Récipiendaires de l'année 2020

Françoise Sule

Native de France, Françoise Sule a enseigné au Département de français, italien et lettres classiques de l’Université de Stockholm jusqu’en 2019 et enseigne depuis à l’Université du Temps Libre de Stockholm.

La littérature francophone, et particulièrement celle du Québec, l’accompagne. Elle a publié et présenté, lors de colloques, des articles sur l’auteure d’origine innue Rita Mestokosho. La création d’une banque d’entretiens avec les auteurs en visite en Suède et son rôle-conseil dans la publication d’une anthologie sur la littérature canadienne témoignent aussi de son intérêt pour le fait français au Québec et pour le rayonnement de la francophonie.

Françoise Sule est membre de l’Association internationale des études québécoises (AIEQ) depuis 2002 et en assure la vice-présidence pour l’Europe depuis 2016. Au fil des ans, elle a contribué, en collaboration avec cette association, à l’accueil d’une quarantaine d’auteurs québécois dans le cadre de tournées d’auteur. Elle a également offert quatre sessions de formation basées sur l’ouvrage Le Québec, connais-tu? auxquelles ont participé des professeurs et des étudiants de français en Suède, en Finlande et en Estonie.

En 2013, elle instaure le Prix littéraire des lycéens AIEQ Suède/Estonie/Catalogne, un prolongement hors Québec du Prix littéraire des collégiens. En 2017, lors du Salon international du livre de Québec, elle participe à une table ronde organisée par l’AIEQ sur le thème « La littérature québécoise dans le monde : 20 ans de traduction ». En 2019, c’est au Salon du livre de Montréal qu’elle est reçue dans le cadre de la rencontre « La littérature québécoise voyage en Suède », échangeant alors avec des auteurs québécois ayant séjourné en Suède à son invitation.

Françoise Sule a présidé, de 2008 à 2019, l’Association des enseignants de français en Suède et a participé en 2008 au congrès de la Fédération internationale des professeurs de français tenu à Québec. 

Elle assume la responsabilité du Cercle littéraire francophone, en collaboration avec la bibliothèque de la ville de Stockholm, et traduit divers ouvrages suédois en français. Pendant plus de vingt ans, elle a été responsable de l’Institut d’études canadiennes de l’Université de Stockholm, inauguré en 1995.

Le travail de Françoise Sule a été reconnu par la remise de distinctions par les gouvernements de France (officière des Palmes académiques 2009, officière de l’Ordre du mérite 2021), du Québec (Médaille du 50e anniversaire du ministère des Relations internationales et de la Francophonie 2017) et du Canada (Médaille du Gouverneur général du Canada 2017). En 2016, le Prix de la Francophonie en Suède lui est octroyé pour le projet Lilian Thuram – Éducation contre le racisme.

C’est notamment pour son enseignement de la langue française à des milliers de Suédois, pour sa contribution au rayonnement de la culture et de la littérature québécoises, et pour son apport au développement de réseaux d’études québécoises partout dans le monde que le Conseil supérieur de la langue française lui décerne l’Ordre des francophones d’Amérique.

Bonjour,

La distinction que vous m’accordez aujourd’hui revêt pour moi une bien grande importance. D’abord, parce qu’elle met en valeur le travail que j’ai accompli pour tisser, au fil des ans, des liens étroits avec le Québec et la francophonie d’Amérique. Ensuite, parce qu’elle me permet de témoigner que ce travail a été accompli en équipe. 

Les liens que j’ai avec le Québec et la francophonie d’Amérique sont tissés autour de la lettre A.

A pour Anne Hébert, qui m’a en quelque sorte introduite à la littérature québécoise.

A pour ces amitiés que j’ai pu entretenir avec certaines des grandes figures de la littérature francophone d’Amérique que sont Anne Hébert, Antonine Maillet et Gabrielle Roy. 

Enfin, A, et même double AA, pour l’admiration que j’ai pour toutes ces écrivaines et tous ces écrivains, dont Kim Thúy, Larry Tremblay, Rita Mestokosho ou encore Dany Laferrière et Jocelyne Saucier, que j’ai eu l’immense plaisir de faire circuler en Suède et ailleurs en Scandinavie et qui, selon moi, sont les meilleurs ambassadeurs que le Québec puisse avoir pour rayonner dans le monde.

J’aurais eu bien du mal à établir de tels liens si j’étais demeurée seule et isolée comme je l’étais avant la création de l’Association internationale des études québécoises (AIEQ).  

Faire partie du réseau de l’AIEQ m’a permis d’apporter une modeste contribution au rayonnement du Québec et à celui de la francophonie d’Amérique. 

C’est avec l’appui de l’AIEQ que j’ai pu réaliser, depuis 1997, de nombreuses activités universitaires portant sur le Québec, que j’ai pu accueillir, depuis 2003, des dizaines d’auteurs québécois et que j’ai pu instaurer, en 2015, le Prix littéraire des lycéens. Grâce à ce prix, des étudiants suédois, catalans et estoniens relèvent chaque année le défi de lire au moins un des auteurs retenus pour le Prix littéraire des collégiens. 

Je tiens donc à remercier Robert Laliberté, ex-directeur de l’AIEQ, ainsi que Chantal Houdet et Suzie Beaulieu, actuellement à la barre de l’Association, qui, au fil des ans, ont dû faire montre d’une belle résilience pour en assurer l’avenir.

