La régionalisation de l’immigration, une priorité gouvernementale
Dans son Plan stratégique 2023-2027, le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (ci-après nommé « le Ministère ») a ciblé la régionalisation de l’immigration comme priorité ministérielle en identifiant la pleine participation, en français, des personnes immigrantes en soutien à la vitalité de l’ensemble des régions du Québec comme enjeu prioritaire. À cette fin, trois objectifs ont été identifiés :
- Accompagner les personnes immigrantes dans leurs parcours d’intégration et d’apprentissage du français;
- Favoriser l’établissement des personnes immigrantes dans toutes les régions;
- Contribuer au développement de collectivités accueillantes et inclusives.
Le Ministère collabore également aux travaux du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation pour assurer l’occupation et la vitalité des territoires, et ce, au niveau national, notamment en siégeant à la Table gouvernementale des affaires territoriales et, au niveau local, lors des conférences administratives régionales.
Pour le Ministère, la régionalisation de l’immigration fait référence à l’établissement durable de personnes immigrantes, qui ont ou qui sont en processus d’obtenir leur résidence permanente, dans toutes les régions du Québec en favorisant leur répartition équitable pour répondre aux besoins de main-d’œuvre et assurer la vitalité des régions. |
L’expression « en région » désigne les territoires à l’extérieur d’un découpage géographique déterminé selon les besoins d’affaires qui varient selon les ministères ou les organismes. Pour le Ministère, l’expression « en région » correspond au découpage des territoires situés à l’extérieur de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM). Ce territoire est constitué des régions administratives de Laval et de Montréal et d’une partie des régions administratives de Lanaudière, des Laurentides et de la Montérégie.
Une croissance marquée de la présence de personnes immigrantes en région
Le 9 mai 2022, le Ministère a publié son premier Plan d’action ministériel sur la régionalisation de l’immigration. Dans ce Plan d’action, le Ministère avait notamment exprimé sa volonté de prioriser la croissance de la migration primaire des personnes immigrantes vers les régions en les incitant de l’étranger et dès leur arrivée au Québec à s’y installer de manière durable.
Le lancement du premier Plan d’action ministériel sur la régionalisation de l’immigration a coïncidé avec la fin de la pandémie, qui a influencé les personnes immigrantes à s’installer davantage en région, notamment pour des raisons économiques et la normalisation du télétravail.
En parallèle à ces changements sociétaux, le Ministère a accentué ses efforts de régionalisation des personnes nouvellement arrivées pour atteindre une présence significative hors CMM. En effet, la présence hors CMM des personnes immigrantes admises depuis deux ans a augmenté de 15,1 points de pourcentage depuis 2020. Une personne immigrante est considérée comme admise par moyen de l’obtention de la résidence permanente.
Proportion de personnes admises au Québec et présentes en janvier de l’année de référence qui résident hors de la Communauté métropolitaine de Montréal.
Alors que la croissance démographique est nécessaire pour la vitalité économique des régions, la présence de défis structurels peut nuire à l’établissement durable des personnes nouvellement arrivées.
Dans le contexte de la régionalisation de l’immigration, l’établissement durable fait référence à l’établissement à long terme de personnes immigrantes, qui ont ou qui sont en processus d’obtenir leur résidence permanente, dans une région. Les personnes immigrantes et la collectivité d’accueil, par l’établissement de relations interculturelles harmonieuses, participent pleinement, en français et dans le respect des valeurs démocratiques, à la vie collective et à l’enrichissement culturel de la société québécoise. |
Afin d’être durable, la régionalisation doit tenir compte de certains facteurs, tels que les besoins spécifiques des personnes immigrantes en matière de services et d’insertion socioéconomique, la disponibilité des services et des ressources, l’implication des acteurs locaux (municipalités, entreprises, organismes communautaires, établissements scolaires, réseau de la santé et des services sociaux, etc.) dans le processus d’intégration et d’inclusion des personnes immigrantes. Ces facteurs contribuent à leur pleine participation à la société québécoise, telle que définie dans la Stratégie de mesure de la participation des Québécoises et Québécois des minorités ethnoculturelles aux différentes sphères de la vie collective publiée en 2015. Dans cette Stratégie, six dimensions de la participation sont identifiées :
- Citoyenne;
- Communautaire;
- Culturelle;
- Économique;
- Identitaire (appartenance);
- Linguistique.
Parallèlement aux six dimensions de la participation, l’établissement durable est également tributaire de la disponibilité des services publics (garderie, éducation, santé, etc.) et d’infrastructures (logements, transports, etc.) qui permettent de répondre aux besoins fondamentaux des personnes immigrantes et de leur famille.
Le Ministère préconise une approche, en matière d’accompagnement des personnes immigrantes et de leurs familles, qui repose sur l’arrimage entre les profils des personnes immigrantes et les spécificités des besoins des régions du Québec. Cet arrimage favorise l’orientation des personnes immigrantes vers les bonnes ressources et les services adéquats. Le financement des collectivités permet d’accroître leur capacité à être plus accueillantes et inclusives, le Ministère contribue significativement à l’intégration des personnes immigrantes en région. Toutefois, plusieurs facteurs déterminants en matière d’établissement durable des personnes immigrantes relèvent davantage de la mission d’autres ministères, notamment l’employabilité, le logement et l’accès à des services de santé. Pour cette raison, une approche adaptée et multifactorielle réunissant l’ensemble des acteurs qui interviennent en matière de régionalisation est nécessaire.
