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Article Des actions gagnantes pour mieux gérer l’eau dans les élevages


Les changements climatiques fragilisent l’équilibre entre les besoins en eau des exploitations agricoles et la disponibilité de cette ressource.

Les sécheresses plus fréquentes, les vagues de chaleur intenses et les pluies irrégulières ont des conséquences sur la gestion de l’eau, tant pour l’abreuvement et le refroidissement des animaux que pour l’entretien des installations et la production fourragère. En effet, ces phénomènes météorologiques font varier les réserves d’eau souterraine ou de surface, détériorent la qualité de l’eau et peuvent générer des restrictions d’usage dans certaines régions. Cela affecte le bien-être animal, mais aussi la rentabilité des exploitations agricoles. Il faut donc repenser stratégiquement la gestion de l’eau et poser dès maintenant des actions concrètes pour optimiser son utilisation.

Système d’abreuvement

Certains équipements d’abreuvement réduisent le gaspillage d’eau par les animaux. En effet, selon une étude du Centre de développement du porc du Québec (CDPQ), l’utilisation d’un bol avec couvercle diminue le gaspillage de plus de 20 %, le faisant passer de 27 % à 5 % comparativement à la suce conventionnelle. De plus, on optimise l’utilisation de l’eau en ajustant la hauteur et le débit de l’équipement d’abreuvement en fonction de l’espèce et du stade physiologique des animaux. Ces changements n’affectent aucunement les performances des animaux.  

Procédures de lavage

Plusieurs facteurs influencent la quantité d’eau utilisée pour laver les bâtiments d’élevage : le protocole de lavage et de prétrempage, les agents nettoyants utilisés, le type de bâtiment, l’expérience de l’opérateur, etc. Chacune des étapes du protocole doit être soigneusement réfléchie pour en améliorer l’efficacité.

On peut adapter les équipements de lavage en vue d’utiliser efficacement l’eau. Par exemple, toujours selon une étude du CDPQ, l’utilisation d’une buse rotative (rotabuse) économise jusqu’à 35 % d’eau comparativement à une buse plate. Elle réduit aussi le temps nécessaire au nettoyage, peu importe la nature du plancher..  

De plus, le lavage à l’eau chaude, entre 35 et 37 °C, réduit le volume d’eau requis de 25 % en maternité porcine et de 34 % en engraissement. L’eau chaude diminue également le temps de lavage. Elle améliore la qualité sanitaire des surfaces nettoyées en réduisant le développement bactérien.

Les bonnes pratiques en gestion de l’eau diminuent le volume d’eau et de déjections à stocker et à épandre dans les champs. Le CDPQ chiffre cette économie à 4 067 $ annuellement pour un bâtiment d’engraissement porcin de 1 500 places. Il est possible de réduire les coûts pour tous les types d’élevages et d’espèces animales.  

Surveillance en continu de la consommation de l’eau

Grâce aux compteurs d’eau traditionnels et à ceux intégrés dans des panneaux de contrôle, il est désormais simple et abordable de surveiller la consommation d’eau en continu. Ces technologies détectent les problèmes du système d’eau comme un manque d’eau, une baisse de pression, une fuite ou une baisse de niveau dans les puits. S’il détecte une anomalie ou une fluctuation journalière importante, le système de surveillance envoie une alerte. Il coupe automatiquement l’eau grâce à des valves électriques en vue de limiter le gaspillage. Ces technologies sont aussi très utiles pour surveiller le troupeau. Elles révèlent rapidement des problèmes comme une baisse de consommation d’eau chez les animaux, ce qui permet d’agir rapidement. 

Conditions ambiantes favorables aux animaux  

Les animaux consomment beaucoup plus d’eau lorsqu’ils ont chaud. Par exemple, la volaille en consomme 50 % plus lorsque la température ambiante est supérieure à 30 °C. Plusieurs solutions existent pour refroidir les animaux, et ainsi, diminuer leur consommation d’eau. Parmi celles-ci, on peut améliorer la ventilation, leur donner accès à de l’ombre au pâturage et utiliser un système de refroidissement. La consommation d’eau liée au refroidissement est négligeable en comparaison avec celle utilisée pour l’abreuvement, d’autant plus que le système ne fonctionne que de deux à trois mois par an.

