Qu’ont en commun les années 2007 et 2022? Dans les deux cas, l’apparition de virus a débuté après que des quantités anormalement élevées de pucerons ailés ont été vues dès la mi-juillet dans des champs de citrouilles, de courges, de melons et de concombres. Ces arrivées massives de pucerons ailés pourraient correspondre à des nuages de pucerons du soya (Aphis glycines) transportés par les vents depuis les États-Unis jusqu’au Québec. Sans surprise, dans la culture du soya, les populations de pucerons du soya ont atteint des sommets pour ces deux années dans différentes régions du Québec.
Malgré le fait que le puceron du soya ne soit pas répertorié comme un ennemi habituel des cucurbitacées ni d’autres cultures maraîchères, il peut transmettre plusieurs virus dévastateurs tels que le virus de la mosaïque du concombre (CMV) et des potyvirus.
Les virus ont comme conséquence de réduire la productivité d’une plante et peuvent altérer la qualité commerciale de la récolte. L’effet d’une infection virale sur le rendement d’une plante est généralement plus grave lorsque l’infection est hâtive en saison.
Pour améliorer la compréhension du phénomène et développer des méthodes de lutte préventives, le MAPAQ a financé un projet d’étude sur les pucerons ailés et la transmission de virus. Ce projet comportait plusieurs volets :
- l’identification des vecteurs de virus et l’étude de leur dynamique de population;
- l’identification des principales mauvaises herbes réservoirs qui peuvent héberger le CMV;
- l’évaluation de l’efficacité de méthodes préventives à la ferme pour réduire la transmission de virus par les pucerons ailés.
Le projet a été mis en place durant les étés 2023 et 2024. Le Centre de recherche sur les grains, le Centre de recherche agroalimentaire de Mirabel et le Laboratoire d’expertise et de diagnostic en phytoprotection y ont pris part, en plus des directions régionales de la Montérégie et de Montréal-Laval-Lanaudière du MAPAQ.
Les pucerons, des vecteurs de virus très efficaces
Un virus, seul, ne peut se transmettre d’une plante à une autre. Pour se propager, il doit passer par un intermédiaire que l’on appelle « vecteur‑». Les pucerons sont de loin les vecteurs les plus importants, car ils transmettent 60 % des virus de plantes connus à ce jour. Les pucerons font une « piqûre d’essai » pour savoir si une plante leur convient. Ainsi, ils créent de petites blessures sur les feuilles par lesquelles les virus peuvent s’introduire ou être prélevés.
En 2007 et en 2022, les virus transmis par les pucerons ont été introduits dans d’autres végétaux lors de brèves piqûres d’essai. Dans ces conditions, la transmission ou l’acquisition du virus ne nécessite que très peu de temps, car les particules virales sont dans les tissus superficiels (épiderme) de la plante. La durée de rétention du virus est courte et n’excède généralement pas 60 minutes, le temps de faire quelques piqûres sur de nouvelles plantes.
Ce sont les pucerons ailés « visiteurs », à la recherche de leur plante-hôte, qui transmettent le plus ces virus. Les pucerons ailés ne parviennent pas à reconnaître à distance une plante sur laquelle ils pourront établir une colonie. Ils doivent se poser sur les végétaux et effectuer des piqûres d’essai pour déterminer si la plante leur convient. Même s’il s’agit uniquement de brèves piqûres, les pucerons peuvent transmettre le virus au passage en piquant une plante malade et ensuite une plante en santé.
Un des volets du projet mis en place en 2023 a permis d’identifier le ou les vecteurs de virus et d’étudier leur dynamique de population. Les populations de pucerons ailés ont été suivies en 2023 et en 2024 à l’aide de pièges installés dans de nombreux champs de soya et de cucurbitacées dans les trois principales régions touchées par les virus en 2022.
Le CMV et les mauvaises herbes
Les virus non persistants comme le CMV et les potyvirus sont les plus fréquents dans la nature. À lui seul, le CMV peut infecter plus de 1 000 plantes, y compris de nombreuses espèces de mauvaises herbes. Ces mauvaises herbes permettent aux virus de survivre et de se maintenir dans la nature pendant les périodes où il n’y a pas de cultures en place.
Il suffit de quelques plantes infectées tôt en saison pour que des pucerons ailés visiteurs, lorsqu’ils sont nombreux, répandent le CMV à l’ensemble de la culture de cucurbitacées, comme en 2007 et 2022. Par conséquent, un contrôle efficace des mauvaises herbes réservoirs près des parcelles peut retarder les premières contaminations, et donc le début des épidémies virales dans les champs.
Un autre volet du projet a permis d’identifier les principales mauvaises herbes réservoirs qui peuvent héberger le CMV. Pour ce faire, des mauvaises herbes vivaces et bisannuelles ont été testées tôt au printemps pour la présence du CMV dans les champs fortement touchés par les virus en 2022.
Les moyens de lutte contre les virus
Une plante infectée par un virus le restera toute sa vie, qu’elle soit annuelle ou pérenne. Actuellement, les seuls moyens de lutte sont essentiellement préventifs : ils visent à éviter qu’une plante ne soit contaminée par un virus. Quant à elle, la lutte par l’application de produits chimiques contre les pucerons n’est pas efficace pour empêcher la transmission des virus non persistants étant donné la vitesse à laquelle ils se transmettent.
Le troisième volet du projet consistait à évaluer l’efficacité de méthodes de lutte préventives à la ferme. L’objectif était de réduire la propagation de virus par les fortes envolées de pucerons ailés et, ainsi, de diminuer les répercussions qui en découlent sur les entreprises horticoles. Des pulvérisations d’huiles minérales et de kaolin ont entre autres été testées. Résultat : l’huile végétale permet de diminuer la présence des pucerons ailés sur les plants et réduit les symptômes des virus non persistants, soit le CMV et les potyvirus. En ce qui concerne le kaolin, son efficacité est un peu plus incertaine et varie selon le type de virus.
Pour en apprendre plus sur ce projet de recherche, référez-vous au texte Les pucerons vecteurs de virus dans les légumes : des chercheurs s’y attaquent. Les résultats obtenus ont d’ailleurs été présentés lors du webinaire Pucerons, virus et mauvaises herbes : un trio redoutable (la suite), que vous pouvez consulter sur la chaîne YouTube du MAPAQ.