Anodonte du gaspareau
Nom français
Anodonte du gaspareau
Nom anglais
Alewife floater
Nom scientifique
Utterbackiana implicata
Dans cette page :
Description
L’anodonte du gaspareau est une espèce de moule d’eau douce indigène appartenant à la famille des unionidés. Pour devenir des juvéniles, les larves, appelées « glochidies », doivent se fixer sur une espèce de poisson compatible, comme le gaspareau.
Identification
Taille
Sa taille adulte varie de 10 à 16,5 cm.
Coloration
La coquille de l’anodonte du gaspareau est de couleur brun jaunâtre, brun rougeâtre ou brun plus ou moins foncé, et elle possède parfois de fins rayons. Les adultes ont tendance à devenir plus foncés avec l’âge. La couche interne de la coquille, appelée « nacre », est peu brillante et peut être cuivrée pâle, saumon, rosée, violacée ou composée d’un mélange de ces couleurs. Elle est rarement blanche.
Traits caractéristiques
L’anodonte du gaspareau a une forme ovale allongée et son sommet est bombé et légèrement surélevé. Chez les femelles, la coquille est plus large tandis que, chez les mâles, elle est plus comprimée. À l’intérieur de la coquille, il n’y a pas de dents. La partie avant de la coquille est nettement plus épaisse jusqu’à la moitié de sa longueur, puis elle devient d’épaisseur moyenne dans la partie arrière.
Distinction
L’anodonte de l’Est partage la forme allongée et l’absence de dents de l’anodonte du gaspareau, mais sa coquille est d’épaisseur uniforme et généralement mince. En comparaison, l’anodonte du gaspareau diffère du strophite ondulé, qui a une dent vestigiale (ancienne dent qui a régressé au cours de l'évolution) près du sommet et une coquille d’épaisseur moyenne.
Identifier les moules vivantes peut être difficile car les critères morphologiques à l’intérieur de la coquille, comme les dents et la nacre, ne sont pas visibles.
Espèces similaires
Anodonte de l’Est
Strophite ondulé
Répartition
L’anodonte du gaspareau est principalement observée dans les bassins versants de la côte est de l’Atlantique, de la Caroline du Nord jusqu’à l’Île-du-Prince-Édouard, ainsi que dans le bassin du fleuve Saint-Laurent. Sa répartition est étroitement liée à celle du gaspareau, son principal poisson hôte.
Au Québec, l’anodonte du gaspareau se trouve dans le fleuve Saint-Laurent jusqu’au front de salinité près de Berthier-sur-Mer et dans plusieurs de ses tributaires, dont les rivières Batiscan, Saint-Maurice, L’Assomption et Richelieu. Elle est également observée en aval du barrage de Carillon dans la rivière des Outaouais, dans le lac des Deux Montagnes, la rivière des Prairies et la rivière des Mille Îles. L’anodonte du gaspareau est également présente dans la rivière Matapédia.

Carte de l’aire de répartition potentielle de l’anodonte du gaspareau au Québec. © Ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs.
Présence au Québec
Origine
Indigène
Statut de résidence des populations
Cette espèce vit au Québec toute l’année.
État de la situation
Les données ne permettent pas de documenter la taille des populations de l’anodonte du gaspareau. Elles indiquent toutefois que la tendance démographique de l’espèce est à la baisse depuis plusieurs décennies en raison de diverses menaces.
Rangs de précarité
Le rang de précarité provincial (rang S) pour cette espèce est S1.
Observation
La manipulation des moules d’eau douce indigènes vivantes est interdite par la réglementation.
Vous pouvez transmettre vos observations d’anodonte du gaspareau au Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec.
Habitat
L’anodonte du gaspareau vit dans les rivières côtières, les ruisseaux et les lacs que peut fréquenter son principal poisson hôte, le gaspareau. Elle peut également être présente dans les estuaires d’eau douce soumis aux marées.
L’anodonte du gaspareau est généralement observée dans des habitats où le courant est modéré, parfois même faible ou inexistant. Elle se trouve à différentes profondeurs. Elle peut être présente dans divers types de substrats tels que l’argile, le limon, le sable, le gravier, les cailloux et les galets ou un mélange de ceux-ci. Elle est plus fréquemment observée dans le sable et le gravier.
Alimentation
L’anodonte du gaspareau est omnivore. Elle s’alimente en filtrant de petites particules en suspension dans l’eau et mesurant moins de 0,02 mm. Ses principales sources de nourriture sont le phytoplancton, le zooplancton, les bactéries, les détritus, la matière organique et certains protozoaires. L’anodonte du gaspareau peut également se nourrir de particules dans les sédiments qu’elle transporte à l’intérieur de sa coquille grâce au mouvement des cils de son pied.
