Amélioration des connaissances sur la mérule pleureuse
Le présent article porte sur le rapport de recherche fondamentale Projet d’amélioration des connaissances sur la mérule pleureuse (Serpula lacrymans) au Québec.
Au Québec, la prévalence de bâtiments atteints par la mérule pleureuse est de plus en plus médiatisée. Ce champignon, appelé Serpula lacrymans, se nourrit du bois, incluant le bois d’œuvre utilisé dans la construction d’immeubles. Ainsi, les dommages causés par la croissance de ce champignon sur les matériaux peuvent engendrer des défaillances structurelles pouvant nécessiter des travaux de restauration complexes.
Comme peu de données sont disponibles sur la prévalence de ce champignon, un projet de recherche a été entrepris afin :
de développer des méthodes d’analyses laboratoire permettant d’identifier ce champignon
d’utiliser des outils informatiques afin de rechercher sa présence dans diverses banques de données
d’évaluer l’écologie des matériaux contaminés par la mérule
d’évaluer l’émission aérienne lors des travaux de rénovation ou de démolition de bâtiments contaminés
Peu de données
En Europe, où on le nomme aussi « mérule des maisons » ou « cancer du bâtiment », sa présence a été davantage étudiée dans l’environnement bâti. L’habitat naturel de ce champignon est peu décrit dans la littérature scientifique. Au Québec, peu de données sont disponibles quant à sa prévalence dans les bâtiments atteints. Il en est de même en milieu naturel.
En 2018, le comité interministériel sur la mérule pleureuse concluait dans son rapport État de la situation sur la mérule pleureuse au Québec (PDF 1,64 Mo) que l’écologie de ce champignon était méconnue, et recommandait d’amorcer l’acquisition de connaissances le concernant.
Principaux constats
Plusieurs autres champignons nuisibles
Le développement des méthodes d’identification a permis de constater que d’autres espèces du même genre que Serpula sont aussi responsables de dégâts aux matériaux ligneux.
Présence sporadique à l’état naturel
La distribution environnementale et les conditions menant à la croissance de la mérule pleureuse étant peu connues, la recherche de ses séquences ADN dans les banques de données d’écologie fongique a permis de confirmer que cette espèce semble très rare dans l’environnement. Toutefois, elle peut être retrouvée sur des végétaux (feuilles de plantes, écorce d’épinette) et sur du bois en décomposition, en forêt comme sur le sol.
Présence de moisissures et de mérule dans l’air lors de travaux
L’analyse des échantillons prélevés dans les chantiers de bâtiments contaminés a démontré, en plus de la présence de mérule pleureuse, la présence récurrente de moisissures de genres Penicillium et Aspergillus. Des quantités relativement abondantes de Serpula lacrymans ont également été retrouvées dans l’air lors de travaux de rénovation de bâtiments activement contaminés.
Recommandations
Ce projet de recherche fondamentale a mis en évidence les défis auxquels l’industrie de la construction est confrontée lors de situations nouvelles et non documentées.
Bien qu’il ne soit pas démontré que la transmission aérienne de ces spores peut mener à la contamination de bâtiments avoisinants, des techniques d’abattement sont à envisager par mesure de précautions afin de réduire la poussière et la dissémination des spores.
Ainsi, le confinement et la filtration HEPA de l’air émis à l’extérieur du bâtiment semblent être des méthodes adéquates lors du retrait des matériaux touchés en rénovation. De plus, un arrosage adéquat réduirait considérablement les concentrations de mérule dans l’air lors de la démolition complète d’un bâtiment.
En combinant les constats et les conclusions de cette étude, les professionnels de la construction et les firmes d’analyse environnementale seront mieux outillés pour identifier la mérule et procéder aux travaux de décontamination. Documenter les caractéristiques sur le plan scientifique et dans les constructions existantes permet d’orienter chaque professionnel dans les choix qu’il a à faire lors d’une intervention.
Caroline Duchaine, PhD, professeure titulaire, CRIUCPQ, Université Laval Marc Veillette, MSc, CRIUCPQ, Université Laval Jodelle Degois, PhD, CRIUCPQ, Université Laval Daniel Verreault, PhD, ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques Guillaume Bilodeau, PhD, Agence canadienne d’inspection des aliments Période de l’étude : 2018-2022 Date de publication du rapport : 19 avril 2022 Avec l’aide financière de la Société d’habitation du Québec.