J’adresse aussi des remerciements au ministère des Relations internationales et de la Francophonie de même qu’au Conseil des arts et des lettres du Québec, deux partenaires majeurs de l’AIEQ, ainsi qu’à l’ambassade du Canada en Suède et à la Délégation générale du Québec à Londres, qui m’ont toujours accordé leur indispensable soutien.

En 2016, j’ai reçu le Prix de la Francophonie en Suède, remis par les ambassades, pour la collaboration que j’ai apportée à un projet de lutte contre le racisme instauré par Lilian Thuram, un joueur de foot bien connu en Europe. 

En guise de conclusion, permettez-moi de m’inspirer d’une citation d’un ouvrage qu’il a publié en 2009, Mes étoiles noires. De Lucy à Barack Obama 

« Que la francophonie, et tout particulièrement celle d’Amérique, 
Puisse, dans les années à venir, 
Trouver parmi les jeunes qui nous suivront 
Ces étoiles et ces modèles dont elle aura besoin pour
Continuer de se construire tout en accentuant son rayonnement. »

Jayne Abrate

Jayne Abrate est secrétaire générale de l’American Association of Teachers of French (AATF) depuis 1997. Elle a fait ses études en français et en théâtre à l’Illinois Wesleyan University avant de passer une année à Reims, en France, comme assistante d’anglais. Elle a par la suite obtenu un doctorat en littérature française de la Purdue University (Indiana) avec, comme sujet de thèse, les tragédies de Voltaire. C’est à l’université qu’un professeur lui a fait découvrir la littérature québécoise.   Pendant les 15 années durant lesquelles elle a enseigné au niveau universitaire, la littérature, la chanson et la culture québécoises figuraient régulièrement dans ses cours.

Lorsqu’elle est devenue secrétaire générale, l’un de ses premiers mandats fut d’organiser un congrès à Montréal, événement qui a accueilli plus de 800 professeurs venus des États-Unis. Le congrès annuel de l’AATF a souvent lieu à l’extérieur du pays pour permettre aux congressistes de profiter d’un environnement francophone. Après Montréal, ce congrès s’est tenu plusieurs fois au Québec (2005, 2011, 2015 et 2023 prévu), en Martinique (2003, 2018), en Belgique (2008) et à Paris (2000 et 2024 prévu).

Jayne Abrate travaille toujours avec des associations locales pour offrir des visites culturelles afin de sensibiliser les professeurs à l’histoire, à la culture et à l’actualité de la francophonie qui les entourent. L’organisation de ces activités comporte toujours un volet pédagogique. Elle continue de présenter une dizaine d’ateliers et de conférences par an aux professeurs de français des États-Unis. La francophonie des Amériques fait souvent l’objet de ces présentations.

Auteure et rédactrice de plusieurs ouvrages sur l’enseignement de la culture, la pédagogie par projet et l’utilisation des documents authentiques, Jayne Abrate prépare actuellement un manuel de classe sur l’utilisation de la cuisine québécoise dans l’apprentissage du français.

Elle entretient des contacts réguliers avec les organismes qui s’intéressent à l’enseignement du français. Elle représente l’AATF, la plus grande association professionnelle de professeurs de français au monde avec quelque 10 000 membres, lors de divers congrès régionaux et nationaux, et siège au conseil d’administration du Joint National Committee for Languages, une fédération qui représente les intérêts des professionnels de langues devant les instances gouvernementales américaines.

Elle est lauréate du Founders Award (Central States Conference on the Teaching of Foreign Languages), du Nelson Brooks Award for Excellence in the Teaching of Culture (American Council on the Teaching of Foreign Languages) ainsi que du Distinguished Service Award (Association of Departments of Foreign Languages/Modern Language Association), et elle a aussi été nommée commandeur de l’Ordre des Palmes académiques par le ministère de l’Éducation de France.

C’est notamment pour sa contribution à l’enseignement du français sur l’ensemble du territoire des États-Unis, pour sa promotion de la langue française auprès des décideurs américains et pour son engagement à faire connaître la culture québécoise partout en Amérique que le Conseil supérieur de la langue française lui décerne l’Ordre des francophones d’Amérique.

Bonjour,

Je ne suis pas née francophone. Pourtant, le français m’a longtemps poursuivie sans que je le sache, et le destin voulait faire de moi une francophone.

Comme beaucoup d’Américains, j’ai grandi sans vraiment connaître les origines françaises de mon pays. J’ai passé ma vie dans le Midwest où j’ai deviné l’origine de certains noms de lieux. Mes professeurs organisaient des voyages à Paris, mais ne parlaient guère du français qui nous entourait. Nous passions régulièrement devant la statue de Black Hawk qui surplombe la Rock River. Nous faisions des visites scolaires au parc de Starved Rock avec sa légende amérindienne d’assiégés morts de faim. Je connaissais cette histoire-là, mais j’ignorais les traces laissées par les premiers explorateurs.  

Je suis née dans l’Illinois et j’ai grandi à Rock Falls, à 200 mètres de la Rock River. Cette rivière prend sa source dans le Wisconsin, entre dans l’Illinois à Rockford et sépare Rock Falls de sa ville jumelle avant de se jeter dans le Mississippi, à Rock Island. Bien après, en étudiant les cartes dressées par les premiers explorateurs, qu’est-ce que je lis? La Rock River, voie de navigation connue par les voyageurs, s’appelait alors rivière à la Roche.

