu’il est parti au ciel. L’enfant sait que lorsque l’on s’endort, on doit normalement se réveiller. Il peut ainsi développer des craintes de s’endormir.
  • Rassurez-le en lui disant que personne ne va l’abandonner.
  • Aidez-le à exprimer ses émotions, par le jeu, le dessin.
  • Déculpabilisez-le. Rassurez-le en lui disant, souvent, qu’il n’est aucunement responsable de la mort, qu’il n’a rien fait. Dites-lui aussi que la personne ne reviendra pas, même s’il le désire très fort.
  • S’il le désire, faites-le participer aux visites au salon funéraire, aux funérailles, à l’enterrement. Expliquez-lui comment ça va se passer : le cercueil et la personne exposée, les gens qui seront présents, les gens qui pourraient pleurer, etc. S’il ne veut pas, faites-lui vivre son petit rituel de deuil afin de lui permettre de faire ses adieux.
  • En contexte de COVID-19, expliquez-lui les rites qui auront lieu à la fin de la pandémie ou expliquez-lui les rites et s’il peut ou non y assister. S’il y a diffusion à distance et qu’il désire y assister, accompagnez-le chaleureusement dans le visionnement et répondez à ses questions.
  • Rassurez-le de façon concrète en ce qui concerne ce qui va lui arriver dans un avenir prochain : expliquez-lui qu’on viendra encore le chercher à la garderie, etc.
  • Permettez-lui de jouer à des jeux en relation avec la mort, les funérailles, etc. Il exprime ainsi à travers le jeu ce que cette épreuve lui fait vivre.
  • Informez la garderie de la situation. Ce sont des alliées qui peuvent aider votre enfant à vivre son deuil.
  • Écoutez-le exprimer ses préoccupations sur le bien-être de la personne décédée. Rassurez-le en lui disant que la personne décédée ne ressent pas la douleur, la faim, qu’elle n’a pas peur.
  • Préservez autant que possible la routine pour le coucher, les repas, la sieste, etc.

Enfants de 6 à 8 ans

L’enfant de cet âge commence à avoir une meilleure notion du temps, mais se fait encore difficilement à l’idée que la personne décédée ne reviendra pas. La mort, pour lui, n’arrive qu’aux vieilles personnes et aux personnes très malades. L’enfant qui fait face à la mort d’une personne jeune apprend que même les jeunes peuvent mourir, et il peut avoir peur de mourir, lui aussi. De six à huit ans, l’enfant est beaucoup plus sensible et est influencé par les réactions vécues par son entourage, telles que la tristesse, la souffrance, ce qui peut l’amener à mettre de côté sa propre tristesse pour ne pas peiner davantage son parent et ses proches.

Manifestations possibles :

  • Se sentir coupable et responsable de la mort. L’enfant n’est pas nécessairement conscient de cela.
  • Avoir peur d’être malade, de mourir. L’enfant peut l’exprimer par des mots, comme « j’ai peur quand je suis tout seul dans mon lit », ou l’exprimer par des maux : avoir mal au ventre, à la tête, au cœur, etc. Il peut aussi vivre ses craintes en silence.
  • En contexte de COVID‑19 particulièrement, se demander : « Je tousse, est-ce que je vais mourir? »
  • Éprouver des difficultés à l’école, avoir des problèmes d’attention, de concentration, un rendement scolaire à la baisse, un désintérêt de l’école, refuser d’aller à l’école par insécurité de quitter ses proches.
  • Avoir des problèmes de comportement, comme l’agressivité, la colère, les bagarres.
  • Se sentir bizarre de ne pas être comme les autres enfants.
  • Se sentir triste, pleurer, avoir peur d’être abandonné ou, au contraire, se montrer joyeux.

Comment aider :

  • Répondez à ses questions, soyez franc. Admettez que vous n’avez pas toutes les réponses.
  • N’hésitez pas à parler de ce que vous ressentez, à montrer vos réactions et émotions à votre enfant.
  • Dites-lui qu’il n’y a pas de honte à avoir de la peine, de la colère ou de la peur, que ça vous arrive aussi. Vous lui donnez ainsi la permission d’en faire autant.
  • Aidez-le à exprimer ce qu’il vit par le jeu, le dessin, les activités, les échanges.
  • Respectez sa façon de vivre son deuil. Certains enfants vont pleurer, d’autres non. Ça ne veut pas dire pour autant qu’ils ne sont pas tristes, c’est leur façon à eux de faire leur deuil.
  • Informez l’école de la situation. Ce sont des alliées qui peuvent aider votre enfant à vivre son deuil.
  • Rassurez-le de façon concrète quant à ce qui va lui arriver dans un avenir prochain : expliquez-lui qu’on va encore l’aider dans ses leçons, que quelqu’un va l’attendre à l’arrêt d’autobus, etc. Rassurez-le sur le fait que vous l’aimez, que vous et les autres membres de la famille êtes là pour lui.
  • Maintenez autant que possible la routine, les limites et ses repères qui l’aideront à maintenir son équilibre : aller à l’école, poursuivre ses activités sportives, etc.
  • Donnez-lui un objet ayant appartenu à la personne disparue. Laissez-le choisir.

