Date de publication: 01 juillet 2011
Publication Guide pour la conservation des œuvres d'art public
Penser conservation dès la conception
L’environnement dans lequel l’œuvre sera exposée est l’un des premiers facteurs à considérer pour assurer sa durabilité. Au même titre que les critères esthétiques, les caractéristiques du lieu dictent plusieurs paramètres :
- le type d’œuvre
- les formes de l’œuvre
- les matériaux et les techniques qui serviront à sa réalisation.
À l’intérieur d’un bâtiment
Même quand elles sont exposées dans un bâtiment, les œuvres d’art public ne bénéficient pas d’un environnement « contrôlé » comme dans un musée. Elles sont généralement moins protégées par des standards de conservation spécifiques.
Achalandage
Une œuvre exposée dans un espace accessible et très achalandé peut être touchée et même heurtée par les passants, volontairement ou non. Les préposés à l’entretien risquent aussi de l’endommager avec leurs appareils, comme la cireuse à plancher ou l’aspirateur.
Pour protéger l’œuvre dans un espace achalandé
Identifier les œuvres à l’aide de plaques. Bien les éclairer pour les mettre en valeur, attirer l’attention et susciter l’intérêt.
Privilégier un emplacement à la fois peu accessible et bien visible.
Installer ou accrocher les œuvres hors de la portée des coups et des appareils de nettoyage de plancher.
Garder à distance les passants et les chariots d’entretien à l’aide de barrières.
Envisager de déplacer une œuvre vulnérable ou objet de vandalisme uniquement s’il n’y a pas d’autre solution.
Humidité et chaleur
Les changements de température importants peuvent modifier le niveau d’humidité relative aux endroits où les œuvres sont exposées. Ils sont inévitables, même dans un bâtiment au chauffage bien contrôlé.
Tous les matériaux n’ont pas la même sensibilité à l’humidité et à la sécheresse extrêmes. Plusieurs matières utilisées dans la composition des œuvres, comme le bois, le papier, les textiles ou les plastiques, sont sensibles et absorbent l’humidité.
Le mode d’entretien des œuvres doit donc tenir compte :
- de la sensibilité de chaque matériau à l’humidité et à la chaleur
- du degré d’expansion et de contraction dimensionnelles de chacun.
La présence de plusieurs matériaux dans la composition d’une œuvre, de même que les revêtements tels les peintures ou les vernis créent une complication supplémentaire. Les sensibilités diverses de ces matériaux causent souvent :
- des fentes
- des craquelures
- des gondolements
- des soulèvements
- des pertes de matière.
Pour protéger l’œuvre de l’humidité et de la chaleur
- Maintenir la température et le niveau d’humidité relative les plus stables possible. Éviter les variations importantes et subites de température et d’humidité relative.
- Éviter à tout prix un taux d’humidité relative inférieur à 20 % ou supérieur à 70 %. À plus de 70 %, les moisissures prolifèrent plus vite.
- Bien ventiler les lieux pour uniformiser l’humidité ambiante.
- À l’aide d’équipements spécialisés, contrôler et consigner le taux d’humidité relative de la pièce, de même que l’évolution des conditions sur une période prolongée et aux différentes périodes de l’année.
- Selon le type d’œuvre, la placer à bonne distance des sources d’humidité, telles les fontaines ou les piscines. Les murs extérieurs peu isolés ne sont pas non plus recommandés pour l’accrochage de certaines œuvres, à cause de la condensation susceptible de se former par temps froid.
- Pour éviter d’assécher le matériau de l’œuvre, ne pas la placer près des sources de chaleur, tels les radiateurs. Ne pas non plus l’exposer au soleil.
Lumière
Les rayons ultraviolets, le type d’éclairage, son intensité et la durée de l’exposition à la lumière sont pour beaucoup dans la dégradation des œuvres. Entre autres effets et selon le matériau, la lumière :
- accélère la dégradation de certaines œuvres
- décolore certains pigments ou vernis
- change la matité de certaines couleurs
- jaunit et fragilise les papiers, les textiles ou les plastiques.
Chaque matériau réagit différemment à la lumière. Le papier et les photographies, les textiles, certains pigments et les teintures y sont particulièrement sensibles.
Pour protéger l’œuvre de la lumière :
- Choisir un type d’éclairage dégageant peu de chaleur et aux émissions de rayons ultraviolets nulles ou inférieures à 75 microwatts/lumen.
