Prévention de la polarisation et de la radicalisation à l’école
Rôle de l’établissement scolaire en contexte de tensions et de divisions sociales à l’école
Le milieu scolaire contribue à l’apprentissage du vivre-ensemble et au développement d’un sentiment d’appartenance à la collectivité. Il doit être un milieu sain, sécuritaire, bienveillant et inclusif pour tous les élèves, leur famille et le personnel.
Il est essentiel pour les élèves que l’école leur offre un environnement scolaire bienveillant où ils ont le sentiment d’être en mesure de réussir, de pouvoir exprimer leurs opinions et d’être écoutés.
Pour ce faire, il est important que le personnel scolaire soit outillé pour :
- Comprendre la polarisation des discours pouvant mener à des conflits, à des violences ou à de l’intimidation;
- Prévenir ces discours et leurs répercussions;
- Intervenir adéquatement avec les outils appropriés lorsqu’ils se manifestent chez les élèves.
Dans cette page :
Adopter une posture d’écoute et d’accueil
Les phénomènes de polarisation et de radicalisation peuvent conduire à une émergence et à une expression de sentiments d’inquiétude, d’impuissance, de tristesse, d’injustice ou de culpabilité.
Ces phénomènes peuvent aussi amener de nombreux questionnements de la part des élèves et de leur famille. Par exemple, certains élèves ou parents pourraient vouloir se renseigner sur la position de l’école par rapport à un sujet polémique. Ces interrogations sont souvent le signe d’un besoin de sécurité.
Face aux préoccupations des élèves et de leur famille, le personnel scolaire est invité à :
- Être disponible, ouvert et montrer de l’intérêt;
- Adopter une écoute empathique, neutre et sans prise de position;
- Porter une attention particulière à ce que personne ne se sente exclu;
- Ne pas banaliser les situations;
- Être conscient de ses biais et à porter une attention particulière aux préjugés et aux stéréotypes;
- Guider les élèves vers les personnes-ressources de l’école;
- Expliquer que la situation traversée peut être difficile, mais que des personnes de confiance sont présentes pour les écouter et qu’ils n’ont pas à craindre d’être jugés.
Partager des messages rassurants
En contexte de polarisation ou de radicalisation, certaines interventions (ou une absence d’intervention) ou encore l’implantation prématurée de certaines initiatives peuvent avoir pour effet d’augmenter le niveau de risque pour la sécurité.
Afin d’éviter une exacerbation du problème, il est recommandé :
- De garder une distance face à ses propres croyances et valeurs afin de maintenir une posture professionnelle permettant d’accompagner l’élève;
- De favoriser des positions nuancées et non partisanes;
- D’agir de manière concertée en équipe-école;
- D’encourager des initiatives qui contribuent à un meilleur sentiment de sécurité dans l’école (ex. : envoyer un message commun qui encourage à continuer de croire à la paix);
- De déterminer les rôles et les responsabilités pour l’ensemble de la communauté éducative dans la promotion du vivre-ensemble et l’établissement d’un climat scolaire positif;
- De rassurer les familles en les informant qu’elles seront impliquées dans la recherche de solutions;
- De permettre l’expression des idées et des opinions diverses et parfois divergentes;
- De véhiculer le message qu’il est possible de vivre ensemble malgré la présence d’une pluralité d’opinions.
Dans un contexte de tensions ou de conflits armés internationaux, il est recommandé de favoriser un discours humanitaire (ex. : souhaiter un arrêt des actes violents et une protection des personnes civiles impliquées dans le conflit).
Favoriser un sentiment de sécurité et d’appartenance au sein de l’école
Inconsciemment, nous pouvons être portés à intervenir davantage sur certaines formes de violence ou de discrimination plutôt que d’autres. Cela peut être perçu comme du favoritisme et risque éventuellement de générer un sentiment d’injustice ou d’opposition.