Le site de Starved Rock sur la rivière Illinois était, un siècle avant le présumé siège des Amérindiens, le site de fort Saint-Louis-des-Illinois, construit par Henri de Tonty, lieutenant de La Salle.  

En 1980, j’ai eu la chance de voir un spectacle qui célébrait les racines françaises aux États-Unis. Je me souviens d’un violoniste, originaire de Vieille Mine, dans le Missouri. Cette communauté avait été fondée par des Français venus travailler dans les mines. L’isolement du lieu jusqu’à la Seconde Guerre mondiale a permis à la langue française de survivre jusqu’à l’aube du 21e siècle.

Imaginez mon étonnement quand, en 2012, pour le congrès de l’American Association of Teachers of French (AATF), Dennis Stroughmatt a donné la conférence d’ouverture. Musicien et historien, Dennis a raconté comment il avait découvert Vieille Mine et appris la langue de ses habitants ainsi que les airs traditionnels du 18e siècle transmis d’une génération à l’autre de la main de Charlie Pasha, le violoniste que j’avais entendu en 1980.

Toute ma vie, j’ai habité à quelques kilomètres de la rivière à la Roche, de la rivière des Illinois et du Mississippi. Chicago m’a ouvert les yeux sur les Grands Lacs. Comme les premiers explorateurs, j’ai suivi les eaux — Sault-Sainte-Marie, Détroit, Niagara — avant de m’arrêter devant les chutes de Lachine, comme l’avait fait Jacques Cartier.  

Mes études de français m’ont amenée vers la France, à laquelle je suis liée par le mariage, mais mes racines m’ont toujours poussée vers le nord. D’abord dans les cours que je donnais, ensuite dans mon travail avec l’AATF. J’ai consacré ma vie à la promotion de l’histoire, de la littérature et de la culture françaises qui nous entourent.

Les voyageurs sont sûrement passés tout près des terrains de mon enfance. Par l’eau, par l’histoire et par la langue, la vie m’a entraînée vers le français. Je suis Américaine, je suis Nord-Américaine, je suis francophone.

Serge Rousselle

Natif de Saint-Isidore et résident de Tracadie, au Nouveau-Brunswick, Serge Rousselle détient un diplôme de premier cycle en sciences politiques (mention summa cum laude) et un autre en droit (mention summa cum laude) de l'Université d'Ottawa, et il est titulaire d’une maîtrise en droit de l’University of Cambridge ainsi que d’un doctorat en droit de l’Université McGill pour lequel sa thèse avait pour titre La diversité culturelle et le droit constitutionnel canadien au regard du développement durable des cultures minoritaires.

Professeur à compter de 1992 à la Faculté de droit de l’Université de Moncton, il en a été le vice-doyen, puis le doyen. Professeur invité dans plusieurs universités européennes, il a également dirigé le Centre international de la common law en français, le Bureau des Amériques de l’Agence universitaire de la Francophonie ainsi que le Centre de traduction et de terminologie juridiques de l’Université de Moncton.

Ce constitutionnaliste compte à son actif de très nombreuses publications et communications à travers le monde dans les domaines des droits linguistiques, autochtones et environnementaux.

Membre du Barreau du Nouveau-Brunswick depuis 1995, Me Rousselle a été impliqué dans diverses causes ayant trait au droit constitutionnel, et particulièrement aux droits linguistiques, dont le Renvoi relatif à la réforme du Sénat qu’il a plaidé à la Cour suprême du Canada.

Outre le fait d’avoir été député provincial et à la tête de différents ministères, dont celui de l’Éducation, il a également été procureur général du Nouveau-Brunswick de 2014 à 2018.

Tout en étant chroniqueur et analyste dans divers médias écrits et électroniques, il a été très actif en matière de services à la collectivité, ayant été, entre autres, président du Conseil des doyens et des doyennes des facultés de droit du Canada, président de l’Association des juristes d’expression française du Nouveau-Brunswick, rédacteur en chef de la Revue de la common law en français, membre du comité de gestion de l’Observatoire international des droits linguistiques et membre du conseil d’administration de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques.

Au fil des ans, il a reçu plusieurs distinctions, dont la médaille d’or de l’Université d’Ottawa pour son excellence scolaire, le prix France-Acadie pour son livre Éducation et droits collectifs. Au-delà de l’article 23 de la Charte, rédigé avec Rodrigue Landry, et le prix Juriste de l’année de l’Association des juristes d’expression française du Nouveau-Brunswick pour sa contribution exceptionnelle à l’avancement des droits linguistiques.

C’est notamment pour sa contribution à l’avancement des droits linguistiques des minorités francophones et acadiennes, pour son engagement au rayonnement de la langue et de la culture françaises, et pour implication dans les services à la collectivité francophone que le Conseil supérieur de la langue française lui décerne l’Ordre des francophones d’Amérique.

Distingués invités,
Chers parents et amis,

À bien y penser, un peu comme Obélix et la potion magique, la langue française, je suis tombé dedans quand j’étais petit. Et c’est avant tout au pays de l’imaginaire, d’ici et d’ailleurs, à travers des livres d’abord, puis de la musique et du théâtre, que j’ai bâti mon amour de la langue française dès mon plus jeune âge. 