- Limiter le plus possible l’exposition à la lumière de matériaux tels le papier et les photographies ou les textiles. Pour ce faire, utiliser des minuteries.
- Éviter ou minimiser l’exposition de l’œuvre à la lumière naturelle. Utiliser au besoin des stores ou des rideaux et des filtres à rayons ultraviolets pour réduire le niveau d’éclairement, la chaleur et la quantité de rayons ultraviolets. Choisir le filtre qui répond le mieux à vos besoins. Pour obtenir plus d’information sur les filtres, consulter les fiches P0138 et P0115 de Préserv'Art sur le site Internet du Centre de conservation du Québec.
- Consulter un spécialiste de l’éclairage muséal pour des conseils sur la protection et la mise en valeur des œuvres.
Fuites d’eau
Veiller à ne pas placer d’œuvre dans une partie à risque d’un bâtiment. Ce peut être, par exemple, près de canalisations d’eau ou sous une pièce où se trouvent des toilettes. Cette précaution est d’autant plus importante si l’œuvre ne peut pas être déplacée.
Pour protéger l’œuvre des fuites d’eau
- Choisir un emplacement qui met l’œuvre à l’abri d’éventuelles fuites d’eau.
- Repérer, avec l’aide des architectes, les canalisations d’eau dans le bâtiment.
À l’extérieur
Effets du climat, des polluants et du soleil
Plusieurs facteurs affectent les œuvres extérieures, même celles qui sont faites de matériaux qui, comme le bronze, sont réputés résistants :
- la pollution atmosphérique
- les polluants spécifiques à une zone industrielle
- les cycles répétés de gel-dégel
- les chlorures d’un bassin d’eau
- les embruns salins d’une rue passante ou du bord de mer
- les rayons ultraviolets, l’exposition au soleil et la durée d’ensoleillement, notamment pour les peintures murales.
Pour protéger l’œuvre du climat, des polluants et du soleil
- Choisir un emplacement qui met l’œuvre à l’abri d’éventuelles fuites d’eau.
- Choisir un site propice à sa préservation, à sa sécurité et à son entretien. Prévenir les problèmes attribuables à l’environnement et y remédier, s’il y a lieu.
- Fournir à l’artiste tous les renseignements sur le site et ses abords pour l’aider à concevoir une œuvre adaptée.
- Privilégier des matériaux et des techniques de fabrication et d’installation appropriés pour le cadre choisi.
- Au besoin, demander l’aide d’experts.
Drainage du site et accès sécuritaire aux installations électriques
Si le site n’est pas drainé naturellement, faire installer un système de drainage pour empêcher la détérioration de la base ou du socle de l’œuvre.
Les installations électriques pour les systèmes d’éclairage, de pompage ou tout autre équipement doivent être à la fois accessibles et sécuritaires.
Pour un site bien drainé et un accès sécuritaire aux installations électriques
- Prévoir des drains conçus pour un entretien facile.
- Prévoir des installations électriques qui n’entament pas l’intégrité ou l’esthétique du site et de l’œuvre.
- S’assurer que les installations de drainage et d’électricité sont à la fois accessibles et sécuritaires.
Pour en savoir plus, consulter la fiche Normes de sécurité relatives à l’installation et à l’entretien de l’appareillage électrique dans la Boîte à outils (PDF 904 Ko).
Végétation
Les arbres ne font pas toujours bon ménage avec les œuvres d’art.
- Certains attirent les oiseaux dont les fientes sont particulièrement dommageables pour les matériaux comme le métal et la pierre. À ce sujet, consulter la fiche Le nettoyage des fientes dans la Boîte à outils.
- D’autres font beaucoup d’ombre, ce qui crée une humidité constante autour de l’œuvre, condition propice à l’apparition de lichens.
- Il leur arrive de produire des dépôts acides ou collants qui endommagent la surface de l’œuvre.
- Leurs feuilles s’accumulent dans les cavités et les trous d’aération des sculptures. En ne s’évacuant pas, l’eau et la saleté tachent l’œuvre. Elles alimentent aussi les lichens et accélèrent la désagrégation de la pierre et la corrosion du métal.
- Les racines des arbres autour d’une œuvre risquent de la briser ou de la déplacer au fur et à mesure qu’elles grossissent.
Si elle n’est pas contrôlée, la végétation sur un site d’art public finit par l’envahir et dissimuler l’œuvre.
