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Article Le charançon de la carotte : lumière sur un insecte de l’ombre


Avec sa trompe, appelée rostre, et son corps noir recouvert d’écailles, le charançon de la carotte semble débarquer d’une autre époque. C’est pourtant de nos jours que ce drôle d’insecte s’attaque aux carottes et aussi à d’autres cultures de la même famille, comme le panais, le céleri, le céleri-rave et le persil.

Comment le reconnaître?

Il s’agit d’un insecte de l’ordre des coléoptères, comme les coccinelles. L’adulte mesure entre 6 et 7 mm et a un corps noir recouvert d’écailles brun foncé et de quelques écailles beiges. Il a un long rostre. Les œufs pondus sur les plantes hôtes éclosent puis deviennent des larves blanc crème, sans pattes, qui peuvent mesurer jusqu’à 6 mm.

Quels dommages cause-t-il?

Les larves s’alimentent sur les racines et les collets de la carotte en y creusant des galeries. Elles laissent d’abord une mince couche de cellules en surface. Puis, avec la croissance de la carotte, cette couche s’affaisse et les dommages s’aggravent. Ils sont généralement localisés dans le tiers supérieur de la carotte. Il arrive aussi quelques fois que la femelle ponde sur de jeunes plantules en perforant leur tige, ce qui entraîne la mort des plantules.

Mieux vaut prévenir que guérir

Faire la rotation, c’est important

Il faut éviter de cultiver les carottes dans un champ où il y a déjà eu des carottes ou toute autre culture sensible au cours des deux dernières années. Il faut aussi éviter de choisir les champs adjacents à ces derniers. En effet, les charançons peuvent migrer à partir d’un champ voisin ou de sa bordure.

Détruire ses abris et ses sites de ponte

Puisque les carottes laissées au champ peuvent servir de site de ponte pour les charançons l’année suivante, il est nécessaire de récolter toutes les carottes. La tonte des zones enherbées en bordure de champ s’avère aussi nécessaire. Ces zones contiennent souvent des plantes sauvages de la même famille que la carotte et peuvent servir d’abris aux adultes pendant l’hiver.

Déjouer l’ennemi… en arrivant après lui

Les plants de carottes de moins de trois feuilles sont trop petits pour permettre aux femelles d’y pondre. Il est donc parfois possible de retarder le semis afin que ce stade soit atteint après la période de ponte.

Comment savoir s’il faut agir?

Le seul moyen de savoir s’il est nécessaire d’utiliser un traitement insecticide dans un champ est d’avoir en main des données de piégeage. Des pièges spéciaux, qu’il est possible de fabriquer soi-même, doivent être installés tôt au printemps. Une carotte y est insérée en guise d’appât. Avec ces données, un conseiller agricole peut calculer si le seuil de traitement est atteint. Les méthodes de fabrication des pièges et de calcul des seuils sont expliquées dans la fiche technique Le charançon de la carotte.

Depuis quelques années, certaines entreprises ont délaissé le cette méthode pour traiter les cultures de façon systématique, selon leur stade. Cette méthode risque d’engendrer des traitements inutiles. Il est donc important de se baser uniquement sur le piégeage pour prendre la décision de traiter ou non.

Agir au bon moment

Lorsqu’un traitement est jugé nécessaire, il est important de le faire au bon moment. Le premier devrait avoir lieu lorsque les carottes atteignent le stade de trois à quatre feuilles. Le second, s’il s’avère nécessaire, est recommandé de 10 à 14 jours après le premier traitement (stade de cinq à six feuilles). Il est important de respecter ces moments d’applications mis à jour, non pas les anciennes recommandations qui préconisaient des traitements plus hâtifs. Une seconde génération d’insectes peut parfois survenir plus tard en saison. Cette dernière est plus difficile à piéger. Un modèle prévisionnel est donc nécessaire pour établir le risque qu’elle représente. En cas de soupçons, consultez un conseiller agricole.

Des besoins de recherche bien présents

Même si le charançon n’est pas nouveau dans nos champs, les besoins de recherche demeurent encore. Tout d’abord, la résistance aux insecticides est soupçonnée. Il est alors important de déterminer à quelles matières actives les charançons sont vraiment résistants. Pouvoir identifier facilement les individus résistants dans les champs est tout aussi primordial. Pour y arriver, les laboratoires de l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA) et d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) travaillent de concert afin de développer un outil de diagnostic rapide qui pourrait être utilisé par le Laboratoire d’expertise et de diagnostic en phytoprotection (LEDP).

Lors d’un récent sondage, les producteurs de carottes ont évoqué le besoin de développer des méthodes de lutte de rechange aux pesticides. Pour ce faire, une équipe de recherche d’AAC étudie la possibilité d’introduire au champ un nématode (un organisme microscopique ressemblant à un ver). Les nématodes infectent les larves de charançons et, une fois adultes, les femelles infectées sont incapables de se reproduire. Des essais demeurent nécessaires cet été pour optimiser l’application au champ.

En conclusion, la prévention est cruciale pour réduire les dommages de ce drôle d’insecte. Le piégeage constitue actuellement la seule méthode recommandée pour déterminer la nécessité d’un traitement. Il est aussi important de traiter au bon moment. La recherche se poursuit pour développer des méthodes de lutte sans pesticides et de mieux comprendre les résistances potentielles aux insecticides. Ces travaux ainsi que le savoir-faire des conseillers du secteur laissent présager que la lutte intégrée contre cet ennemi sera à la portée des entreprises.


L’autrice tient à remercier Annie-Ève Gagnon, Ph. D. (AAC), Danielle Thibodeau, entomologiste (AAC), Anne-Marie Fortier, entomologiste, M. Sc. (Compagnie de recherche Phytodata), et Carl Dion-Laplante, agronome (Productions en régie intégrée du sud de Montréal [PRISME]), coauteurs de la fiche technique sur le charançon de la carotte. Les informations rassemblées dans cette fiche ont grandement facilité la rédaction de l’article.