Né dans un merveilleux petit village, Saint-Isidore, au cœur de la Péninsule acadienne, j’ai grandi au sein d’une Acadie sans frontières en quête de modernité dans laquelle les artistes ont pris une place prépondérante dans ma construction identitaire à une époque où les acquis juridiques du peuple acadien prenaient forme.

Si le Québec a eu son Michel Tremblay, son Gaston Miron, sa Diane Dufresne, son Beau Dommage, son Starmania, son Osstidcho et ses mémorables fêtes de la Saint-Jean, l’Acadie de mon enfance a eu son Antonine Maillet, son 1755, son Gérald LeBlanc, son Louis Mailloux et ses frolics acadiens sur la Butte à Napoléon, et cette Acadie n’a cessé depuis de s’émanciper pour en arriver de nos jours aux Lisa Leblanc, Hay Babies, Hôtesses d’Hilaire, Radio Radio et Gabriel Robichaud.

Or, ce vent de fraîcheur et de liberté artistique s’est accompagné d’une évolution politique et juridique hors du commun. Ainsi, si le Québec a connu sa Révolution tranquille avec l’arrivée au pouvoir de Jean Lesage, l’Acadie du Nouveau-Brunswick en a fait autant sous l’impulsion d’un autre ancien de l’Université Laval, le premier Acadien élu premier ministre de notre province, Louis J. Robichaud. 

De son programme nommé Chances égales pour tous à l’adoption de la première Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick, monsieur Robichaud a démarré le bal d’une modernisation politico-juridique nécessaire qui s’est poursuivie par l’adoption de la Loi reconnaissant l’égalité des deux communautés linguistiques officielles au Nouveau-Brunswick en 1981 ainsi que par une reconnaissance de nos droits linguistiques dans la Loi constitutionnelle de 1982 et sa modification de 1993, qui nous accorde des droits linguistiques collectifs. 

Pour un jeune Acadien comme moi qui a grandi dans cette effervescence culturelle et politico-juridique, qui a fait partie d’une première génération familiale à avoir eu le privilège de fréquenter les bancs universitaires l’année qui a suivi la constitutionnalisation de nos droits linguistiques en 1982, qui a amorcé sa carrière universitaire à peu près au moment de la constitutionnalisation de nos droits collectifs en 1993, et ce, à l’Université de Moncton, dans une faculté de droit ayant pour mission sociolinguistique de favoriser le développement durable des communautés francophones et acadiennes, les astres ne pouvaient pas être mieux alignés. 

Fort du travail accompli par les générations qui nous ont précédés, il nous revenait de donner vie à ces droits nouvellement acquis et, si ce sont parfois les tribunaux qui ont dû forcer la note pour y arriver, il faut à la fois reconnaître le chemin parcouru et celui qu’il reste encore à parcourir pour enfin arriver à une égalité linguistique réelle.

Dyane Adam

Présidente fondatrice du Conseil de gouvernance de l’Université de l’Ontario français (UOF) depuis avril 2018, Dyane Adam a été au centre de la création de cette première université autonome de langue française en Ontario en qualité de présidente du Conseil de planification de l’Université de langue française (2016-2018). Depuis mai 2020, elle siège au conseil d’administration de la Fondation Pierre Elliott Trudeau et en assume présentement la vice-présidence. Elle est une ancienne commissaire aux langues officielles du Canada (1999-2006).

Dyane Adam détient une maîtrise et un doctorat en psychologie clinique de l’Université d’Ottawa. Sa carrière l’a amenée à travailler au Québec et en Ontario, où elle a jumelé la pratique privée en psychologie clinique à l’enseignement et à la recherche universitaires. Au cours de cette période, elle a notamment occupé le poste de vice-rectrice adjointe en enseignement et services en français à l’Université Laurentienne pour ensuite devenir principale du Collège Glendon de l’Université York à Toronto en 1994. Au cours des années, elle a œuvré au sein de plusieurs organismes provinciaux, nationaux et internationaux en faveur de la reconnaissance des droits de la minorité linguistique francophone, de la condition féminine et de l’accès à des services de santé et d’éducation en français.

Auteure de publications professionnelles et scientifiques, elle a participé à de nombreux colloques à l’échelle nationale et internationale, s’est exprimée devant des comités parlementaires et des tribunaux, a produit des recherches variées, et a prononcé maintes allocutions liées aux enjeux actuels de la francophonie, de l’éducation, de la dualité linguistique et pour faire du respect des droits linguistiques une priorité canadienne. Ses interventions touchent ainsi un large éventail de domaines ayant un impact sur le quotidien des Canadiennes et des Canadiens, dont l’éducation, la santé, l’immigration, la langue de travail, le développement communautaire et l’espace numérique.

Pour l’ensemble de ses réalisations, elle s’est vu décerner des doctorats honorifiques de l’Université McGill, de l’Université d’Ottawa, de l’Université de Moncton, de l’Université Saint-Paul, de l’Université Laurentienne et du Collège Boréal. Elle a entre autres été nommée membre de l'Ordre du Canada, chevalier de l’Ordre de la Pléiade, chevalier de l’Ordre des Palmes académiques de la République française et médaillée du jubilé de la reine Elizabeth II. Plus récemment, le Conseil scolaire Viamonde a désigné en son nom une école primaire à Milton, en Ontario, l’École élémentaire Dyane-Adam.

