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Article Quand l’information ne passe plus par le clic : ce que montrent les données de Québec.ca en 2025


Notre façon d’accéder à l’information en ligne s’est profondément transformée en 2025. Le processus classique consistant à effectuer une recherche dans Google, puis à cliquer sur l’un des résultats, n’est plus aussi central qu’auparavant. Désormais, les moteurs de recherche offrent des réponses complètes, structurées et générées par l’intelligence artificielle.

La tendance « recherche sans clic » (zero-click searches)

Pour une part croissante des recherches, l’information est ainsi consultée sans qu’il soit nécessaire de visiter le site source, donnant lieu à ce que l’on appelle les recherches sans clic.

L’idée que l’information gouvernementale puisse être consultée à l’extérieur des sites officiels n’est pas entièrement nouvelle : les médias sociaux, les extraits enrichis ou certains résultats spécialisés avaient déjà amorcé ce déplacement des points de contact. Ce qui distingue toutefois l’année 2025 est l’ampleur, la rapidité et la généralisation de ce phénomène.

Pour la première fois, les indicateurs à notre disposition sont suffisamment forts pour voir émerger des changements significatifs dans la manière dont l’information publique est trouvée, consultée et utilisée, que ce soit à travers l’évolution des taux de clics, la nature des contenus consultés ou les comportements observés lors des visites sur le site. 

Des contenus très visibles, mais moins de clics

En 2025, la fréquentation globale de Québec.ca recule par rapport à 2024. Cette baisse est principalement attribuable à :

  • une diminution du trafic en provenance de Google (–19 %);
  • une baisse du trafic direct (–7 %).

Dans le cas de Québec.ca, cette diminution de fréquentation ne s’explique pas par une perte de visibilité ou de pertinence :

  • les impressions dans Google demeurent assez stables d’une année à l’autre ;
  • le positionnement moyen des pages sur Google de Québec.ca s’améliore significativement, passant d’environ la 13ᵉ position en 2024 à la 8ᵉ en 2025.

Le déficit concerne principalement le taux de clic (CTR), qui passe de 6,5 % à 5,8 %, prolongeant une tendance amorcée en 2024. Cela représente un recul d’environ 13 % des clics au total sur la période observée.

Ces éléments indiquent que les contenus gouvernementaux demeurent très visibles et bien positionnés. Ils sont simplement moins souvent cliqués, ce qui est le principal indicateur de la montée des réponses enrichies et générées par l’IA dans les environnements de recherche. 

Des impacts à géométrie variable sur les contenus

Les indicateurs montrent aussi que cette transformation n’affecte pas tous les contenus de la même manière.  

Stabilité du côté des contenus transactionnels et des démarches administratives

Les pages associées aux services en ligne, aux démarches formelles ou réglementaires, à l’authentification ou à des situations dynamiques (ex. : taux occupation dans les urgences) conservent :

  • un taux de clic très élevé;
  • un trafic soutenu sur le site.

Plusieurs pages transactionnelles, administratives ou dynamiques du Top 10 enregistrent même une hausse des vues, notamment :

  • l’accès au registre des entreprises (10 %);
  • la situation dans les urgences (127 %);
  • les services en ligne liés à l’aide financière aux études (6 %).

Aussi, les pages informationnelles à caractère réglementaire, normatif ou prescriptif (obligations, règles à respecter, périodes officielles, etc) conservent un niveau de consultation similaire. Même lorsque ces informations sont partiellement accessibles ailleurs, elles demeurent fréquemment consultées sur Québec.ca, fort probablement à des fins de validation, de confirmation ou de conformité.

Finalement, bien que les pages « hybrides » combinant information et démarches avec appel à l’action tendent à perdre un peu de trafic, l’engagement par utilisateur demeure fort.  

Dans l’ensemble, ces contenus sont plus difficiles à substituer entièrement par l’IA et soit nécessitent une interaction directe avec Québec.ca ou jouent un rôle de validation, d’approfondissement ou de transition vers une action officielle.

Moins de consultations, mais un usage plus ciblé des contenus informatifs généralistes

Les contenus principalement informationnels demeurent très visibles dans les moteurs de recherche et bien positionnés dans les résultats, mais perdent beaucoup de CTR et de consultations, globalement. Lorsque ces pages sont néanmoins consultées, les comportements observés indiquent des usages plus ciblés et intentionnels que par le passé.  

En général :  

  • Visibilité et positionnement élevés dans Google;
  • Baisse des taux de clics et des conversions;
  • Engagement par visite relativement stable, mais des parcours moins exploratoires et davantage orientés vers un besoin précis.

Ces contenus informationnels sont plus facilement résumés ou synthétisés dans les environnements de recherche et d’IA, réduisant la nécessité d’une consultation directe du site pour une information générale.

Des baisses du nombre de clics attribuables au contexte

Certaines thématiques, notamment l’immigration, connaissent des reculs plus marqués (jusqu’à –29  % pour certains services en ligne), même si associable à un type de contenu qui ne perd généralement pas de trafic. Ces variations s’expliqueraient en partie par des facteurs législatifs, sociaux ou contextuels propres à 2025, qui s’ajoutent aux transformations plus fondamentales. 