Ainsi, lorsque des enjeux de polarisation ou de radicalisation s’invitent à l’école, il est recommandé :
- De privilégier les référentiels de l’école pour orienter les interventions et résoudre les situations (ex. : valeurs de l’école, projet éducatif, code de vie, plan de lutte contre la violence et l’intimidation, plan d’engagement vers la réussite);
- De veiller à une application cohérente et équitable des règles de conduite et des mesures de sécurité de l’école (code de vie);
- De privilégier une approche éducative plutôt que punitive dans l’application des règles de conduite et des mesures de sécurité;
- De veiller à ce que les actions en prévention de la violence et de l’intimidation s’appuient sur un portrait local documentant les formes de violence observées dans l’école;
- De mettre en place des mécanismes de traitement des plaintes et des événements de violence (plan de lutte contre la violence et l’intimidation);
- De veiller à ce que les mécanismes de plainte permettent de remettre en question et d’améliorer les pratiques, s’il y a lieu;
- D’informer les élèves, les familles et le personnel de l’école sur la façon d’intervenir lorsqu’une situation les inquiète, lorsqu’un événement de violence est constaté ou lorsqu’un élève est jugé à risque;
- D’éviter de générer un sentiment d’exclusion ou de contribuer au sentiment d’exclusion;
- De permettre aux élèves de participer à des initiatives citoyennes, d’exprimer leurs représentations du monde et de mettre en valeur leurs appartenances identitaires.
Lorsqu’un élève a des propos à caractère raciste, homophobe, sexiste, etc., il n’est pas recommandé d’intervenir avec une intention de modifier ses idées. Souvent, ce type d’intervention a très peu d’effet.
Il est plutôt recommandé d’amener l’élève à prendre conscience des attitudes et des comportements favorisant un environnement scolaire sécuritaire et respectueux. En ce sens, le personnel peut s’appuyer sur les référentiels de l’école qui encadrent les comportements attendus (code de vie, projet éducatif, plan de lutte contre la violence et l’intimidation, etc.).
En effet, toute personne est libre de penser ce qu’elle veut, mais elle demeure contrainte aux règles de vie sociale quand vient le temps d’agir ou de s’exprimer.
Si l’école envisage une suspension, un retrait scolaire ou un changement d’école pour un élève, il est fortement encouragé, voire essentiel, d’offrir un accompagnement psychosocial spécialisé à cet élève. Cela peut permettre d’éviter de créer des enjeux dans la nouvelle école ou d’aggraver des sentiments de colère, de marginalisation ou de rancœur que pourrait vivre l’élève.
Favoriser un engagement solidaire pour soutenir le pouvoir d’agir
Quand une personne est émotive et se sent impuissante face à une situation, la haine et les actions extrêmes peuvent être tentantes comme stratégies de reprise de pouvoir.
Il est alors important de soutenir l’action positive des élèves et du personnel ainsi que leur implication individuelle et collective au sein de l’école.
Pour ce faire, l’école peut, par exemple, collaborer avec des organisations de coopération internationale ou des organismes communautaires dans le but de soutenir le pouvoir d’agir des élèves et du personnel.
Agir dans les écoles où les communautés sont concernées par de fortes tensions internationales
Quand les émotions sont particulièrement vives, le dialogue peut être difficile, voire impossible, entre différents individus ou groupes concernés. Dans certaines situations, il peut être alors préférable d’éviter temporairement le dialogue direct entre des groupes aux positions opposées. Un temps viendra où il sera possible de discuter plus sereinement.
L’expression d’empathie est essentielle envers toutes les communautés et les personnes qui, en raison de leurs appartenances, vivent les événements de façon personnelle. Des espaces de rassemblement, en petits groupes, peuvent être aménagés en ce sens (ex. : rituels de deuil, activités d’expression artistique). Pour ce type d’initiative, il est nécessaire de prévoir plus d’un intervenant par groupe afin d’assurer la disponibilité d’un adulte. Si un jeune quitte, se fâche, pleure ou autre, il ne doit pas être laissé seul.
Lorsque des tensions ou des conflits armés internationaux se répercutent en milieu scolaire, il est important de donner des messages rassurants aux parents, de leur faire savoir que l’école travaille activement à assurer un environnement sécuritaire aux élèves et de leur fournir les coordonnées d’une personne-ressource dans l’école à qui ils peuvent se référer au besoin.
Établir des collaborations avec des partenaires à proximité de l’école
Si un événement est susceptible de présenter un risque pour des élèves ou des membres de la communauté scolaire, des collaborations existantes entre l’école et des partenaires peuvent favoriser une complémentarité dans les actions mises en place.
Dans les situations de polarisation et de radicalisation, il est suggéré d’établir des collaborations avec :
- Les services de santé et les services sociaux;
- Les services de police;
- Les organismes communautaires;
- La municipalité;
- D’autres partenaires selon les particularités régionales. Dans certains contextes, cela pourrait inclure des leaders de groupes religieux, par exemple.
Dernière mise à jour : 5 décembre 2024