C’est notamment pour son apport à la reconnaissance des droits des minorités linguistiques, pour sa contribution au rayonnement de la francophonie canadienne et pour son leadership dans la création de la première université autonome de langue française en Ontario que le Conseil supérieur de la langue française lui décerne l’Ordre des francophones d’Amérique.

Salutations,

Je suis née dans un village de l’Est ontarien qui était aussi francophone que les campagnes québécoises. Et pourtant, l’école secondaire de mon village s’appelait Casselman High School. La majorité des cours y étaient offerts en français parce que les étudiants étaient tous francophones. Mais à défaut de professeurs francophones qualifiés pour enseigner certaines matières obligatoires, notamment les sciences, tout se déroulait en anglais : enseignement, manuels, examens. De plus, les jeunes de ma génération et de toutes celles qui l’ont précédée devaient, pour obtenir leur diplôme d’études secondaires, réussir non pas un cours d’anglais langue seconde, mais bien le cours d’English langue maternelle. Vous pouvez imaginer le décrochage scolaire et le faible taux de participation aux études postsecondaires chez la population franco-ontarienne. D’ailleurs, au début des années 70, des chercheurs universitaires sonnaient l’alarme et dénonçaient, avec chiffres à l’appui, cette iniquité historique. Ma famille en était une preuve éclatante. Benjamine d’une famille de 16 enfants, je fus la première à franchir le seuil d’une université. 

Cette terre de mon enfance m’a confrontée à l’inconfort linguistique du minoritaire, à l’inégalité des chances, voire à l’injustice sociale. Cette quête de justice et d’égalité sociales, notamment entre les femmes et les hommes, entre la majorité et les minorités linguistiques en province et au pays, fut ma compagne de route au fil des nombreux mandats qui m’ont été confiés, dont plusieurs de façon plutôt inattendue. 

Mais le tout dernier s’est avéré le plus imprévisible de tous! À l’été 2016, le gouvernement de l’Ontario m’invitait à présider le Conseil de planification pour une université de langue française, dont le mandat devait durer tout au plus six mois. Ce furent plutôt cinq années de concertation, de négociation, de mobilisation, de revendication et d’engagement communautaires, et, surtout, de l’affirmation inédite d’une solidarité entre les francophonies du pays et d’ailleurs. Au nom de l’Université de l’Ontario français (UOF) et de tous les francophones de l’Ontario, j’en profite pour saluer l’appui indéfectible et retentissant reçu de la part de la population québécoise et de son gouvernement envers notre communauté. 

Bien que je sois seule sur ce podium, vous devez imaginer que se trouve à mes côtés et derrière moi une communauté entière qui est aujourd’hui à l’honneur. L’UOF est l’aboutissement du travail colossal de plusieurs générations d’hommes et de femmes solidement engagés dans le développement d’un système éducatif complet en langue française en Ontario. S’y trouvent également des porte-parole associatifs franco-ontariens qui ont porté à bout de bras le dossier de l’université de langue française, notamment l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) et le Regroupement étudiant franco-ontarien (REFO). Il y a aussi des centaines d’experts universitaires, gouvernementaux et éducatifs qui ont siégé à plusieurs comités et qui y sont allés de leurs recommandations. Il y a l’équipe visionnaire de l’UOF — collègues administrateurs, employés et collaborateurs — qui, en dépit des embûches, est demeurée soudée et confiante en sa capacité d’influencer le cours des événements. Il y a enfin les décideurs politiques et leurs collaborateurs, tous paliers et partis confondus, qui ont conjugué efforts et financement pour permettre l’écriture de cette nouvelle page dans l’histoire franco-ontarienne. 

En terminant, je ne peux passer sous silence ma garde rapprochée — famille et amis — qui m’a accompagnée et épaulée au fil des années. Mon conjoint de plus de quarante ans, Jacques. S’adapter à une femme dont la trajectoire de vie a connu plus d’un virage sans clignotant exige une bonne dose de compréhension et de souplesse. Mes deux nièces, Chantal et Lucie, complices de route avec une foi inébranlable en leur « matante ». Un merci tout spécial à mes collègues de l’UOF — Jason, Normand et Glenn — qui m’ont fait la surprise et l’honneur de poser ma candidature à l’Ordre des francophones d’Amérique.

Anne Leis

Orthophoniste et détentrice d’un doctorat en psychologie de la santé décerné par l’Université Louis Pasteur, Strasbourg I, Anne Leis est professeure titulaire au Département de santé publique et d’épidémiologie de la Faculté de médecine de l’Université de la Saskatchewan depuis 1995, et elle en est sa directrice depuis 2014.
Ses recherches se sont d’abord centrées sur les besoins des personnes atteintes de cancer et de leurs proches, et sur leur résilience. Puis, la langue et la culture comme déterminants de la santé et leur relation avec le milieu minoritaire francophone l’ont de plus en plus interpelée.

Cela fait plus de 30 ans qu’elle vit dans l’Ouest canadien à la suite de la mutation professionnelle de son mari, le Dr Timothy Leis, psychologue et cadre supérieur retraité du gouvernement du Canada. Avec leurs quatre enfants, ils ont été chaleureusement accueillis dans la communauté francophone de Saskatoon et ont embrassé la défense des droits à l’éducation francophone.

