Inspection en cas de présence de moisissures – Partenaires en habitation
On estime à plus de 1,5 million le nombre d’espèces de moisissures dans le monde. Les moisissures se reproduisent en générant des cellules appelées spores qui se répandent dans l’air ambiant. La prolifération de moisissures a lieu en présence d’un niveau élevé d’humidité. Dans le milieu bâti, elles peuvent endommager les matériaux, diminuer la qualité de l’air intérieur et, selon l’importance de leur croissance et la durée d’exposition et l’état de santé de la personne y étant exposée, elles peuvent affecter la santé humaine. Une inspection régulière des lieux revêt donc une importance cruciale.
Cadre normatif principal – Norme BNQ 3009-600 (2022)
La présente page s’inscrit en cohérence avec la norme BNQ 3009-600 – Contamination des habitations par les moisissures, publiée en 2022 gratuitement par le Bureau de normalisation du Québec. Cette norme constitue aujourd’hui la référence officielle au Québec pour l’investigation, le diagnostic et la décontamination des habitations touchées par les moisissures. Elle vise les professionnels, gestionnaires d’immeubles, occupants et organismes municipaux.
Inspection
L’inspection doit suivre la démarche d’investigation définie dans la norme BNQ 3009-600. Cette démarche vise à identifier, caractériser précisément la contamination et documenter l’ampleur du problème afin d’orienter un diagnostic conforme au cadre normatif.
Une inspection permettant de déterminer les sources d’humidité qui causent la moisissure doit comprendre deux volets d’analyse :
le premier consiste à déceler les activités humaines qui font augmenter le taux d’humidité relative de l’air intérieur;
le second consiste en l’analyse des composants du bâtiment pour déceler la présence non contrôlée d’eau ou d’humidité ou pour en repérer des traces.
La connaissance des pratiques de construction (assemblages, détails architecturaux, systèmes de construction, composants, etc.), des principes physiques (phénomène de condensation, transport de la vapeur d’eau, etc.) et des caractéristiques des matériaux est un atout pour l’inspecteur qui procède à une analyse.
Volet 1 : Analyse des habitudes de vie des occupants
Lorsqu’il est possible de rencontrer les occupants, il est essentiel d’observer leur milieu de vie et de les interroger sur leurs habitudes. Cette analyse permettra ainsi de déterminer les habitudes problématiques des occupants et de guider ceux-ci vers des choix plus sains afin d’améliorer la qualité de l’air à l’intérieur de leur logement.
Volet 2 : Analyse des lieux
Le second volet de l’inspection consiste à évaluer les composants du bâtiment ainsi que leur conception afin de déceler les problèmes attribuables, entre autres, à l’infiltration d’eau, à la condensation, à des fuites d’eau, à une inondation ou au mauvais fonctionnement d’un appareil.
Test de l’agent de blanchiment
Ce test consiste à humecter une tache suspecte avec de l’eau de Javel ou du chlore non dilué pendant une heure ou deux. S’il y a une décoloration partielle ou totale de la tâche, il est fort probable qu’on se trouve en présence de moisissure.
La présence de moisissures se détecte par l’observation de taches noires, vertes ou grises ou de formations duveteuses blanches (à ne pas confondre avec une formation minérale telle que l’efflorescence). Une odeur de terre et de moisi indique souvent la présence de moisissures. Lors d’une inspection, la présence de cernes, de gondolements ou d’autres signes d’infiltration d’eau, récents ou non, sur les revêtements et les éléments d’un bâtiment témoignent de problèmes d’humidité qui favorisent l’apparition de moisissures visibles ou dissimulées derrière les matériaux. Il peut même être profitable d’inspecter le bâtiment alors qu'il pleut pour ainsi déceler des problèmes non apparents par temps sec.
Enfin, en guise de complément à l’analyse des habitudes de vie des occupants, il s’avère fort intéressant de relever le taux d’humidité relative et la température extérieure ainsi que la température des différentes pièces inspectées.
Questionnaire à l’intention des occupants
Combien de personnes et d’animaux de compagnie occupent le logement?
Y a-t-il eu des infiltrations d’eau (murs, plafonds, planchers, fenêtres), une inondation ou des fuites de tuyauterie dans le logement?
Certaines pièces (ou leurs murs) sont-elles extrêmement froides ou sujettes aux courants d’air en hiver?
Avez-vous senti ou détecté une odeur de terre et de moisi dans certaines pièces ou endroits particuliers du logement?
Se forme-t-il de la condensation sur les murs ou les fenêtres en hiver?
Utilisez-vous les ventilateurs de la salle de bain et de la cuisine? Pendant combien de temps environ?
