Cette étude a pour but de comparer différents types de logements à loyer modique subventionnés à 25 % du revenu des ménages (habitations à loyer modique (HLM), organismes sans but lucratif, coopératives d’habitation, Programme de supplément au loyer (PSL) sur le marché locatif privé) afin d’en analyser les effets sur les parcours de vie et les capabilités des locataires à travers leur profil de vulnérabilité lors de l’arrivée en logement social.
Note! Selon l’approche des capabilités, la capacité réelle des personnes à poser les actions et à faire les activités qu’elles ont envie de faire et qu’elles valorisent (les capabilités) est plus importante que ce qu’elles font et sont dans la réalité.
Méthodologie
Cette étude s’est déroulée en 3 volets :
La modélisation initiale des différents types de logements à partir :
de la documentation spécifique disponible sur les programmes ;
de l’expertise des chercheurs universitaires ;
des savoirs expérientiels des locataires chercheurs ;
des savoirs professionnels des membres du comité aviseur.
L’étude qualitative transversale par entretiens individuels de type « récits de vie » auprès de 60 locataires de différentes types de logements.
L’étude par groupes de discussion auprès de cinq groupes composés d’intervenants, de gestionnaires et de locataires de différentes régions du Québec (Abitibi, Chaudière-Appalaches, Estrie, Montérégie, Lanaudière, Outaouais, Montréal, Laval et Québec). La recherche a été réalisée avec la participation, à toutes les étapes, de locataires chercheurs et de personnes ayant une expérience vécue de la réalité à l’étude.
Résultats
L’étude a analysé les effets produits par les logements à loyer modique en fonction :
du profil de vulnérabilité lors de l’arrivée en logement à loyer modique,
de l’effet général du logement à loyer modique,
des mécanismes de production des effets,
des zones d’impact positif et négatif,
du rôle du logement à loyer modique dans le parcours de vie,
de la comparaison selon le type de logements,
et des différences de genre.
Le logement à loyer modique en général affecte le parcours du locataire selon son profil de vulnérabilité lors de son arrivée en logement social et selon le type de logement à loyer modique. Outre l’allègement financier qui permet au locataire de satisfaire des besoins de base, le logement à loyer modique a des effets positifs lorsqu’il lui permet de mener des actions, de vivre une vie digne en fonction de ses désirs et de ses aspirations. Pour renforcer les effets positifs dans la vie du locataire, les responsables du logement social doivent garantir une sécurité d’occupation, autoriser l’existence d’associations gouvernantes auxquelles le locataire peut participer et renforcer la sociabilité entre les locataires. Ces conditions sont propices à l’atteinte des zones d’impact positif, comme l’investissement du locataire dans sa santé et ses besoins primaires, ainsi qu’à un sentiment de bien-être et de sécurité. Mais lorsque le logement social ajoute des menaces additionnelles comme les conflits entre voisins, les infestations et l’insécurité, ses effets positifs sont réduits.
Pour certains locataires ayant des besoins plus importants et complexes (santé mentale ou physique), le logement ne suffit toutefois pas à tout régler. Les gestionnaires des logements doivent leur apporter des services complémentaires comme de l’intervention sociale ou un renforcement des partenariats avec le réseau de la santé.
L’accès au logement à loyer modique peut avoir trois rôles dans le parcours des locataires : un rôle de filet de sécurité à long terme, un rôle de transition et de possibilité de retour sur le marché du travail et un rôle de cohérence avec ses valeurs coopératives.
Conclusion
L’étude conclut que le logement social est un patrimoine collectif ainsi qu’un investissement ayant le potentiel de réduire les inégalités sociales de santé. Les responsables des différents types de logements à loyer modique sont incités à :
préserver la diversité des logements sociaux à but non lucratif ;
investir afin de rénover et d’entretenir le parc de logements sociaux existants ;
financer adéquatement le soutien communautaire en logement social ;
assurer la communication et la collaboration avec le réseau de la santé en lien avec les services offerts ;
accompagner et protéger les locataires bénéficiant du PSL sur le marché locatif privé.
Informations sur le projet
Chercheuse principale : Janie Houle
Date de publication : septembre 2023
Projet proposé par : le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, le ministère de la Santé et des Services sociaux, le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, le Secrétariat aux aînés, la Société d’habitation du Québec et le Fonds de recherche du Québec
Année de concours : 2019-2020
Financement : Fonds de recherche du Québec
Contexte de réalisation : Action concertée du Programme de recherche sur la pauvreté et l’exclusion sociale – Phase 4