Anne Leis est notamment devenue présidente de l’Association des parents de l’école canadienne-française de Saskatoon de 1993 à 2002 et elle a aussi accepté la présidence de l’Association provinciale des parents fransaskois de 1996 à 2002. Elle a de plus travaillé à la mise sur pied du Centre éducatif à la petite enfance Félix le chat, et a œuvré à recueillir des fonds pour appuyer son démarrage et sa viabilité. Elle a aussi accepté la présidence de la Fédération des francophones de Saskatoon de 2002 à 2006 et celle du Réseau Santé en français de la Saskatchewan de 2006 à 2016. Dans tous ces postes, elle a eu maintes occasions de faire valoir les besoins de la communauté francophone et de défendre ses intérêts dans les domaines de l’éducation, du développement communautaire et de la santé. Depuis 2018, elle est présidente de la Société Santé en français.

Elle a reçu des reconnaissances qu’elle attribue à l’engagement de son couple : le prix Charles-Cimon (1998), décerné au bénévole de l’année de la communauté francophone de Saskatoon, le prix du bénévole de l’année dans la catégorie « Diversité » par la Ville de Saskatoon (2004) ainsi que la médaille du bénévolat de la province remise par la lieutenante-gouverneure en 2012. En 2016, elle a été adoubée membre de la Compagnie des Cent-Associés francophones pour sa contribution à la francophonie canadienne sur les plans professionnel et bénévole. Elle a finalement été nommée deux fois, soit en 2017 et en 2018, comme l’une des dix personnalités influentes de la francophonie canadienne au Palmarès Francopresse.

C’est notamment pour sa contribution à l’accroissement des services de santé en français en Saskatchewan, pour son engagement à défendre le droit à l’éducation en français pour les Fransaskois et pour son apport au rayonnement de la francophonie canadienne que le Conseil supérieur de la langue française lui décerne l’Ordre des francophones d’Amérique.

Monsieur le Ministre,
Madame la Conseillère municipale et membre du comité exécutif de la Ville de Québec,
Monsieur le Président du Conseil supérieur de la langue française,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis et chers membres de ma famille,

C’est avec beaucoup d’humilité et de gratitude que je reçois cette distinction honorifique aujourd’hui. Je voudrais d’abord remercier les membres du Conseil supérieur de la langue française ainsi que l’Assemblée communautaire fransaskoise, qui a soumis ma candidature dans une discrétion absolue. L’honneur conféré aujourd’hui me touche profondément, et je veux y associer mon mari, qui a été mon partenaire et mon âme sœur de tous les instants, ainsi que nos quatre enfants, qui ont cet amour de la langue et qui ont choisi, entre autres, d’éduquer leurs propres enfants – nos dix petits-enfants – en français. 

Je dédie aussi cette reconnaissance à mes parents qui m’ont toujours poussée, dès mon plus jeune âge, à me mettre au service d’autrui et à honorer mes engagements jusqu’au bout. Enfin, je partage cet honneur avec tous ceux avec qui j’ai œuvré en Saskatchewan depuis les balbutiements de la gestion scolaire. 

Pour les Français, le Canada est un pays très attirant par sa grandeur, ses paysages à couper le souffle et les nombreuses possibilités qu’il représente, notamment en raison de ses deux langues officielles. La décision de s’établir dans le pays de mon conjoint a été le début de toute une aventure au cœur de laquelle la langue et la culture françaises ont joué un rôle prépondérant. J’ai rapidement compris qu’il fallait défendre le statut égal de l’autre langue officielle : par exemple, faire valoir le droit à l’éducation en français pour nos enfants avec des ressources équivalentes à l’éducation en anglais, demander d’être servie en français ou alors se retrousser les manches pour vivre et s’amuser en français. Ce furent des luttes et aussi des victoires, telle l’inauguration du nouveau bâtiment de l’école secondaire à Saskatoon, en 2009, avec un grand gymnase digne de ce nom.

À la suite de l’émergence du dossier santé dans les années 2000, j’ai pu allier mon engagement communautaire à mon travail de professeure et de chercheuse universitaire, et j’ai contribué à la création de la Société Santé en français ainsi qu’à son essor aux côtés d’autres pionniers tels Hubert Gauthier, alors président-directeur général de l’Hôpital Saint-Boniface, qui a été un mentor exceptionnel pour moi, et le Dr Aurel Schofield, déjà récipiendaire de cette distinction. Je n’ai jamais accepté le « non » comme réponse définitive et j’ai toujours tenté de trouver des solutions de rechange. Pour progresser, il faut être visionnaire, ingénieux, flexible et savoir tisser des liens de confiance forts et respectueux avec tous les partenaires, où qu’ils se trouvent, car l’épanouissement et la vitalité de nos communautés en dépendent. Je suis fière de toutes les avancées en éducation et en santé qui ont eu lieu grâce à des collaborations multiples et à des amitiés que je n’oublierai jamais. 

Travailler à la relève de concert avec la jeune génération est l’une de mes priorités de l’heure. Il est de notre devoir d’unir nos forces pour élargir et consolider la francophonie au Canada et dans les Amériques.

Fred Pellerin

Diplômé en littérature de l’Université du Québec à Trois-Rivières, fils de comptable agréé, il est devenu « conteur agréable par mégarde » après avoir été bercé par les histoires de sa grand-mère, de son voisin Eugène et de son père.