Utilisez-vous un déshumidificateur ou un humidificateur dans certaines pièces?
Exercez-vous des activités pouvant produire beaucoup d’humidité à l’intérieur du logement?
Par exemple :
Cuisson prolongée d’aliments sur la cuisinière;
Nombre important de douches ou douches de très longue durée;
Activités physiques intensives à l’intérieur;
Séchage de vêtements sur un séchoir à linge à l’intérieur du logement;
Aquariophilie, horticulture d’intérieur, etc.
Rapport d’investigation
Le rapport d’investigation constitue une étape essentielle du processus d’analyse. Dans le contexte d’une intervention liée à la présence potentielle de moisissures, il peut être facile d’omettre certains détails essentiels. Ce rapport permet de présenter l’ensemble des constats aux intervenants concernés, de structurer l’information nécessaire à l’analyse du problème, et de documenter l’historique du bâtiment ainsi que les habitudes de vie pouvant influencer les conditions d’humidité.
Il est donc important de regrouper, de manière claire et complète, toute les renseignements pertinents recueillis lors de l’investigation.
Données générales (ex. : nom de l’inspecteur et de l’organisme, adresse du bâtiment en cause, etc.);
Mesures et paramètres (résultats des mesures réalisées, description des appareils, paramètres supplémentaires jugés pertinents);
Limitations (ex. zones inaccessibles, obstructions, impossibilité d’inspecter certains lieux, avec explication);
Niveau de contamination incluant le lieu et la superficie contaminée (Niveau 1 : < 1 m²; Niveau 2 : 1–10 m²; Niveau 3 : > 10 m²);
Analyse des causes (ex. infiltration, condensation, ventilation déficiente);
Mention des occupants vulnérables;
Conclusion et recommandations;
Informations additionnelles, au besoin.
Comme la cause de la contamination fongique n’est pas toujours évidente et que plusieurs intervenants se succèdent, le rapport d’investigation devient l’outil de référence garantissant la continuité et rigueur du suivi.
Rencontre post-inspection
La clé, lors de la résolution d’un problème de contamination fongique, qu’il soit léger ou important, demeure la bonne communication avec le locataire. Lorsqu’un occupant lui signale un problème de moisissure dans son logement, l’organisme gestionnaire doit l’informer des démarches qui seront entreprises en premier lieu :
une visite du logement sera faite afin d’évaluer l’ampleur du problème;
un rendez-vous sera fixé pour informer le locataire des constats et des mesures à mettre en place.
Dans le cas d’un problème de contamination de surface causé par l’humidité excessive produite par les activités des occupants, l’organisme peut faire le tour du logement avec eux afin de les sensibiliser aux bonnes habitudes de vie et leur remettre la documentation appropriée. À cet égard, nous vous invitons à consulter la fiche d’information technique intitulée Implication des locataires pour un environnement plus sain.
Rôle des intervenants qualifiés
La norme BNQ 3009-600 précise que l’investigation, le diagnostic et la réhabilitation doivent être effectués par des intervenants compétents et formés, selon des prescriptions normatives reconnues. Les entreprises spécialisées doivent appliquer les méthodes et protocoles définis par cette norme.
Équipements et protection personnelle
Étant donné la fréquence à laquelle un inspecteur est exposé aux moisissures, ce qui peut notamment donner lieu à une hypersensibilité, à des problèmes respiratoires et à de la fatigue, il est recommandé qu’il prenne les mesures de protection nécessaires pour préserver sa santé. Il ne doit pas hésiter à expliquer aux occupants que ces mesures le prémunissent contre des problèmes de santé pouvant survenir à la suite des inspections fréquentes relatives à des cas de moisissure.
Aide-mémoire concernant le matériel de l’inspecteur
Appareil photo
Jumelles
Ruban à mesurer
Carnet de notes
Outil polyvalent
Hygromètre
Thermomètre de surface à infrarouge
Essuie-tout, chiffons
Sacs en plastique transparent (ex. sacs de congélation)
Bouteille d’eau de Javel
Lunettes de protection
Respirateur antipoussières N95
Gants de caoutchouc
Vêtements longs et lavables
L’analyse de la qualité de l’air
La SHQ recommande d’examiner d’abord les lieux de façon exhaustive plutôt que de faire analyser l’air et de faire procéder à des prélèvements dans un bâtiment. Cette approche est soutenue par Santé Canada qui fournit de l'information sur la façon de se débarrasser de la moisissure. En effet, ce type d’analyse sert habituellement dans les cas de contamination importante et fait partie d’un protocole d’intervention que met en place la firme spécialisée engagée pour enrayer le problème.