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Article Adapter ses pratiques pour avoir des prairies résilientes aux changements climatiques
Cette hausse devrait contribuer, sur le plan agricole, à allonger la saison de croissance. Les hypothèses suggèrent un gain moyen de 22 jours d’ici 2050, variant selon les scénarios climatiques et les régions. Les précipitations annuelles seront aussi susceptibles d’augmenter, mais pas nécessairement durant l’été. Ces changements climatiques s’accompagneront d’événements météorologiques souvent imprévisibles. Les agriculteurs devront, dont ceux qui cultivent des prairies et des pâturages, adapter leurs pratiques agricoles.
L’importance de bien choisir les espèces et d’adapter le rythme des coupes
La hausse prévue des températures devrait allonger la saison de croissance et accélérer la vitesse de croissance chez certaines plantes, comme la luzerne. Cela signifie que l’écart entre les coupes sera légèrement réduit et qu’il sera possible de récolter une coupe supplémentaire, selon les espèces et les régions. Comme répercussion, le rendement annuel de la luzerne cultivée en culture pure pourrait augmenter de 9 à 21 % d’ici 2050. Cependant, pour les plantes qui ont une température optimale de croissance plus basse, les changements climatiques pourraient grandement affecter leur rendement. C’est le cas de la fléole des prés, aussi appelée mil, l’une des graminées fourragères les plus cultivées au Québec et dont la température optimale se situe entre 15 et 20 °C. En effet, les conditions chaudes et sèches pourraient nuire à la repousse estivale de la fléole des prés. Il faudra envisager de cultiver d’autres graminées pérennes, mieux adaptées aux conditions futures, notamment les fétuques et les bromes. Ces espèces possèdent une très bonne capacité de survie à l’hiver et seront bien adaptées aux conditions estivales à venir. D’une part, elles tolèrent bien la chaleur et la sécheresse par leurs systèmes racinaires profonds, ce qui permet une meilleure repousse estivale. D’autre part, leur température optimale de croissance se situe entre 20 et 25 °C. Face à des conditions climatiques très variables, il est aussi recommandé d’utiliser des mélanges multiespèces. Le
Exemples d’espèces adaptées aux conditions climatiques futures
Dans les prairies, en mélange avec la luzerne, envisager de semer notamment la fétuque élevée ou le brome des prés, en remplacement ou en ajout à la fléole des prés.
Dans les pâturages, en mélange avec le trèfle blanc et le lotier, privilégier la fétuque des prés et le brome des prés.

Fétuque élevée au stade « début – mi-épiaison » © Carrolyn O’Grady, MAPAQ.

Brome des prés au stade « début épiaison » © Marie-Ève Dubuc, MAPAQ.
Bonnes pratiques pour la persistance des plantes
Les changements climatiques pourraient accentuer les défis liés à la survie hivernale de la luzerne et augmenter les risques de dommages hivernaux. Les producteurs devront faire preuve de stratégie dans le choix des espèces fourragères en privilégiant celles qui sont plus résistantes aux conditions hivernales. Surtout, ils devront adopter une série de bonnes pratiques pour améliorer la persistance des plantes fourragères, et cela repose notamment sur un enracinement profond des racines et des réserves nutritives suffisantes. Voici quelques bonnes pratiques à privilégier.
- Éviter de faire une fauche automnale (c’est-à-dire une fauche réalisée après la fin août ou la mi-septembre, selon la région). Cela permet de respecter la période de repos automnale pour les plantes pérennes, laquelle est essentielle pour leur survie hivernale.
- Si la fauche à l’automne est nécessaire pour combler les besoins de l’entreprise, en vue de réduire les risques de mortalité hivernale :
- Il est recommandé de récolter juste avant le premier gel mortel (-3 °C pendant deux heures) ou lorsque le cumul des degrés-jours atteint 600 degrés-jours (base de 5 °C) entre la dernière coupe estivale et la coupe automnale.
- Dans une moindre mesure, il est aussi envisageable de procéder à la récolte si la luzerne a atteint le stade « début floraison » ou lorsque le cumul des degrés-jours atteint 500 degrés-jours (base de 5 °C) entre la dernière coupe estivale et la coupe automnale.
Calculer le cumul des degrés-jours entre deux coupes en fonction de la station météo à proximité d’une ferme .
- Augmenter la hauteur de coupe à chaque fauche estivale (minimum de quatre pouces) et au moment de la dernière récolte à l’automne (minimum de six pouces). Cela permet une meilleure repousse en été et un couvert de végétation en vue de l’hiver pour retenir la neige et protéger la luzerne.
Le paragraphe suivant porte sur des facteurs qui ont également une incidence sur la persistance des plantes pérennes.
Promouvoir la santé des sols et la bonne gestion de l’eau
Les scénarios climatiques prévoient des déficits hydriques pour de nombreuses espèces végétales durant la saison chaude, en raison de l’élévation de la température et de l’évapotranspiration. En parallèle, les épisodes de précipitations intenses seront plus fréquents en été. Une façon de s’assurer que l’eau de pluie profite réellement aux plantes est d’améliorer la santé des sols, notamment par une diminution de la compaction, pour favoriser une meilleure infiltration de l’eau. Les passages fréquents et l’utilisation des équipements lourds seront à surveiller. Face aux déficits hydriques, les plantes ayant un meilleur enracinement en profondeur seront avantagées, et cela passe, entre autres choses, par une bonne structure du sol et de bonnes conditions de semis. La
Relever le défi des ravageurs
Face au réchauffement climatique, il faudra s’attendre à devoir composer avec plus d’insectes. Leur présence pourrait se traduire par des effets négatifs sur les rendements. La
La diversification comme outil de gestion des risques
Pour bien positionner leur entreprise de manière avantageuse, les agriculteurs doivent analyser les risques et faire des choix stratégiques. Pour pratiquer l’agriculture dans un contexte de changements climatiques, il est recommandé de diversifier les cultures et les rotations, autant pour sécuriser l’approvisionnement en fourrages des animaux que pour assurer la santé économique de l’exploitation agricole. Une entreprise qui cultive des plantes fourragères pérennes et annuelles, qui ont des caractéristiques distinctes, sera moins vulnérable si un problème survient. Comme le dit le proverbe, il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier! Cela s’applique notamment aux mélanges d’espèces à privilégier, plutôt qu’à des semis purs. Lorsque les récoltes sont bonnes, il est conseillé de se bâtir une réserve de foin pour faire face aux imprévus.
Prêt pour 2027?
Les aléas climatiques tels que les canicules et les sécheresses marquent les saisons et les mémoires. Pourquoi ne pas tirer quelques leçons pour se préparer à la prochaine saison? Il faut prendre le temps d’adapter sa stratégie concernant les plantes fourragères. Cela commence par une bonne réflexion sur le choix des espèces dès l’automne, avant de passer la commande des sacs de semences. Le climat change et il faut adapter les méthodes de gestion des coupes et améliorer la santé du sol et la gestion de l’eau.
Mise à jour du texte original « Limiter les effets négatifs de la sécheresse sur les plantes fourragères » rédigé par Marie-Ève Dubuc, agronome, en collaboration avec Fernand Turcotte, agronome, de la Direction régionale de la Montérégie-Ouest du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (octobre 2020)
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