Article Drone et santé des sols, y a-t-il un lien à faire?
- Auteur
- Marie-Eve Bernard, M. Sc., agronome, conseillère en santé des sols, Direction régionale de la Montérégie
- Organisme
- Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation
Les technologies ont toujours fasciné les humains, et l’agriculture n’y échappe pas. Depuis quelques décennies, les innovations se multiplient à grande vitesse. Bien que certaines améliorent l’efficacité des opérations, d’autres peuvent avoir un effet moins positif sur la santé des sols, notamment en raison de l’augmentation constante du poids des équipements agricoles. Les drones représentent une technologie intéressante pour éviter la compaction – l’un des principaux facteurs de dégradation des sols agricoles – et élargir les périodes propices aux interventions. Ils peuvent être utilisés notamment pour l’implantation des cultures de couverture, un atout important pour la santé et la résilience des systèmes agricoles.
Essais de semis de trèfle intercalaire
L’augmentation des superficies de céréales d’automne a favorisé la réalisation d’essais de semis de trèfle intercalaire au printemps. Plusieurs producteurs ont tenté l’expérience et partagé leurs connaissances. La petite capacité de stockage des drones dans les premières années n’avait pas trop d’incidence puisque la semence du trèfle est très petite et que le taux de semis est bas (moins de 10 kg/ha). Le principal frein à l’implantation du trèfle dans le blé d’automne était la période propice pour le faire, souvent trop courte au printemps. Avec le drone, il n’est plus nécessaire d’attendre LE bon moment au printemps. En effet, l’appareil permet une implantation à une période de l’année où le sol est humide et sa capacité de portance réduite. C’est donc dire que, dès la fonte des neiges, il est possible de semer du trèfle sans causer de compaction.
Les conseillers agricoles ont suivi ces essais avec intérêt. Quelques observations en sont ressorties. De façon générale, la levée était assez uniforme dans les champs (voir photo 1). Cela indique que la répartition de la semence de trèfle avec le drone s’est faite de façon adéquate. Cette culture reste normalement assez basse et ne compétitionne pas avec le blé durant la saison de croissance. Une fois le blé récolté, le trèfle peut prendre toute la place (voir photo 2) et bénéficier des rayons du soleil pour se développer. Il forme alors une couverture dense, efficace pour lutter contre les mauvaises herbes annuelles. À la fin de l’automne, la couverture de trèfle est assez impressionnante (voir photo 3). De plus, comme le trèfle est une légumineuse, il fixe l’azote atmosphérique à l’aide de ses nodules. Il agit alors comme source d’azote pour la culture qui sera semée la saison suivante. La méthode de gestion du trèfle doit en revanche être décidée par le producteur en fonction de l’équipement à sa disposition et de sa tolérance à gérer de la biomasse vivante au printemps suivant.

Photo 1. On observe que la levée était assez uniforme dans les champs. © MAPAQ

Photo 2. Une fois le blé récolté, le trèfle peut prendre toute la place. © MAPAQ

Photo 3. À la fin de l’automne, la couverture de trèfle est assez impressionnante. © MAPAQ
Seigle dans le maïs-grain : des défis à relever
Quelques tests de semis intercalaire par drone ont également été réalisés dans le maïs-grain avec des semences de seigle. De ce côté, les premiers résultats étaient plutôt variables. Premièrement, le seigle a une semence de calibre moyen. Pour atteindre le taux de semis ciblé (60-80 kg/ha), deux passages de drone étaient parfois nécessaires. Par conséquent, les coûts d’implantation étaient plus élevés. Deuxièmement, le problème le plus souvent rencontré était que la semence avait de la difficulté à atteindre le sol. En effet, les feuilles du maïs-grain arrêtaient sa chute, diminuant de façon importante le taux de germination. Comme le sol est assez sec au début et à la mi-septembre, sauf après une pluie, il y avait peu d’humidité pour permettre une bonne germination. Le taux de réussite était ainsi intimement lié à la météo.
Pour le moment, le semis intercalaire dans le maïs-grain à cette période de l’année ne peut être effectué à l’aide d’autres équipements agricoles que les drones. Il faut rester optimistes : les prochaines générations de drones parviendront peut-être à régler ce problème de taux de semis et à générer plus de vent près du plant pour permettre à la semence de tomber au sol.
Limites du drone
Le semis au semoir reste encore la façon la plus efficace pour assurer un meilleur contact de la semence avec le sol. Il permet également de semer des semences de plus gros calibre (radis, féverole, pois) à la bonne profondeur pour s’assurer de leur germination, ce que le drone fait difficilement.
Le drone ne remplacera pas à court terme tous les équipements traditionnels, mais il pourrait devenir un outil stratégique pour sécuriser l’implantation des cultures de couverture dans un contexte climatique de plus en plus imprévisible. Pour réussir l’implantation des cultures de couverture, il faut être prêt à ajuster sa stratégie selon la période de semis, la météo, l’état du sol et les espèces à implanter. Chose certaine, seul le drone permet de faire un semis sans compaction, et ça, c’est un argument assez fort pour le garder dans notre boîte à outils en santé des sols!