Article Lutte contre les thrips en serre : comment garder le contrôle
- Auteur
- Isabelle Fréchette, agronome, conseillère en serriculture et en agriculture urbaine, Direction régionale de la Montérégie
- Organisme
- Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation
Ils laissent souvent sur les feuilles des zones blanches ou argentées parsemées de points noirs qui sont en fait leurs excréments. En plus d’abîmer le feuillage, les thrips peuvent causer des déformations et des décolorations aux fleurs et aux fruits. C’est notamment le cas chez les concombres, qui sont particulièrement sensibles à cet effet de déformation. Les thrips sont aussi des vecteurs de virus, dont la maladie bronzée de la tomate et le virus de la tache nécrotique de l’impatiente.
Au cours de leur vie, les thrips passent à travers différents stades physiologiques qui déterminent leur emplacement dans l’environnement de culture. Les œufs des thrips sont pondus à l’intérieur des tissus végétaux. Les larves qui émergent des œufs et les thrips adultes se promènent sur les feuilles, les fleurs et les fruits. Cependant, durant la pupaison, soit le stade entre la larve et l’adulte, ils se trouvent généralement dans le sol ou le terreau. Bien que les thrips se développent à des températures entre 10 et 35 °C, ils peuvent hiverner dans des serres non chauffées. Si les serres ne sont pas utilisées pendant l’hiver, il est recommandé de les nettoyer et de les désinfecter.
Attention aux différentes espèces de thrips
Les deux espèces les plus fréquemment rencontrées dans les serres sont le thrips des petits fruits et le thrips de l’oignon. Plusieurs agents de lutte peuvent être introduits pour les contrer, dont les acariens Neoseiulus cucumeris et Amblyseius swirskii ainsi que la punaise Orius sp. Si la méthode utilisée habituellement ne fonctionne pas, c’est peut-être le signe de la présence d’une autre espèce de thrips exotique comme Thrips setosus, Echinothrips americanus (aussi appelé « thrips de l’impatiens ») ou Thrips parvispinus. Présent au Québec depuis quelques années, ce ravageur est introduit dans nos serres lorsque des boutures de plantes ornementales arrivent de l’étranger, en particulier de la Floride. Mettre les boutures de ces plantes en quarantaine et procéder à un trempage dans du savon insecticide, de l’huile minérale ou avec un produit à base de Beauveria bassiana diminue les risques de prolifération. Il est important de respecter les indications des étiquettes des produits pour éviter tout dommage à la culture et des usages non conformes. Cette nouvelle espèce est particulièrement agressive pour la culture des poivrons en serre. Les dommages causés par Thrips parvispinus peuvent être confondus avec ceux du tarsonème des serres (déformations et cicatrices liégeuses).
En raison de la petite taille de ces insectes, il est très difficile de distinguer les espèces de thrips. Cependant, une méthode pour savoir si on est en présence des thrips des petits fruits et des thrips de l’oignon est de vérifier la couleur des ailes des adultes. Ces derniers ont des ailes de couleur pâle. Ainsi, si les ailes sont foncées, il s’agit probablement d’une espèce exotique qui mérite une identification formelle par un envoi au Laboratoire d’expertise et de diagnostic en phytoprotection du MAPAQ. Cela pourrait indiquer la nécessité de choisir une stratégie de lutte différente, soit augmenter les doses des agents de lutte déjà utilisés ou en introduire des nouveaux.

Thrips aux ailes de couleur pâle appartenant probablement à l’espèce des thrips des petits fruits ou des thrips de l’oignon. © Isabelle Fréchette, MAPAQ.

A : Thrips tabaci (thrips de l’oignon); B : Frankliniella occidentalis (thrips des petits fruits); C : Thrips setosus;
D : Echinothrips americanus (thrips de l’impatiens); E : Thrips parvispinus. © Laboratoire d’expertise et de diagnostic en phytoprotection, MAPAQ.
Une punaise prédatrice et sa plante accompagnatrice
Un des agents de lutte de ces insectes, dont Thrips parvispinus, est la punaise prédatrice Dicyphus hesperus, également reconnue comme une arme contre les aleurodes (mouches blanches). Cet insecte peut aussi se nourrir de pucerons, d’acariens ainsi que d’œufs et de chenilles de papillons. Toutefois, s’il manque de nourriture, il peut s’attaquer à la culture. C’est pourquoi, en accompagnement de cette punaise, il est recommandé d’utiliser la molène comme plante réservoir. Celle-ci pourra lui servir de repas lorsque la quantité de ses proies diminuera et elle pourra s’y reproduire. Cette stratégie empêche la punaise de s’attaquer aux cultures en serre, tout en assurant le maintien d’une population adéquate. L’établissement d’une population stable peut prendre de 3 à 10 mois. En attendant d’y parvenir, les producteurs doivent réintroduire l’insecte régulièrement.

Plant de molène Verbascum thapsus L. © Laboratoire d’expertise et de diagnostic en phytoprotection, MAPAQ.
La molène doit être semée trois mois avant d’atteindre la hauteur souhaitée de 30 cm. En plus d’en faire la culture, les producteurs peuvent se la procurer à l’extérieur. Elle se trouve naturellement au bord des routes ainsi que le long des chemins de fer, dans les pâturages et dans les champs non cultivés. Elle se développe dans un terreau pauvre, demande un arrosage modéré et est peu sujette aux maladies, si ce n’est parfois à l’oïdium (aussi appelé le « blanc »). L’installation d’un plant de molène par 100 m2 est une pratique peu coûteuse et peu exigeante qui permet de soutenir une lutte biologique plus pérenne et d’ainsi diminuer les frais d’introduction de la punaise et le recours aux insecticides. De plus, les plants de molène avec Dicyphus hesperus peuvent être gardés dans un coin de serre minimalement chauffée pendant l’hiver en vue de les réinstaller au printemps suivant.
Dicyphus hesperus est l’un des nombreux agents de lutte disponibles contre les thrips. Contactez votre conseiller et votre fournisseur d’auxiliaires de lutte pour définir la stratégie optimale pour votre entreprise.
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