Enfants de 9 à 12 ans

À cette étape, l’enfant sait que tout le monde va mourir un jour, même lui. Il continue à tenter de comprendre le caractère définitif et irréversible de la mort. Tout comme les plus jeunes, il peut se sentir coupable et responsable de la mort. Il est aussi très sensible à ce que ressentent ses proches et peut s’approprier leurs émotions, leurs réactions. Il peut aussi adopter un rôle inadéquat et vouloir soulager ou consoler son parent triste. À cet âge, il oscille entre être petit et être grand. On observe des questionnements comme les suivants : « Qu’est-ce qui se passe après la mort? Où va l’âme? » L’enfant peut aussi demander des détails sur la cérémonie funéraire, sur ce qui va arriver avec le corps de la personne décédée.

Manifestations possibles :

  • Exprimer des craintes face à l’avenir, face à ce qu’il va devenir.
  • Se sentir triste, pleurer ou, au contraire, ne pas vouloir montrer sa peine.
  • Éprouver des difficultés à l’école, des problèmes d’attention, de concentration, un rendement plus faible, un désintérêt.
  • Avoir des sautes d’humeur, être irritable, agressif, provoquer des conflits plus fréquents avec ses frères et sœurs, ses parents, ses amis.
  • Vivre de l’insécurité, du stress, de l’anxiété.

Comment aider :

  • N’hésitez pas à partager avec lui ce que vous ressentez, comme la peine, la colère, la culpabilité, et dites-lui que c’est normal.
  • Encouragez-le à parler à une personne en qui il a confiance.
  • Soyez ouvert et réceptif à ses questionnements, demandez-lui comment il voit la mort.
  • Rassurez-le et réconfortez-le, dites-lui qu’il n’est pas responsable du décès.
  • Proposez-lui d’écrire à la personne disparue ou de tenir un journal intime où il pourra inscrire ce qu’il aurait souhaité lui dire, comment il se sent, etc.
  • S’il est agressif ou colérique, encouragez-le à faire des activités pour faire sortir son trop-plein.
  • Informez l’école de la situation.
  • Informez-le des rites funéraires à venir, de votre respect et de votre soutien.
  • Maintenez autant que possible la routine, les limites et les repères qui l’aideront à maintenir son équilibre : aller à l’école, poursuivre ses activités sportives, garder contact avec ses amis.

Adolescent

À l’adolescence, le jeune se sent invulnérable, il démontre que rien ne peut le toucher. Il comprend que la mort est la fin de la vie, mais ça n’arrive qu’aux autres, pas à lui. La mort d’un proche vient bousculer ses pensées et lui fait prendre conscience de sa propre mort. Ses réactions face à la perte balancent entre celles de l’enfant et celles de l’adulte.

Toutefois, à cet âge, son impression d’invulnérabilité et son désir d’être autonome, de se distancier de ses parents, de voler de ses propres ailes peuvent susciter chez lui des réactions parfois déroutantes pour les adultes.

Manifestations possibles :

  • Paraître indifférent et insensible à ce qui arrive. C’est sa façon à lui d’encaisser le choc.
  • Refuser de se confier à sa famille et rejeter son soutien. Cependant, il n’en demeure pas moins qu’il peut être bouleversé et qu’il a, lui aussi, besoin d’être rassuré, de sentir et de savoir qu’il peut compter sur l’adulte.
  • Préférer la présence (virtuelle en période de confinement) de ses amis.
  • Avoir des attitudes agressives envers sa famille, faire des reproches.
  • S’absenter de ses cours, éprouver du désintérêt.
  • Vivre de la colère, de la tristesse, de la culpabilité.
  • Se sentir anxieux et vivre de l’insécurité.
  • Consommer de l’alcool, de la drogue.

Comment aider :

  • Expliquez-lui la situation et les circonstances de la mort.
  • Respectez sa façon de vivre son deuil, son besoin d’être seul ou avec ses amis. Offrez-lui votre écoute : « Si tu as envie de parler, je suis là, n’hésite pas. ». N’insistez pas s’il ne veut pas parler, l’important, c’est qu’il sache qu’il peut compter sur vous. Les ados veulent savoir que les adultes sont disponibles, mais n’aiment pas être surprotégés.
  • Partagez avec lui les souvenirs, suggérez-lui de faire une activité symbolique de séparation comme faire un montage de photos‑souvenirs, répertorier les anecdotes, etc.
  • Dites-lui comment vous vous sentez, qu’il n’y a pas de honte à pleurer, à avoir peur, que ça vous arrive aussi. Évitez de ridiculiser ses inquiétudes, ses peurs : « Tu n’es plus un bébé. ».
  • Maintenez autant que possible les règles, les interdits, les heures d’entrée, de sortie.
  • Encouragez-le à maintenir ses activités, à garder contact avec ses amis (en respectant les mesures mise en place pour freiner la propagation de COVID‑19).
  • Informez l’école de la situation (à la reprise des classes).