Bien aménagée et entretenue, elle peut toutefois servir à la protéger contre quiconque voudrait y grimper.
Pour protéger l’œuvre de la végétation
- Choisir des plantes et des arbres risquant peu de détériorer l’œuvre. Éviter les arbustes dont les fruits attirent les oiseaux et tachent les surfaces en tombant.
- Prévoir un programme d’entretien rigoureux pour l’ensemble de la végétation qui entoure l’œuvre ou en fait partie.
- Penser à la végétation comme possibilité de barrière de protection autour d’une œuvre.
Bâtiments voisins
Un bâtiment situé très près d’une œuvre peut lui nuire.
- De l’eau ou, au printemps, des glaces peuvent glisser sur l’œuvre d’un toit en pente. L’eau tachera l’œuvre, surtout si elle ruisselle d’un toit de cuivre. Les glaces risquent de l’endommager.
- L’exposition de l’œuvre au soleil peut être inégale à cause du bâtiment. Cela risque de détériorer l’œuvre de façon inégale. La peinture peut être décolorée davantage sur une zone d’une murale, par exemple.
- Pour protéger l’œuvre des bâtiments voisins
- Prévoir les effets liés à l’égouttement, au déneigement et aux chutes de glace des toitures environnantes.
- Prévenir les conséquences de la construction de nouveaux bâtiments près du site.
- Envisager le déplacement de l’œuvre si aucune autre solution n’est envisageable.
Aléas de l’entretien du site
Les tondeuses à gazon et les souffleuses à neige peuvent entamer ou égratigner une œuvre ou son socle.
Les produits chimiques, tels les engrais, les fongicides, les herbicides, les minéraux contenus dans l’eau d’arrosage des plantes environnantes ou les sels de déglaçage, risquent aussi d’endommager irrémédiablement la surface de l’œuvre.
Pour protéger l’œuvre sans nuire à l’entretien du site
- Établir un périmètre autour de l’œuvre pour la protéger des chocs éventuels de la tondeuse ou de la souffleuse. La hisser sur un socle, l’entourer d’un bassin ou de gravier, ériger une barrière à l’aide de plantes ou de clôtures.
- Installer les systèmes d’arrosage automatique à distance de l’œuvre pour la protéger des dépôts de minéraux laissés par l’eau traitée.
- Empêcher tout contact de l’œuvre avec les produits d’entretien de la pelouse ou des plantes.
- Informer le personnel d’entretien du site de la présence de l’œuvre et de la procédure à suivre pour la protéger.
Vandalisme et bris accidentels
Moins l’œuvre est visible et éclairée, plus elle est cachée par la végétation, plus elle est vulnérable aux actes de vandalisme et aux bris accidentels.
Pour protéger l’œuvre du vandalisme et des bris accidentels
- Identifier l’œuvre à l’aide d’une plaque et renseigner le public à son sujet.
- Inciter le public à ne pas grimper sur l’œuvre en précisant pourquoi il ne faut pas le faire.
- Entretenir le site avec soin pour décourager l’apparition de graffitis. Si cela se produit les retirer rapidement, car ils risquent d’en attirer d’autres.
- Protéger l’œuvre à l’aide d’une barrière végétale ou architecturale lorsque jugé nécessaire.
Vocation du site
Certains lieux servent à des fins spécifiques. D’autres sont surtout fréquentés par des jeunes ou des personnes âgées. Lors de la conception, l’artiste doit tenir compte de la vocation du site, tout en respectant les normes de sécurité. Il doit :
- éviter les formes pointues, les arêtes vives ou les saillies proéminentes près des passants pour prévenir les blessures
- tenir compte de la présence des jeunes. Une sculpture-jeu dans une cour d’école sera mise à rude épreuve,
- surtout si ses surfaces invitent à la gymnastique improvisée.
Pour protéger l’œuvre tout en respectant la vocation du site
- Prendre au besoin des mesures pour protéger l’œuvre des risques d’accidents et des actes de vandalisme, par exemple en installant un périmètre de sécurité ou des barrières adaptées.
- Choisir des matériaux, des formes et des surfaces peu vulnérables aux actes de vandalisme et aux bris accidentels, comme ceux causés par des planches à roulettes.
- S’assurer que les sentiers dallés faisant partie d’une œuvre sont sécuritaires.