Reproduction
Lors de la reproduction de l’anodonte du gaspareau, les mâles libèrent leur sperme dans l’eau, qui est ensuite capté par les femelles. Les œufs sont fertilisés dans une partie des branchies appelée « marsupium ». La fertilisation a lieu en août ou septembre. En mai ou juin de l’année suivante, la femelle libère ses larves (glochidies), soit au même moment que la fraie du gaspareau, son principal poisson hôte.
Les glochidies doivent s’enkyster sur les branchies ou les nageoires d’une espèce de poisson compatible pour se développer. Mis à part le gaspareau, d’autres espèces de poissons anadromes, comme l’alose savoureuse et l’alose d’été, sont considérées comme des hôtes potentiels. Habituellement, la durée d’enkystement varie de 2 à 6 semaines. Ensuite, les glochidies quittent le poisson hôte, se déposent au fond de l’eau pour coloniser le substrat et commencent leur phase juvénile. La maturité sexuelle est généralement atteinte entre 6 et 12 ans.
Menaces pour l’espèce
Les principales menaces qui pèsent sur l’anodonte du gaspareau sont :
- La modification des systèmes naturels par les barrages, qui représentent des obstacles à la migration de ses poissons hôtes, qui modifient l’écoulement et qui confinent des populations dans un tronçon de cours d’eau;
- Les espèces exotiques envahissantes, en particulier les moules zébrées et les moules quaggas, qui se fixent sur les moules indigènes à l’aide de leurs filaments, appelés « byssus ». Elles nuisent ainsi à leurs activités d’alimentation, de respiration, d’enfouissement et de déplacement;
- La pollution agricole, urbaine et industrielle, qui diminue la qualité de l’eau;
- Les changements climatiques, qui augmentent les fluctuations des périodes de sécheresse, de pluies surabondantes, et les variations de température de l’eau durant la saison active de ces moules.
Maladies
Les moules sont souvent infectées par différents parasites, en particulier les mites d’eau, qui infestent les branchies et parfois le manteau. Certains vers, appelés « trématodes », peuvent causer des lésions aux tissus. Habituellement, le taux d'infection est bas et varie selon les espèces.
Désignation et rétablissement
Au Québec, l’anodonte du gaspareau est une espèce désignée menacée depuis 2023 selon la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables du Québec.
Pour connaître le statut de l’espèce selon la Loi sur les espèces en péril du Canada, consultez le Registre public des espèces en péril.
Apprenez-en plus sur le processus de désignation des espèces fauniques au Québec.
En complément
Faites attention de ne pas piétiner les moules d’eau douce indigènes quand vous vous déplacez dans les plans d’eau. Elles sont bénéfiques pour l’équilibre des écosystèmes aquatiques et elles font partie des groupes dont le déclin est le plus marqué au Québec et en Amérique du Nord.
Pour en savoir plus
Références
CLARKE, A. H. (1981). Les mollusques d’eau douce du Canada, Musée des sciences naturelles, Musées nationaux du Canada, Ottawa, 447 p.
CURLEY, R., Paquet, A., and Sollows, M. (2020). Discovery of the freshwater mussel Alewife floater (Utterbackiana implicata) on Prince Edward Island. Island Naturalist, Nature PEI, Issue #234 24 p.
HAAG, W. R. 2012. North American Freshwater Mussels: Natural History, Ecology, and Conservation, Cambridge University Press, New York, 505 p.
MARTEL, A. L., D. F. MCALPINE, J. B. MADILL, D. SABINE, A. PAQUET, M. D. PULSIFER and M. F. ELDERKIN (2010). “Freshwater mussels (Bivalvia: Margaritiferidae, Unionidea) of the Atlantic Maritime Ecozone”, in Assessment of Species Diversity in the Atlantic Maritime Ecozone, édité par D. F. McAlpine and M. Smith, NRC Research Press, Ottawa, Canada, p. 551-598.
MINISTÈRE DE L’ENVIRONNEMENT, DE LA LUTTE CONTRE LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES, DE LA FAUNE ET DES PARCS (1999). Banque de données sur les mollusques d’eau douce du Québec [Extraction du 6 mars 2024].
NEDEAU, E. J., M. A. MCCOLLOUGH et B. I. SWARTZ (2000). The freshwater mussels of Maine, Maine Department of Inland Fisheries and Wildlife, Augusta, Maine, 118 p.
PAQUET, A., N. DESROSIERS et A. L. MARTEL (2018). Rapport sur la situation de l’anodonte du gaspareau (Anodonta implicata) au Québec, ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, Direction générale de la gestion de la faune et des habitats, 54 p.
STRAYER, D. L. et K. J. JIRKA (1997). The Pearly Mussels of New York State, The New York State Education Department, New York State Museum, Memoir 26, 113 p.
Dernière mise à jour : 20 février 2026