Les virus transmis par les pucerons ailés, arrivés massivement des États-Unis à l’été 2022, ont provoqué d’importantes pertes de rendement chez les maraîchers du sud-ouest du Québec. À la suite de cette catastrophe, le MAPAQ a mis en place un groupe d’experts pour comprendre le phénomène et trouver des solutions. Les résultats de suivis et d’essais réalisés en 2023 par le Centre de recherche sur les grains (CÉROM), en collaboration avec le Centre de recherche agroalimentaire de Mirabel, ont été utiles pour la préparation des saisons suivantes.
Le principal responsable des pertes de rendement subies en 2022 est le virus de la mosaïque du concombre (CMV). En effet, celui-ci a été trouvé dans la majorité des plants malades analysés par le Laboratoire d’expertise et de diagnostic en phytoprotection cette année-là.
La littérature scientifique rapporte qu’à lui seul, le CMV peut infecter plus de 1000 plantes, dont de nombreuses espèces de mauvaises herbes. Celles-ci permettraient aux virus de survivre et de se maintenir dans la nature pendant les périodes où aucune culture n’est en place.
Au Québec, la survie du CMV dans les mauvaises herbes vivaces et bisannuelles n’avait pas encore fait l’objet d’études. Grâce à ce projet de recherche, c’est maintenant chose faite.
La confirmation de la présence du CMV dans quelques mauvaises herbes
Tôt au printemps 2023, l’équipe de spécialistes des mauvaises herbes du CÉROM a visité 15 champs dans les régions de Laval, de Lanaudière et de la Montérégie, lesquels avaient été sélectionnés en raison d’importantes pertes causées par le CMV en 2022. Au pourtour de chacun de ces champs, une cinquantaine d’échantillons de mauvaises herbes ont été collectés pour un total de 750 échantillons rapportés au Laboratoire.
Le virus a été trouvé dans seulement quatre échantillons. Ceux-ci contenaient différentes variétés de mauvaises herbes : de l’achillée millefeuille, de la valériane officinale, de la rorippe des marais et du trèfle blanc. Ces mauvaises herbes provenaient de quatre champs distincts, dont deux situés à Laval, un dans Lanaudière et l’autre en Montérégie.
Contrairement à l’achillée millefeuille et à la rorippe des marais, peu présentes dans les bordures des champs inspectés, la valériane officinale et le trèfle blanc ont été trouvés à plusieurs reprises. Néanmoins, sur la vingtaine d’échantillons de valériane officinale et de trèfle blanc amassés, un seul contenait le CMV pour chacune de ces mauvaises herbes.
Le pissenlit a été échantillonné le plus fréquemment dans les 15 champs à l’étude, mais a toujours donné lieu à un résultat négatif pour le CMV.
Ces données confirment qu’au Québec, le virus de la mosaïque du concombre peut survivre dans quelques mauvaises herbes vivaces. En ce sens, il a été détecté dans un faible nombre de mauvaises herbes, soit 4 espèces sur un total de 85 échantillonnées, et la présence du virus y était faible, comme le montrent les cas de la valériane officinale et du trèfle blanc.
En revanche, un petit nombre de mauvaises herbes infectées suffit pour que débute un cycle de contamination viral en présence d’un grand nombre de pucerons ailés. En effet, les pucerons ailés prélèvent le virus d’une plante infectée dès qu’ils la goûtent, puis le transmettent aussitôt à d’autres plantes.
La manière de retarder la transmission du virus
Même si le CMV est peu présent dans les mauvaises herbes au printemps, une fauche d’entretien est une bonne pratique permettant de réduire les sources d’inoculum du virus, tout particulièrement dans une année où de fortes populations de pucerons ailés sont observées.
Une augmentation du risque de transmission du CMV au cours d’une saison favorable aux pucerons ailés
En 2023, les chercheurs ont étudié les populations de pucerons ailés dans des champs de courge et de soya à l’aide de pièges jaunes en forme de bols et de plaquettes collantes jaunes. Ils ont constaté que, dès juin, plusieurs espèces de pucerons ailés se trouvent déjà en bordure et à l’intérieur des champs. De plus, en présence de mauvaises herbes comportant le CMV, ces pucerons ailés pourraient acquérir la maladie et la transmettre à quelques plants maraîchers tôt en saison, après avoir fait des piqûres gustatives sur les mauvaises herbes contaminées puis sur les plantes cultivées.
Donc, au cours d’une année de faible transmission de virus, comme en 2023, il est tout à fait possible d’observer quelques plants maraîchers virosés à cause de la présence, dès le mois de juin, de pucerons ailés et de mauvaises herbes constituant des réservoirs pour le CMV à proximité des parcelles de légumes.
La situation peut cependant prendre une tournure catastrophique lorsque les populations de pucerons ailés, amenées par les vents en provenance des États-Unis, sont anormalement élevées comme cela a été le cas en 2022. En très grand nombre, ces insectes acquièrent le CMV et le transmettent à de nombreuses plantes cultivées dans plusieurs champs.
Pour en savoir davantage sur les résultats des travaux menés sur ce sujet, visionnez le webinaire Pucerons, virus et mauvaises herbes : un trio redoutable sur la chaîne YouTube du MAPAQ.