Commande de l'oeuvre aux artistes
Une fois l’emplacement décidé, le propriétaire ou le comité d’encadrement d’un projet d’art public doit s’assurer que l’inventaire des risques inhérents à cet environnement est fait. Ceux-ci peuvent affecter l’intégrité de l’œuvre à plus ou moins long terme. Les responsables du projet demandent ensuite aux artistes d’élaborer l’œuvre en tenant compte aussi bien de la description du projet et du type d’œuvre que des contraintes liées à son environnement et des exigences de la conservation.
Présentation de leur concept par les artistes
Les artistes peuvent concevoir leur œuvre à la lumière des précisions qui leur ont été fournies. Ils présentent leur concept en préparant :
- une maquette
- un document décrivant leur concept de création, de même que les matériaux et les techniques qu’ils entendent utiliser
- un échéancier des travaux
- des consignes pour l’entretien de l’œuvre sous forme de fiche
- une estimation du budget requis pour la fabrication et l’entretien de l’œuvre.
Rôle des différents participants
En plus du propriétaire, de l’artiste, des membres du comité d’encadrement et de l’architecte s’il s’agit d’une intégration dans un nouveau bâtiment public ou d’un aménagement de site public, d’autres participants sont appelés à contribuer à différentes étapes du processus de conception, de réalisation et d’installation de l’œuvre. Il peut s’agir :
- du spécialiste en art public
- du restaurateur d’œuvres d’art
- de l’ingénieur
- des artisans et des autres collaborateurs.
Politique d'intégration des arts à l'architecture et à l'environnement
Il existe de nombreux projets de construction ou d’aménagement de sites, qui sont par ailleurs soumis à l’application de la Politique d'intégration des arts à l'architecture et à l'environnement des bâtiments et des sites gouvernementaux et publics – décret 955-96, ci-après appelée la Politique, pour lesquels le rôle de l’architecte est central et spécifié comme tel dans les procédures. Les autres projets d’art public, menés par des municipalités ou par des organismes qui ne sont pas soumis à l’application de cette Politique, peuvent suivre des processus de sélection des artistes et de choix des œuvres très différents. Ils n’interpellent pas toujours autant ou de la même façon l’architecte.
Rappelez-vous que dans toutes les situations, chacune des expertises complémentaires joue un rôle spécifique et essentiel dans la conservation d’une œuvre d’art public, ainsi que pour la réalisation, la conservation et l’entretien d’une nouvelle œuvre.
L’architecte ou l’architecte paysagiste
Dans un contexte de construction ou d’agrandissement de bâtiment ou d’aménagement d’un site, l’architecte ou l’architecte paysagiste joue un rôle central dans les projets d’art public. Cet expert effectue le suivi du projet au fil de chacune des étapes, tout en s’assurant que les conditions les plus propices à la bonne conservation de l’œuvre sont mises en place et maintenues.
Dans le cadre de la Politique d’intégration des arts à l’architecture et à l’environnement des bâtiments et des sites gouvernementaux et publics (voir Bibliographie, Service de l’intégration des arts à l’architecture), c’est souvent l’architecte ou l’architecte paysagiste qui élabore la proposition suggérant la nature de l’intervention et l’emplacement de l’œuvre en vue de la soumettre aux membres du comité d’encadrement lors de la première rencontre.
En tant qu’expert, l’architecte ou l’architecte paysagiste est en mesure de :
- donner son avis sur la structure, le choix des matériaux et leur résistance
- s’assurer de la disponibilité des systèmes électriques et mécaniques reliés à la présentation des œuvres, notamment pour l’éclairage ou pour toute autre source d’alimentation
- fournir les plans et devis qui permettent de localiser les amenées d’eau, de gaz et d’électricité, les lignes souterraines et les réseaux de câblodistribution, ainsi que les gicleurs dans l’environnement de l’œuvre projetée
- consolider des murs, aménager des drainages, dicter l’emplacement des entrées électriques, conseiller sur les socles et les ancrages
- dans le cas de l’architecte paysagiste, donner aussi son avis sur le choix des végétaux qui existent ou qui seront plantés au périmètre de l’œuvre ou qui entoureront l’œuvre en guise de barrière et suggérer des aménagements horticoles appropriés au site et au concept.
Le propriétaire des lieux et de l’œuvre
Avec les membres du comité d’encadrement s’il y a lieu, le propriétaire des lieux et de l’œuvre participe :
- à la décision d’entreprendre un projet d’art public
- au choix du type d’œuvre et du site prévu pour son aménagement
- à la sélection du ou des artistes
- à la réalisation du projet.