Les histoires de Fred Pellerin sont celles de son patelin : Saint-Élie-de-Caxton, petit village québécois de la Mauricie. Anecdotes, potins et rumeurs passent à la moulinette de Fred Pellerin pour en ressortir sous forme de contes pour adultes.

Il a déjà derrière lui six spectacles de contes prenant chacun pour héros un illustre personnage de son village : Dans mon village, il y a belle Lurette… (2001), Il faut prendre le taureau par les contes! (2003), Comme une odeur de muscles (2005), L’Arracheuse de temps (2008), De peigne et de misère (2012) et Un village en trois dés (2017).

Son premier a été présenté plus de 600 fois en France et au Québec, et lui a valu une médaille de bronze aux Jeux de la Francophonie en 2001. Son second est porté à l’écran par le réalisateur Luc Picard et prend le titre de Babine. Fred Pellerin en assure la narration. Son troisième a croisé les oreilles de plus de 150 000 spectateurs et a fait l’objet d’un second film, Ésimésac. Son quatrième s’est vu remettre un billet « Double platine » bien spécial, certifié FREDisq, pour couronner la vente de plus de 200 000 billets au Canada et en Europe. Il fera également l’objet d’un projet de film à sortir en 2021, sous la direction de Francis Leclerc. Son tout dernier spectacle de contes, inspiré d’un nouveau personnage, la postière du village, a pris la route à l’automne 2017 avec plus de 200 dates à guichets fermés au calendrier, dont 25 à Paris, au Théâtre l’Atelier. 

Avec six spectacles de contes, de nombreuses collaborations avec l’Orchestre symphonique de Montréal et Kent Nagano, cinq livres-disques, trois scénarios de films, cinq albums de musique ainsi que des documentaires salués par la critique, Fred Pellerin a joint des millions d’amoureux de son art. Toutes ses créations ont reçu les prix et les honneurs de l’industrie et du public.

En 2013, il a fait son entrée dans Le Robert encyclopédique des noms propres.

En 2014, il a reçu un doctorat ès lettres honoris causa de l’Université Laval et, cinq ans plus tard, un doctorat honoris causa de l’Université du Québec à Trois-Rivières ainsi qu’un diplôme honorifique du Cégep de Shawinigan.

C’est notamment pour sa créativité à manier la langue française qui le distingue, pour son habilité à enrichir le conte québécois par divers recours langagiers et pour le rayonnement de son travail dans la francophonie que le Conseil supérieur de la langue française lui décerne l’Ordre des francophones d’Amérique.

On parle des francophones d’Amérique
— Antilles, Louisiane, Québec, Acadie… — 
On parle des francophones d’Amérique 
Et on trouve ça géant 
Et il en reste encore
— Vietnam, Belgique, France, Roumanie… — 
Et il en reste encore
Sur quatre continents. 

La francophonie tire sa richesse 
De sa multiplicité.
Cette langue fraternelle,
Vive et vaste 
A su trouver une souplesse fine
Pour se mouler sur les mille réalités
Des mille paysages où elle s’installe :
Pour chanter une berceuse ou crier dans la rue, 
Pour nommer la chaleur ou frissonner le froid, 
Pour imager la fragilité ou partager les sentiments, 
Pour commenter le voyage ou pour rester chez soi. 

Chaque fois,
Une tournure de plus dans son compte de langue, 
Un accent qui redonne à entendre la musique,
Un mot nouveau pour s’exciter le lexique. 

J’étais encore un ado
Quand j’ai choisi les mots de mes compatriotes villageois 
Pour conter des histoires. 

Des mots français,
Souvent écorchés,
Tortillés, mâchouillés…
Comme la paille à café qu’on garde en bouche jusqu’au dîner. 
Des mots mélangés, 
Avec des nœuds dedans,
Des mots qui poussent parfois dans des fissures d’ignorances 
Mais qui fleurissent vite et si bien en poésie.
C’était une déclinaison locale de cette langue étendue.
Je m’en contentais,
Parce que je contais pour les voisins. 

Je n’ai jamais voulu partir de mon village,
Mais le monde m’a pris.
Depuis ce temps,
À cheval sur les mots de la rue Principale de Saint-Élie, 

J’ai vu le Québec et les provinces autour, 
Je suis allé virer en France, en Suisse, en Belgique 
Pas loin de deux cents fois,
J’ai fait mes sauts sur les perles antillaises,
Et puis encore… 
Et puis toujours,
Avec les mots de ma mère, de mon père,
Avec les écorchures de Jack ou d’Eugène,
Avec les fourchures de Ferdinand ou de Bernadette. 
On m’a compris partout.
Je me suis reconnu partout. 

Le français est un souffle
Que l’on se passe
Et qui gagne en ampleur
À chaque nouveau joueur.
Le français est une langue à relais, 
Dont le vent dépasse les voilures. 

Je vais dire comme Archimède : 
« Donnez-moi une langue
Et je vous raconterai le monde! 
Et si cette langue est belle,
Le monde, il sera beau. »

Pierre Nepveu

Pierre Nepveu est né à Montréal en 1946. Il a poursuivi des études de lettres à l’Université de Montréal et à l’Université Paul-Valéry de Montpellier, en France. Professeur de français et de littérature dans le sud de l’Ontario, puis successivement aux universités de Sherbrooke, de Colombie-Britannique et d’Ottawa, il entreprend, en 1978, une carrière d’une trentaine d’années au Département des littératures de langue française de l’Université de Montréal, duquel il demeure professeur émérite.

