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Article Agir pour contrer les espèces exotiques envahissantes en agriculture


En agriculture, les espèces exotiques envahissantes (EEE) représentent un enjeu majeur qui ne doit pas être pris à la légère. Non seulement elles affectent les cultures et entraînent des pertes, mais en plus, leur contrôle est difficile et coûteux. Mais d’où viennent ces espèces? Comment faire pour les contrôler ou prévenir leur introduction?

Une espèce exotique, c’est une plante, un animal, un insecte ou un micro-organisme (virus, bactérie ou champignon) qui se retrouve à l’extérieur de son aire de répartition naturelle. Elle devient envahissante lorsqu’elle s’établit et se reproduit à grande vitesse, formant des populations dominantes qui entraînent des pertes économiques et représentent un risque pour la santé et l’environnement.

L’introduction des EEE et ses conséquences

L’activité humaine est le principal vecteur de propagation des EEE. Avec l’augmentation des échanges commerciaux et du tourisme, de nouvelles EEE sont introduites accidentellement ou délibérément sur notre territoire. Comme l’une des caractéristiques des EEE est leur capacité à se reproduire rapidement et massivement, elles entrent en compétition avec les espèces indigènes et les étouffent en accaparant des ressources comme l’eau, les nutriments et l’espace.

Les changements climatiques constituent un autre facteur qui favorise l’établissement de nouvelles EEE. Avec le réchauffement planétaire, de nombreuses espèces ont vu leur aire de répartition s’étendre vers le nord. Ceci nous amène aux deux autres principaux facteurs qui distinguent les EEE des simples espèces exotiques : leur capacité d’adaptation à différents environnements et la faible présence ou l’inexistence de prédateurs naturels. S’additionnant à la courbe de croissance exponentielle des EEE, ces éléments illustrent pourquoi il est si difficile de contrôler celles-ci.

En agriculture plus particulièrement, l’importation de produits agricoles de l’étranger (comme la semence ou la machinerie usagée) est le principal facteur d’introduction. Par exemple, l’amarante tuberculée, détectée pour la première fois en 2017, a été introduite par l’achat d’une batteuse usagée des États-Unis. Pour plus d'information, consultez la fiche Amarante tuberculée: ayez à l'oeil cette nouvelle mauvaise herbe résistante et envahissante.

Lorsqu’elle n’est pas contrôlée, cette mauvaise herbe inquiétante peut entraîner des pertes de rendement allant jusqu’à 84 % dans le maïs et 93 %  dans le soya. En plus de sa grande prolificité et de sa germination tardive et continue, cette mauvaise herbe est résistante à plusieurs herbicides, plus précisément à ceux appartenant aux groupes chimiques 2, 9 et 14, ce qui rend son contrôle encore plus difficile. Pour lutter contre l’amarante tuberculée, un plan d’intervention phytosanitaire a été mis sur pied par le MAPAQ et l’organisation Coordination services-conseils. 

D’autres exemples d’EEE, comme le scarabée japonais, la renouée du Japon ou le roseau commun, présentent les mêmes problèmes de prolifération et de compétition et nous démontrent que cette lutte est à la fois difficile et coûteuse. Des investissements sont nécessaires pour créer des méthodes de lutte et s’équiper en conséquence.

Lutter contre les EEE

Plusieurs stratégies ont été développées pour lutter contre les EEE. Sur le plan fédéral, le gouvernement du Canada a mis en place la Stratégie nationale sur les espèces exotiques envahissantes pour préserver les espèces indigènes et domestiquées. La stratégie est axée sur quatre priorités : la prévention de nouvelles invasions, la détection précoce de nouveaux envahisseurs en cas d’échec de la prévention, l’intervention rapide en présence de nouveaux envahisseurs et la gestion des espèces exotiques qui sont établies ou qui se répandent (confinement, éradication et contrôle).

Du côté provincial, le gouvernement du Québec a établi deux stratégies complémentaires. Le Programme pour la lutte contre les plantes exotiques envahissantes est géré par la Fondation de la faune du Québec. Il offre une aide financière pour soutenir les initiatives visant à limiter l’introduction et la propagation des EEE, tout en favorisant leur gestion durable afin de minimiser leurs effets néfastes sur l’écosystème. Le Plan de lutte contre les espèces exotiques envahissantes animales vise, quant à lui, les animaux sauvages et les phytoravageurs forestiers considérés comme des EEE. Ce plan est axé sur trois principes semblables à la stratégie fédérale, soit la prévention de nouvelles invasions, la surveillance et le contrôle.

Des gestes simples peuvent être posés par les producteurs agricoles pour prévenir l’introduction et la propagation d’EEE. Il est fortement recommandé d’inspecter et de désinfecter votre machinerie régulièrement. Si vous trouvez des EEE, il est important de les éliminer adéquatement en les mettant dans des sacs en plastique avant de les jeter à un endroit approprié. Par exemple, la renouée du Japon doit être éliminée dans un lieu d’enfouissement technique. Il ne faut surtout pas composter ou jeter des EEE dans la nature, car elles pourraient se reproduire et se propager. Finalement, portez attention à la provenance de vos semences. Les semenciers certifiés doivent répondre à des standards de pureté pour l’importation.

Identifier et signaler les EEE

Il est indéniable que la meilleure façon de lutter contre les EEE demeure la prévention, mais si celle-ci échoue, il est crucial d’effectuer une détection précoce. Il est donc important d’être en mesure de les identifier. Claude Lavoie, professeur à l’Université Laval, étudie les plantes envahissantes depuis plus de 25 ans. Il a publié deux ouvrages intéressants à consulter : 50 plantes envahissantes : protéger la nature et l’agriculture et 40 autres plantes envahissantes. Également, une ressource très utile pour le recensement des EEE est l’outil numérique Sentinelle. En plus de fournir des informations sur diverses espèces exotiques envahissantes, il permet de signaler leur présence en soumettant une observation. Toutes les observations transmises sont ensuite accessibles dans l’outil. Enfin, soulignons que le temps est un enjeu primordial dans cette lutte. En effet, plus l’intervention se fait tôt, idéalement avant que les espèces ne prolifèrent, plus il est facile de les contrôler. Le signalement est donc fondamental dans un effort collectif de lutte.