Pour les entreprises en production de veaux d’embouche, il est tout aussi primordial de suivre les données du troupeau dans une perspective comptable. Cela suppose notamment que la prise de données soit fiable, que des registres soient créés et que l’analyse des données recueillies puisse orienter les choix de gestion. Peu importe la taille du troupeau, cet exercice est capital.
L’importance de recueillir des données fiables
Il est risqué pour une entreprise en production de veaux d’embouche de ne pas prendre une mesure précise du poids de ses bovins. Une simple estimation peut avoir une incidence sur les doses de médicaments ou de vermifuges, les besoins alimentaires ainsi que le gain journalier des animaux. L’utilisation d’une cage de contention et d’une balance est nécessaire pour bien effectuer ce travail.
La grande majorité des producteurs prennent en note leurs données dans un carnet et les transposent dans un fichier à des fins d’analyse. Le fait de les prendre directement sur une tablette ou un téléphone cellulaire est une option à considérer qui évite une double entrée et réduit le risque d’erreurs. Votre conseiller Bovi-Expert peut vous fournir des modèles de fichiers Google Forms créés par le Programme d’analyse des troupeaux de boucherie du Québec (PATBQ). Des systèmes de collecte de données informatisées comprenant un bâton de lecture permettent quant à eux d’automatiser la lecture du code à barres sur l’étiquette de l’animal pour plus d’efficacité.
L’analyse des données pour améliorer la gestion du troupeau
Selon M. Harlan Hughes, économiste spécialiste du bétail et professeur émérite de l’Université d’État du Dakota du Nord, « on ne peut pas gérer ce qu’on ne mesure pas ». En fait, les fermes qui utilisent activement les données récoltées, au lieu d’utiliser des moyennes ou des estimations, tendent à avoir des coûts de production plus bas par livre de viande sevrée. Une étude réalisée à l’Université de la Saskatchewan (en anglais) a démontré que les producteurs de veaux d’embouche qui utilisaient leurs données pour se comparer aux moyennes de l’industrie (étalonnage) pouvaient augmenter leur production de viande de 60 lb par femelle exposée au taureau. Avec un prix de 3,60 $/lb à l’encan, cela peut représenter un revenu supplémentaire de 216 $ par femelle exposée au taureau.
Le Beef Cattle Research Council (BCRC) et le PATBQ ont pour leur part compilé des données pour permettre aux entreprises de se comparer. Voici quelques catégories de performance à surveiller en utilisant des valeurs repères de l’industrie :
- La croissance : la prise du poids à la naissance et au sevrage permet de calculer le poids de sevrage réel. Un gain de 5 lb dans le poids moyen au sevrage peut réduire le coût de production de 6,75 $/tête. Selon les moyennes provinciales du PATBQ de 2015 à 2019, le gain moyen quotidien (GMQ) serait de 2,41 lb/jour (2,58 lb/jour pour les producteurs du premier quart).
- Le poids du veau au sevrage par rapport au poids de la vache : la prise du poids des vaches est une mesure souvent ignorée. Elle devrait être effectuée au sevrage des veaux pour être relativement standard pour toutes les vaches. L’alimentation (y compris l’ensemencement et la récolte) est le principal coût de production pour une entreprise vache-veau. En moyenne, les vaches moins lourdes mangent moins. Elles sèvrent des veaux un peu plus légers mais qui représentent une plus grande proportion de leur poids. Le rapport du poids du veau sevré sur le poids de sa mère peut aider à identifier les vaches qui sont plus efficaces. Selon le PATBQ, ce rapport serait en moyenne de 44,6 %.
- Le pourcentage de vaches non gestantes : la fertilité est un des facteurs principaux qui influencent la profitabilité d’un troupeau. Une augmentation de 2 % dans l’efficacité reproductive peut diminuer les coûts de production de 16,50 $/tête. Selon le BCRC, le standard de l’industrie à viser est de moins de 7 % de vaches non gestantes dans le troupeau.
- La durée de la saison de vêlage : il s’agit d’une bonne mesure de la fertilité du troupeau. Plus les veaux naissent sur une courte période, plus cela contribue à ce qu’ils soient uniformes et que le poids de sevrage moyen augmente. Selon le BCRC, la moyenne de l’industrie pour la durée de la saison de vêlage est de 63 jours.
- L’intervalle moyen entre les vêlages : cette mesure donne un autre aperçu de la fertilité du troupeau. Elle permet aussi de repérer les femelles problématiques et de sélectionner, parmi la progéniture, les plus fertiles en guise de remplacement. Celles-ci seront souvent parmi les premières à vêler lors de la saison de vêlage. Cela donnera des veaux un peu plus vieux au sevrage et souvent plus lourds. La moyenne calculée par le PATBQ de 2015 à 2019 est de 370 jours (367 jours d’intervalle entre les vêlages pour les entreprises du premier quart).
- La mortalité des veaux : les causes de mortalité des veaux, de la naissance au sevrage, peuvent varier de ferme en ferme. Une augmentation de 1 % de la mortalité des veaux accroît les coûts de production de 7,45 $/tête. Selon les données moyennes du PATBQ de 2015 à 2019, le premier quart des producteurs atteint un taux de mortalité de 5,9 % en présevrage.
En résumé, une prise de données de qualité et des registres sur le troupeau permettent de suivre les stocks et la productivité, de déceler des problèmes, de mesurer le progrès annuel, de faire de l’étalonnage et de vérifier l’incidence d’un changement de conduite d’élevage sur la productivité. Considérant l’importance économique d’une prise de données fiables et les pistes d’amélioration que leur analyse peut apporter, cet exercice est crucial. Il devrait être partie intégrante des opérations de gestion de toute ferme qui a à cœur d’améliorer ses rendements.
Quelques ressources pour aller plus loin :
- Communiquez avec un conseiller Bovi-Expert
- Investissez dans la productivité de votre entreprise avec le Programme Investissement Croissance Durable de La Financière agricole du Québec