Ses travaux sur la littérature, et en particulier sur la poésie, comprennent des essais, des articles ainsi qu’une anthologie, La poésie québécoise des origines à nos jours, réalisée avec Laurent Mailhot. Son essai L’écologie du réel, publié en 1988, examine les mutations et l’apport migratoire que connaît la littérature québécoise au cours de cette décennie. Dix ans plus tard, Intérieurs du Nouveau Monde veut dégager la dimension subjective et spirituelle de l’expérience américaine dans les littératures du Québec, des francophonies du Canada, d’Haïti et des États-Unis. Pierre Nepveu se consacre ensuite pendant dix ans à l’édition de l’œuvre du poète Gaston Miron, en collaboration avec Marie-Andrée Beaudet, et il fera paraître, en 2011, une biographie du poète et de l’éditeur.

Outre les essais, son œuvre littéraire compte deux romans et, surtout, une dizaine de recueils de poèmes qui sont autant de méditations sur le monde contemporain, ses tensions, ses douleurs, ses beautés. En parallèle, Pierre Nepveu est actif dans plusieurs champs de l’activité littéraire : traductions, lectures publiques, jurys, tables rondes et conférences, ici comme à l’étranger. Depuis 2010, il est engagé dans le projet Les voix de la poésie, qui vise la promotion et la récitation de la poésie dans les écoles secondaires du Québec et du Canada. En 2017, il faisait une tournée de conférences au Japon portant sur l’évolution littéraire et culturelle des francophonies canadiennes.

Le parcours de Pierre Nepveu se caractérise par sa vision interculturelle du Québec et par sa volonté d’engagement public. Ses livres lui ont valu de nombreux prix, dont celui du Gouverneur général à trois reprises, et le prix Athanase-David pour l’ensemble de son œuvre. Membre de l’Académie des lettres du Québec et de la Société royale, il a été nommé membre de l’Ordre du Canada en 2011 et officier de l’Ordre national du Québec en 2018.

C’est notamment pour son apport à la recherche ainsi qu’à l’appareil critique sur la littérature québécoise, pour sa contribution à la diffusion de la poésie au Québec et pour son talent d’écrivain – essayiste, poète et romancier – maintes fois primé et reconnu partout que le Conseil supérieur de la langue française lui décerne l’Ordre des francophones d’Amérique.

Bonjour,

Je veux d’abord vous exprimer toute ma gratitude, ainsi qu’à mon ami Jozef Kwaterko, mon proposant, une gratitude d’autant plus entière que, francophone d’Amérique, j’ai pu vivre au Québec ma passion du français dans des conditions bien moins défavorables que celles de nos compatriotes du Canada francophone. En cette occasion, j’ai une pensée pour eux et je les salue, en énumérant dans ma tête les lieux de cette francophonie canadienne où, au fil des années, mon parcours m’a conduit : Moncton, Pointe-de-l’Église, Sudbury, Ottawa, Toronto, Saint-Boniface et le campus Saint-Jean d’Edmonton, toujours précaire.

Ma « Petite-Patrie » natale, en plein Montréal, était un lieu paroissial, homogène, où parler et vivre en français allait de soi. La « grande Ste. Catherine Street » qu’a évoquée Gaston Miron, j’en connaissais les tensions seulement par ouï-dire, parce que mon père qui travaillait au centre-ville nous revenait souvent à la maison avec le récit de ses tribulations linguistiques. 

Ce n’est que vers 17 ans que j’ai commencé à comprendre que ma langue n’était pas seule sur le terrain et que sa place n’était pas assurée. 1963 : début d’une période particulièrement intense de tensions politiques et linguistiques qui ont mené à l’adoption de la Charte de la langue française en 1977. C’était une sorte de cadeau au moment où mon travail d’écrivain, de professeur et d’intellectuel allait trouver ses repères grâce, en bonne partie, à l’Université de Montréal, mon alma mater où j’ai enseigné la littérature et écrit en toute liberté, dans le bonheur de partager mon savoir et de combler mes ignorances grâce à des jeunes dont la curiosité et l’intelligence m’ont toujours motivé.

J’ai consacré toute ma vie à la littérature et, surtout, à la vie qu’il y a dans les livres, la vie des hommes et des femmes, des lieux et des choses qui constituent leur univers, des mots et de la langue qui leur permet de dialoguer et de nommer ce monde qu’ils habitent, de chercher des vérités petites ou grandes, des raisons de croire et d’espérer, et qui leur sert parfois à concevoir l’irréel, à plonger dans l’erreur, à déraper dans la folie. Le français que j’ai écrit, enseigné et parlé dans ma vie a toujours été une langue d’invention et de création, rajeunie par les images et multipliée dans ses accents, une langue capable de traduire et digne d’être traduite, et qui aspire à plus substantiel, plus précis, plus vaste.

Poète et ami des poètes, j’ai tendu une oreille citoyenne à la langue et à la culture qu’elle porte : j’en ai surtout retenu que la langue ne saurait se réduire à un trésor à protéger, que l’identité n’est pas un simple capital à conserver et que la mémoire ne se limite pas à la commémoration. Je dis merci à tous les écrivains, Québécois et autres francophones des Amériques, qui m’ont inspiré sur ce chemin du risque et de la création.

Dernière mise à jour : 10 décembre 2025