Stockage de l’eau

Même s’il est avantageux d’optimiser l’utilisation de l’eau à la ferme, il faut aussi se rappeler que l’approvisionnement en eau par un puits ou un réseau d’aqueduc n’est pas garanti. En effet, il est recommandé de sécuriser l’approvisionnement avec des réserves d’eau pour faire face aux situations à risque telles qu’un puits à sec ou une interruption du service d’aqueduc. Par exemple, en production porcine, les réserves devraient couvrir les besoins essentiels en eau pour un minimum de deux jours.  

L’ajout d’une réserve d’eau peut s’avérer plus difficile dans des installations d’élevage existantes. Toutefois, si vous améliorez vos infrastructures, c’est l’occasion idéale d’installer une telle réserve en tenant compte des critères suivants :

  • La réserve doit être en mesure de faire face aux pics de consommation quotidiens;
  • Elle doit pouvoir être alimentée par un camion-citerne en cas de besoin;
  • On doit pouvoir la nettoyer et la désinfecter facilement;  
  • La réserve doit inclure un système de traitement de l’eau selon sa provenance.

Réutilisation de l’eau  

Certaines fermes d’élevage vont encore plus loin. Par exemple, dans une exploitation laitière, l’eau utilisée par le refroidisseur à plaques demeure potable et peut être facilement récupérée et réutilisée. Par ailleurs, les bâtiments d’élevage offrent une surface de toiture intéressante pour récupérer l’eau de pluie. Toutefois, cette source d’eau doit être utilisée pour des usages non potables, à moins d’installer un système de traitement. Selon l’usage envisagé et l’espèce animale concernée, on doit respecter la réglementation en vigueur. Pour en savoir plus, consultez le guide Captage de l’eau pluviale pour des usages agricoles (PDF 4,58 Mo) du MAPAQ.


Références

Turcotte, Sébastien, Marie-Aude Ricard et Gabrielle Thibault. « Utilisation durable de l’eau à la ferme : optimiser son utilisation et sécuriser son approvisionnement », Porc Québec, vol. 35, no 3, septembre 2024, p. 36-41. [https://www.cdpq.ca/cdpq.ca/files/b3/b302c7ca-b76e-446a-8b1f-f8e10f007bbe.pdf]  

Turcotte, Sébastien, et autres. Déterminer les facteurs favorisant une utilisation durable de l’eau et mesurer l’utilisation de l’eau à l’échelle des fermes porcines du Québec, CDPQ, février 2023. [Présentation PowerPoint]. [https://www.cdpq.ca/cdpq.ca/files/a5/a5eb4324-9847-435f-a38f-ef8075d72ffa.pdf]

Turcotte, Sébastien. Utilisation durable de l’eau à la ferme, CDPQ, février 2023. [https://www.cdpq.ca/cdpq.ca/files/a8/a8857f3f-68ca-49e1-b6ef-bb75b79bdd2a.pdf]

Ward, D., et K. McKague. Les exigences en eau des animaux d’élevage, Fiche technique no 23-024, Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario, février 2023. [https://files.ontario.ca/omafra-water-requirements-livestock-23-024-fr-2023-04-25.pdf]

VanderZaag, Andrew, et autres. « L’utilisation de l’eau dans l’industrie laitière canadienne », dans Les Producteurs laitiers du Canada, s. d. [https://dairyfarmersofcanada.ca/sites/default/files/2024-01/lutilisation-de-leau-dans-lindustrie-laitiere-canadienne-fr.pdf]

Turcotte, Sébastien, Gabrielle Dumas et Marie-Aude Ricard. Déterminer les facteurs favorisant une utilisation durable de l’eau et mesurer l’utilisation de l’eau à l’échelle des fermes porcines du Québec, Rapport final, CDPQ, 2023, 93 p. [https://www.cdpq.ca/cdpq.ca/files/66/66ea0a1f-a1e0-4e85-8f4d-b0569889f0d6.pdf]

Les Producteurs laitiers du Canada. L’utilisation de l’eau sur les fermes laitières canadiennes, Fiche technique, s. d. [https://lactanet.ca/wp-content/uploads/2021/09/Fiche-technique_Utilisation-de-leau-sur-les-fermes-laitieres-canadi.pdf]