Comment savoir si le jeune surmonte son deuil

L’enfant ou l’adolescent endeuillé ne possède pas nécessairement le vocabulaire pour parler de son deuil et il est souvent tenté de cacher ses réactions. Il peut donc être difficile de connaître son état réel. C’est en observant son comportement, ses émotions et son état physique depuis la mort de l’être cher que vous en apprendrez davantage.

Voici quelques repères. Votre enfant ou votre adolescent est sur la bonne voie si :

  • Ses réactions diminuent graduellement.
  • Son état général est bon.
  • Il vit des périodes de joie.
  • Il se permet d’exprimer ses émotions, réactions et questionnements.
  • Il démontre de l’intérêt dans diverses activités.
  • Il dort et mange adéquatement.
  • Il pleure ou est silencieux. Il vit une perte importante, ne l’oublions pas.

Votre enfant ou votre adolescent ira encore mieux si :

  • Ses proches acceptent qu’il vît son deuil à son rythme.
  • Les adultes qui l’entourent lui offrent un accompagnement adéquat au fil des années.
  • Les adultes ne pensent pas pour lui, mais le laissent exprimer ses propres besoins.
  • Son entourage se porte mieux.

L’enfant ou l’adolescent peut aller mieux pendant plusieurs mois, puis, soudainement, revivre des sentiments difficiles concernant son deuil. C’est que plus l’enfant ou l’adolescent endeuillé gagne en maturité, meilleure est sa compréhension de la mort.

C’est un passage obligé qui démontre qu’il vit sainement cette perte survenue très tôt dans sa jeune vie. Cela est normal et peut durer ainsi pour toute la vie, car le deuil ne se calcule pas en temps, mais en amour.

Demander de l’aide

Malgré les moyens utilisés pour surmonter la situation, il est possible que vous ayez besoin de recourir à des services d’aide professionnelle. Voici des signaux d’alarme possibles :

  • Je vis des perturbations importantes et persistantes liées à l’appétit et au sommeil.
  • J’ai de la difficulté à fonctionner dans mes différents rôles (famille, travail, loisirs).
  • Je sens une baisse marquée de mon intérêt pour les choses que j’aimais auparavant.
  • Je m’isole constamment de mes proches.
  • Ma consommation d’alcool, de drogues, de médicaments ou autres substances a considérablement augmenté.
  • Je n’arrive plus à me concentrer ou à prendre des décisions.
  • Je ressens une souffrance intense qui perdure ou, au contraire, je fais comme si rien ne s’était passé et je ne ressens aucune émotion.
  • Je me sens envahi par l’événement au point de penser au suicide ou à m’en prendre à une autre personne.

Soyez également à l’écoute des signes de fatigue ou d’épuisement et consultez les services d’un professionnel au besoin. Vous n’êtes pas seul à vivre cette situation. N’hésitez pas à demander de l’aide.

Connaître les coordonnées des ressources d’aide disponibles.

Comment savoir si le jeune a besoin de l’aide

Si les réactions ont tendance à s’intensifier et à se prolonger chez votre enfant ou votre adolescent, cela peut être un signe qu’il éprouve de la difficulté à vivre son deuil et qu’il a peut-être besoin d’une aide professionnelle. N’hésitez pas à consulter.

Voici quelques exemples :

  • Pour un bébé, ne plus rechercher le contact visuel, dormir plus fréquemment, etc.
  • Faire de l’insomnie, des cauchemars fréquents, avoir une perte d’appétit, une perte de poids.
  • S’isoler, se replier sur soi comme ne plus avoir le goût de jouer, de voir ses amis.
  • Faire des abus d’alcool, de drogue.
  • Éprouver un désintérêt marqué pour ce qui l’intéresse habituellement.
  • Vouloir se retrouver avec la personne disparue et le manifester à plusieurs occasions.
  • Avoir des idées suicidaires et faire des allusions à ce sujet.

Connaître les coordonnées des ressources d’aide disponibles.

Ressources d’aide

À tout moment, il est possible de demander de l’aide auprès d’un professionnel de la santé et des services sociaux. C’est gratuit et confidentiel.

Services pour les personnes endeuillées

Autres ressources