Les parties prenantes de la régionalisation de l’immigration
- L’État du Québec a pour devoir d’accueillir les personnes immigrantes et de contribuer à leur intégration ainsi qu’à leur épanouissement, par exemple en créant et en maintenant des conditions qui favorisent l’apprentissage du français et leur intégration;
- Les collectivités mettent en œuvre des projets, financés par le Programme d’appui aux collectivités (PAC), visant à contribuer à l’édification de collectivités plus accueillantes et inclusives pour que les personnes immigrantes participent pleinement, en français. À cet égard, le Ministère finance des :
- villes,
- municipalités régionales de comté,
- municipalités locales,
- organismes à but non lucratif,
- coopératives en région;
- Les partenaires communautaires sont soutenus par le Ministère pour dispenser une prestation de services adaptée aux besoins des personnes immigrantes qui font le choix de s’installer en région à l’aide du Programme d’accompagnement et de soutien à l’intégration (PASI). Le Ministère s’appuie ainsi sur un réseau de 112 partenaires en date du 31 janvier 2026, dont les deux tiers se trouvent hors de la CMM;
- Les entreprises sont l’un des acteurs les plus stratégiques en matière de régionalisation en raison de leur rôle dans l’intégration socioprofessionnelle des personnes immigrantes. Ainsi, elles peuvent bénéficier d’un accompagnement pour répondre à leurs besoins de main-d’œuvre, en complémentarité avec les autres ministères et les organismes offrant des services d’insertion socioprofessionnelle aux personnes immigrantes et d’information aux entreprises. Elles peuvent également obtenir du soutien dans leurs démarches d’intégration et de francisation des personnes immigrantes;
- Les Québécoises et Québécois, y compris les personnes immigrantes, contribuent aux rapprochements entre les personnes qui s’identifient à la majorité francophone et celles qui s’identifient à des minorités culturelles afin de contribuer à la vitalité et à la pérennité de la culture québécoise et de la langue française.
Afin de réaliser le potentiel d’attraction et d’intégration propres à chaque région, la concertation des parties prenantes en matière de régionalisation de l’immigration est nécessaire. L’implication de l’ensemble de ces acteurs, nécessaire pour offrir aux personnes immigrantes des services qui s’inscrivent dans les six dimensions de la participation, leur permettra de s’établir en région de manière durable et de participer pleinement à la société québécoise.
Le Plan d’action ministériel sur la régionalisation de l’immigration 2025-2029
Le Plan d’action ministériel sur la régionalisation de l’immigration a pour principe directeur de coordonner l’action ministérielle en matière de régionalisation de l’immigration, en adoptant une approche adaptée aux réalités régionales, tout en favorisant l’établissement durable dans l’ensemble des régions du Québec. Il se décline en 12 actions, inscrites sous les 3 objectifs suivants :
| 1. Renforcer les partenariats et la concertation interministérielle en matière de régionalisation de l’immigration afin d’assurer un continuum de services pour l’ensemble des régions du Québec. | |
| 1.1. Documenter les enjeux de la régionalisation dans le cadre de l’offre de services du sous-volet 1B du PASI. | |
| 1.2. Poursuivre le déploiement du PAC en vue de renforcer les partenariats pour l’ensemble des régions du Québec. | |
| 1.3. Consolider le modèle partenarial de Francisation Québec pour une couverture territoriale appuyée sur une planification des besoins et une complémentarité des types de partenaires. | |
| 1.4. Coordonner des comités tactiques interministériels afin de travailler sur les enjeux ciblés de la régionalisation. | |
| 1.5. Favoriser la concertation partenariale dans le cadre d’ententes sectorielles de développement afin d’assurer un continuum de services dans les régions du Québec. | |
| 2. Favoriser l’établissement durable, en français, dans toutes les régions du Québec, notamment par l’entremise des services de proximité et en appuyant les collectivités à être encore plus accueillantes et inclusives. | |
| 2.1. Financer l’offre de formation d’appoint prescrite pour la reconnaissance des compétences en région. | |
| 2.2. Développer des initiatives de recherche en matière d’immigration, d’intégration, de parcours migratoires, de pratiques interculturelles dans les organisations et de sentiment d’appartenance aux collectivités régionales et à la nation québécoise. | |
| 2.3. Mener des recherches sur les facteurs déterminants de l’établissement durable en région des personnes immigrantes. | |
| 2.4. Accompagner les entreprises des régions afin d’identifier des programmes répondant à leurs besoins en main-d’œuvre et les assister dans leurs démarches. | |
| 3. Contribuer à la vitalité régionale, notamment en misant sur les mécanismes de sélection et la promotion des régions. | |
| 3.1. Utiliser les nouveaux leviers juridiques dans le cadre du Programme des étudiants étrangers pour mieux encadrer le volume des étudiants étrangers en fonction des besoins du Québec et de ses régions. | |
| 3.2. Appliquer des critères d’invitation et un pointage dans les invitations au Programme de sélection des travailleurs qualifiés pour favoriser l’établissement durable en région de personnes immigrantes. | |
| 3.3. Tenir des séances d'information sur les régions auprès des candidats rencontrés dans le cadre des activités de recrutement international du MIFI. | |
Conclusion
Depuis les cinq dernières années, les personnes immigrantes nouvellement arrivées s’installent davantage en région. Il importe maintenant de s’assurer que l’ensemble des régions bénéficient équitablement des retombées de l’immigration. Par la mise en place d’une offre de services adaptée aux réalités régionales, le Ministère vise à favoriser l’établissement durable, en français, des personnes immigrantes dans l’ensemble des régions du Québec. Ainsi, ce Plan d’action amorce un virage où les besoins spécifiques des régions seront davantage pris en compte, notamment par la création de nouvelles connaissances en matière d’établissement durable en région ainsi que par la mise en œuvre d’actions structurantes qui visent à optimiser l’offre de services du Ministère en complémentarité avec celles des autres ministères et organismes sur l’ensemble du territoire québécois.
Dernière mise à jour : 1er avril 2026
