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Article Les arbres isolés : phares de la biodiversité en milieu agricole


Les arbres isolés exercent plusieurs fonctions et rôles essentiels dans les écosystèmes. On réalise de plus en plus l’importance de les conserver, de les protéger et d’en réintroduire.

On en voit ici et là dans nos campagnes… de grands arbres solitaires qui émergent comme des phares dans de vastes étendues cultivées. Quelques grands ormes d’Amérique, épargnés par la maladie, en sont de dignes représentants. Certains ont plus de cent ans, tout comme des chênes, des érables, des pins, des tilleuls et d’autres espèces. En plus de permettre à plusieurs générations d’apprécier leur présence dans le paysage, ces arbres exercent plusieurs fonctions et rôles essentiels dans les écosystèmes. 

Fonctions et rôles

Les arbres isolés constituent des habitats pour différents organismes utiles comme des insectes, des oiseaux et des chauves-souris. La plupart fleurissent très tôt au printemps et fournissent du pollen et du nectar aux pollinisateurs ainsi qu’aux insectes auxiliaires lorsque peu de plantes sont encore en floraison. Certains oiseaux les fréquentent régulièrement et consomment des insectes ravageurs dans les cultures à proximité. Les oiseaux de proie les utilisent comme perchoirs pour le guet et la prédation d’oiseaux et de rongeurs nuisibles. Les cavités et les fissures d’arbres sains, et aussi d’arbres morts (chicots), servent d’abris, de nids et de sites d’hivernage pour différentes espèces bénéfiques. Certains insectes auxiliaires, comme les coccinelles, passent l’hiver sous les feuilles tombées au sol. Le système racinaire des arbres isolés constitue un écosystème en soi et abrite une multitude de micro-organismes.  

Dans des paysages agricoles ouverts et uniformes, les arbres isolés améliorent la connectivité écologique. Ils offrent des abris ainsi que des points de repos et d’orientation pour la faune lors de ses activités et de ses déplacements. Ils créent des zones d’ombrage dans les champs, où les animaux d’élevage et les humains peuvent se rafraîchir. Ces végétaux contribuent à la séquestration de carbone et à la lutte contre les changements climatiques. Ils embellissent les paysages et renforcent l’image d’une agriculture respectueuse de l’environnement.  

Conserver, protéger et valoriser

Les arbres isolés constituent une richesse, et il est souvent facile de les préserver et d’éviter leur abattage. Les mesures suivantes y contribuent :

  • Tailler les branches susceptibles de nuire au passage de la machinerie. S’assurer de réaliser des coupes qui favoriseront une bonne cicatrisation. Au besoin, recourir à des ressources spécialisées.
  • Protéger les arbres des dommages de la machinerie et des animaux. Empêcher également la dérive des pesticides vers ceux-ci lors de leur application au champ.
  • Conserver les chicots qui ne nuisent pas : ils servent de nichoirs et de perchoirs. Pour ceux qui présentent des risques de chute et de nuisance, réduire leur hauteur ou les éliminer.
  • Éviter de faucher, autant que possible, la végétation herbacée sous les arbres. Elle peut héberger et protéger différents insectes utiles, notamment lors de la période hivernale.
  • Maintenir, voire ajouter de petits amas de pierre, de sol ou de débris végétaux près de certains arbres pour créer des habitats encore plus diversifiés.

Réintroduire

La plantation de nouveaux arbres isolés est relativement facile et requiert peu de travail et d’investissements. Elle représente une option simple et intéressante pour améliorer la biodiversité en milieu agricole.

Les modalités de plantation sont semblables à celles de la plupart des aménagements végétaux. Il faut toutefois porter une attention particulière aux éléments suivants :

  • Sélectionner des espèces parmi celles recommandées pour les haies agroforestières, mais privilégier celles ayant un port plus étroit (à proximité des champs), des branches faciles à tailler, un système racinaire profond et une bonne espérance de vie. Diversifier les espèces dans un même champ pour réduire les risques de perte associés au climat, aux insectes et aux maladies.
  • Implanter les arbres le long des contours de champs, des bordures de cours d’eau et de fossés ainsi que dans les zones non cultivées (bouts de champs, buttes, friches, etc.). S’assurer que les arbres, une fois taillés, ne nuiront pas au passage de la machinerie ni à l’entretien des cours d’eau et des fossés. Les planter suffisamment loin du talus (1 m et plus) pour réduire les risques de déracinement par le vent et d’incidence sur la stabilité des talus.
  • Planter les arbres en petits groupes pour constituer des îlots (ex. : quelques arbres espacés de 3 à 6 m) et ainsi créer des habitats encore plus diversifiés et attrayants.
  • Favoriser un espacement maximum de 25 à 100 m entre deux arbres isolés ou deux îlots pour une meilleure connectivité et une présence accrue des insectes et autres organismes qui se déplacent sur de courtes distances. Un espacement supérieur est cependant envisageable, car chaque arbre apporte différents avantages à lui seul.
  • Utiliser des paillis individuels de grande taille, durables et bien ancrés au sol. Au besoin, installer des protections contre les cervidés et les rongeurs.
  • Protéger les arbres des dommages par la machinerie, les animaux d’élevage ou les applications de pesticides.
  • Procéder à l’entretien et à la taille lorsque requis.

En conclusion, les arbres isolés méritent davantage notre attention. Ensemble, et sur tout un territoire, ils contribuent à enrichir la biodiversité et les paysages de nos milieux agricoles. Assurons-nous de les préserver et d’en réintroduire. La plantation d’un seul arbre aujourd’hui entraînera plusieurs bienfaits demain.  

Pour en savoir plus, consultez votre conseiller ou communiquez avec votre direction régionale du MAPAQ.