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Article Bleuet en corymbe : faut-il mettre plus d’azote lorsque l’on utilise du paillis de copeaux de bois?


Présentation d'un projet de recherche visant à déterminer l’apport d’azote par minéralisation des paillis dans la culture du bleuet en corymbe.

Le paillis de copeaux de bois est utilisé depuis longtemps par les producteurs de bleuets en corymbe du Québec, principalement pour lutter contre les mauvaises herbes. Les copeaux ont également l’avantage de garder l’humidité du sol durant les périodes de sécheresse et d’apporter de la matière organique. Le paillis pourrait même agir comme protecteur des mycorhizes du sol.  

Toutefois, la croyance veut que ce paillis de bois riche en carbone nécessite un apport supplémentaire d’azote (N). Mais est-ce vraiment le cas? Voilà la question sur laquelle se sont penché Mme Christine Landry, de l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA) et Mme Violaine Joly-Séguin du Groupe PleineTerre. Leur projet de recherche visait à déterminer l’apport d’azote par minéralisation des paillis dans la culture du bleuet en corymbe afin que la fertilisation azotée minérale soit mieux adaptée aux besoins de la culture. Les résultats qui en sont ressortis sont surprenants!

Le projet en bref

Le projet s’est déroulé de 2019 à 2021 dans deux bleuetières, une en Montérégie et l’autre en Chaudière-Appalaches. Quatre différentes doses d’azote (0, 15, 28 et 43 g N/plant) et trois traitements de paillis (sans paillis, paillis de copeaux frais et paillis de copeaux vieillis de 2 ans) ont été testés en combinaison sur des plants âgés de plus de 10 ans. La dose de 28 g N/plant représente l’équivalent de la recommandation actuelle au Québec par le Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec.  

Le rendement en fruits, le calibre des fruits, l’aoûtement (endurcissement au froid) et le nombre de pousses tardives ont été mesurés chaque année. Des analyses foliaires et de sol, ainsi que des lectures de membranes d’échange ionique mesurant les flux d’ions nitrate et d’ammonium ont également été prises pour tous les traitements.

Les objectifs du projet étaient de :  

  • caractériser la composition en azote des paillis de copeaux de bois;
  • valider les besoins en azote du bleuet en fonction du type de paillis;
  • déterminer s’il y a libération ou immobilisation d’azote en présence des paillis de copeaux de bois.

Effet du paillis sur la culture

Les résultats ont révélé que l’apport de paillis (tous types confondus) augmentait le calibre des fruits de 35 %. On note que l’effet est plus important pour le paillis vieilli. Celui-ci a également entraîné une augmentation du rendement par plant de 28 % par rapport aux traitements de paillis frais et sans paillis, et ce, sans que la dose d’azote ait eu de répercussion bénéfique. Le paillis frais, quant à lui, n’a pas procuré de gain de rendement significatif.  

Effet de la dose d’azote

Contrairement à ce qui était attendu, une augmentation de la dose d’azote n’a pas entraîné de gain de rendement ou de calibre. Dans cet essai, la recommandation actuelle de 28 g N/plant/saison a plutôt mené à une baisse du calibre des fruits de 18 % en absence de paillis et de 9 % en présence de paillis frais ou vieilli. Selon les résultats obtenus, il y a peu de gain à fertiliser au-delà de 15 g de N/plant/saison (3 x 23 g de 21-0-0) et la présence de paillis tend à diminuer la dose optimale d’azote, surtout avec du paillis vieilli.  

L’apport d’azote a également eu un effet sur l’aoûtement des plants. Plus la dose d’azote était élevée, plus cela retardait ce phénomène et augmentait la production de pousses tardives (voir figure 1). On rappelle que les pousses tardives sont à éviter pour le bleuet en corymbe, car celles-ci sont plus sensibles aux gels hivernaux, ce qui peut causer une perte de production l’année suivante. Fait intéressant : pour les mêmes doses d’azote, il y avait autant de pousses tardives avec le paillis frais qu’en l’absence de paillis ou avec le paillis vieilli. Cela indique que l’azote serait tout aussi disponible avec le paillis frais. Ainsi, tout ajout d’azote supplémentaire pourrait entraîner de sérieux problèmes pour la survie hivernale.  

Figure 1 : Effet de la dose d’azote sur l’aoûtement. Données du site de Chaudière-Appalaches, le 9 octobre 2021.

Données de l’aoûtement du feuillage et du nombre de pousses à croissance tardive, selon la dose saisonnière d’azote par plant. Les lettres majuscules indiquent l’effet de dose. Les lettres distinctes sont différentes au seuil de P < 0,10.

Ce qu’il faut retenir

Le projet a démontré qu’il n’est pas nécessaire d’apporter de l’azote supplémentaire lorsqu’un paillis de copeaux de bois est appliqué, et ce, même pour le paillis frais. De plus, une augmentation de la dose d’azote n’entraîne pas de gain de productivité pour des bleuetières bien établies (12 et 24 ans) sur une période de 3 ans. Cet essai a plutôt mis l’accent sur les risques entraînés par les apports d’azote quant à la survie à l’hiver. Pour son effet sur l’augmentation du rendement, le paillis vieilli de 2 ou 3 ans serait à privilégier en production de bleuet en corymbe. Bien que des essais supplémentaires seraient nécessaires pour bien adapter la fertilisation minérale, les résultats donnent des pistes quant aux besoins réels en azote du bleuet en corymbe.

Pour en savoir plus, consultez le rapport final de l’IRDA.

Ce projet a été financé par le MAPAQ dans le cadre du programme Prime-Vert