La partie de la population d’anguilles d’Amérique qui colonisait l’amont du fleuve Saint-Laurent, incluant le lac Ontario, la rivière des Outaouais et le bassin du lac Champlain, s’est effondrée à la fin des années 1990. Dans la mise en œuvre de son plan d’action paru en 2022, le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs a procédé à l’ensemencement de jeunes anguilles, appelées civelles, pour augmenter le nombre de génitrices.
C’est la station piscicole gouvernementale de Baldwin-Coaticook qui a servi de lieu de quarantaine aux civelles achetées en Nouvelle-Écosse! Environ 150 000 jeunes anguilles d’un poids total de 30 kg affichaient un bilan de santé parfait après leur passage de 38 jours à la pisciculture. En mai dernier, elles étaient donc prêtes à être déversées dans les bassins hydrographiques des rivières Bécancour et Richelieu, de même que dans la baie Missisquoi du lac Champlain, par le personnel du Ministère, qui a ainsi vu son travail récompensé.
En soutenant le retour de l’anguille dans les milieux où elle était autrefois abondante, on contribue à renforcer la résilience des écosystèmes aquatiques et à assurer la pérennité d’une espèce un peu oubliée de notre patrimoine naturel québécois. En effet, les ensemencements permettent de briser le cercle vicieux « pas de recrues, pas de génitrices » et d’intervenir avant les premiers signes de disparition de l’espèce.
Une espèce mal aimée et pourtant…
L’anguille d’Amérique était jadis un gage de survie pour les peuples autochtones et les premiers colons, qui la capturaient au moment de sa migration pour s’en nourrir pendant les premiers mois de l’hiver. Sa peau était d’ailleurs très prisée pour la confection de lacets multi-usages chez les Premières Nations, pour qui l’espèce revêt toujours une importance spirituelle. L’anguille demeure emblématique et occupe une place importante dans notre culture québécoise, tant sur le plan des traditions qu’au regard des savoir-faire associés à sa pêche.
L’anguille d’Amérique est une rare espèce catadrome, c’est-à-dire qu’elle se reproduit en mer, dans la mer des Sargasses, et elle colonise les eaux douces et saumâtres de toute son aire de répartition. Elle nous arrive chaque année de l’Atlantique sous forme de civelle (moins de 70 mm), un stade translucide qui a toute l’apparence d’un poisson adulte.