Concentration du trafic Web et différenciation des usages selon le type d’appareil

La transformation observée dans les moteurs de recherche se prolonge à l’intérieur même de Québec.ca. Les parcours deviennent davantage centrés sur des pages à forte valeur utilitaire, ce qui contribue directement à une concentration accrue du trafic en 2025 :

  • les 50 pages les plus consultées regroupent 37,8 % des vues, contre 32,1 % en 2024;
  • elles concentrent 72,3 % des utilisateurs actifs, comparativement à 57,1 % l’année précédente.

Par ailleurs, une différenciation accentuée selon le type d’appareil est aussi observée, venant renforcer les constats liés au déplacement des parcours :

  • sur mobile, la baisse du nombre d’utilisateurs est marquée (environ –19 %), cohérente avec une consommation accrue de l’information directement dans les environnements de recherche, qui prennent plus de place en mobile;
  • sur ordinateur, la baisse est plus limitée (environ –5 %) et l’engagement demeure plus élevé, traduisant des usages orientés vers les tâches et les démarches;
  • les usages sur tablette, bien que marginaux, suivent une dynamique similaire à celle du mobile. 

Des parcours plus orientés

L’analyse des événements mesurés dans Google Analytics permet d’aller au-delà de la seule variation des volumes de fréquentation et d’observer la manière dont les comportements évoluent une fois la visite amorcée. Malgré une baisse globale du nombre d’événements, cohérente avec la diminution du nombre d’utilisateurs, le nombre moyen d’actions par utilisateur actif demeure stable, voire en légère progression.  

Les usagers accèdent plus souvent directement à des pages qui permettent d’agir, empruntent des parcours plus courts et progressent plus directement vers la fin du processus. À titre illustratif, des pages comme Rechercher une entreprise au registre, Prendre rendez-vous avec un médecin de famille ou Payer une amende continuent de générer un volume important d’interactions orientées vers l’action, malgré la baisse globale de la fréquentation.

À l’inverse, les comportements associés à l’exploration, notamment la consultation des résultats de recherche interne, la navigation thématique ou le téléchargement de documents, reculent plus rapidement.

Pris ensemble, ces éléments convergent vers un même constat : les parcours deviennent plus directs, plus intentionnels et davantage concentrés sur des pages à forte valeur utilitaire. 

Une transformation des usages synonyme d’opportunité pour Québec.ca

Ces indicateurs permettent de dégager un premier portrait de l’effet des résumés et réponses générés par l’intelligence artificielle, bien que les outils actuellement disponibles offrent peu de leviers directs pour observer directement et précisément ce qui est demandé, reformulé ou omis dans ces environnements.

Par ailleurs, ces constats ne couvrent pas l’ensemble des situations ni toutes les dynamiques possibles. De nombreux facteurs externes, contextuels, législatifs ou sociaux, par exemple, peuvent également influencer la fréquentation d’un site gouvernemental. 

S’affirmer comme une référence incontournable

Québec.ca bénéficie en outre d’une position avantageuse dans les résultats de recherche, liée à son caractère officiel et à l’absence de concurrence directe, une situation qui n’est pas celle de nombreuses autres organisations et pour lesquelles ces transformations peuvent avoir des effets encore plus marqués.

Cela étant dit, les données observées en 2025 montrent que la baisse de fréquentation de Québec.ca ne traduit pas un désintérêt pour l’information publique, mais bien une transformation des comportements et des parcours numériques. L’évolution observée correspond avant tout à une modification des points d’entrée vers l’information et à une redistribution des usages le long du parcours citoyen dans l’environnement numérique.

Québec.ca est ainsi moins mobilisé comme point de départ exploratoire et davantage comme point d’aboutissement, lorsqu’un besoin de validation officielle, de démarche administrative ou d’interaction formelle avec l’État se présente.

Dans ce contexte, Québec.ca s’affirme progressivement comme une infrastructure informationnelle servant de référence autant pour les citoyens que pour les systèmes d’IA, en assumant une plus grande variété de fonctions :

  • source officielle de l’information gouvernementale;
  • point de validation et de confirmation;
  • lieu incontournable pour les démarches et les interactions avec l’État;
  • base structurante de l’écosystème informationnel, y compris pour les moteurs de recherche et les systèmes d’intelligence artificielle. 

Cette transformation ne constitue pas une perte en soi pour un site comme Québec.ca. Elle correspond plutôt à un déplacement progressif du point de contact entre l’État et les citoyens. Elle appelle, en conséquence, une adaptation continue des pratiques éditoriales, des cadres de mesure et des stratégies de structuration de l’information, afin que l’information publique demeure exacte, contextualisée, accessible et utile, quel que soit l’environnement dans lequel elle est consultée. 

Des chiffres pour mieux comprendre

Québec.ca en 2025, c’est :

  • 72000 pages indexées
  • 49 millions de clics provenant de Google
  • 190 millions de vues
  • 67 millions de sessions actives
  • 10 millions de téléchargements