Il s’assure :
- que l’artiste possède l’information sur les caractéristiques du site d’intégration
- que l’artiste aura tout le soutien nécessaire de la part de l’architecte, de l’entrepreneur et de tout autre spécialiste pendant la réalisation du projet
- que la proposition de l’artiste est réaliste en ce qui a trait à l’entretien et à la conservation de l’œuvre.
Dans le cas d’un projet découlant de la Politique d’intégration des arts à l’architecture et à l’environnement, le propriétaire ou son représentant fait partie du comité d’encadrement (voir Bibliographie, Service de l’intégration des arts à l’architecture). Il doit alors :
- évaluer le type d’œuvre proposé et le lieu prévu par l’architecte pour son aménagement
- juger de la pertinence du programme d’intégration
- s’assurer, s’il y a lieu, que l’artiste aura tout le soutien nécessaire de la part de l’architecte, de l’entrepreneur et de tout autre spécialiste pendant la réalisation du projet
- s’assurer que le programme d’entretien proposé par l’artiste est adéquat et réaliste.
Après la réalisation de l’œuvre, le propriétaire des lieux et de l’œuvre s’assure de :
- constituer un dossier spécifique sur l’œuvre
- recueillir auprès de l’artiste, de l’architecte et des autres intervenants comme le restaurateur, toute la documentation constituée pendant la réalisation de l’œuvre
- conserver et tenir à jour la documentation constituée
- tenir le registre des interventions en conservation et événements reliés à l’œuvre au cours de son existence
- rendre ces documents disponibles lors de toute intervention qui implique l’œuvre.
Note
C’est le propriétaire qui est responsable de l’entretien et de la conservation de l’œuvre. Il a le devoir de nommer un gardien de l’œuvre ou un conservateur de la collection ou, à défaut, d’agir lui-même à ce titre.
Tout manquement à l’entretien et à la conservation de l’œuvre qui en causerait l’altération ou la perte est considéré comme une atteinte au droit d’auteur de l’artiste et peut entraîner une réclamation en justice.
Le comité d’encadrement d’un projet d’art public
Lorsqu’un tel comité est formé au moment de concevoir un projet d’art public, il peut être constitué des personnes suivantes :
- le propriétaire ou son représentant
- le représentant des usagers
- un ou des spécialistes en art public. Il peut s’agir d’artistes spécialistes en arts visuels ou en métiers d’art, d’historiens de l’art, de commissaires ou de conservateurs de musées
- le responsable de l’art public
- l’architecte ou l’architecte paysagiste du projet
- le représentant de la ministre de la Culture et des Communications, le cas échéant
- d’autres collaborateurs.
Le comité d’encadrement intervient avant la conception de l’œuvre, en répondant à une proposition de programme d’intégration. Dans le cas des œuvres soumises à la Politique québécoise d’intégration, le projet est présenté par l’architecte (voir ci-dessus L’architecte ou l’architecte paysagiste). Le comité a notamment pour mandat de s’assurer que les meilleures conditions sont réunies pour la conservation de l’œuvre. Il veille à ce que l’artiste obtienne tout le soutien nécessaire de la part de l’architecte, de l’entrepreneur et de tout autre spécialiste pendant la réalisation de l’œuvre.
Le comité participe à la sélection des artistes invités à présenter leur concept de création. Les caractéristiques de l’œuvre retenue doivent répondre aux plus hautes exigences pour sa conservation. Pour bien arrêter son choix, le comité peut consulter des restaurateurs au sujet :
- la durée de vie prévisible d’une œuvre
- le choix des matériaux et des techniques utilisées
- la méthode la plus appropriée pour son entretien et sa conservation.
Le responsable de l’art public
Après l’installation de l’œuvre, le propriétaire ou celui qui le représente en est le seul responsable pour ce qui est de sa conservation. Si l’œuvre appartient à une organisation comme une municipalité, une société de transport ou une entreprise privée, celle-ci peut mandater une personne ou une société en tant que responsable de l’œuvre ou de la collection d’art public, qui doit assumer la fonction de gardien ou de conservateur.
Le responsable de l’art public a aussi pour fonctions :
- de dresser un inventaire de la collection, s’il y a lieu
- de constituer un système de documentation des œuvres
- si du personnel est attitré à l’entretien des œuvres, de le former pour qu’il procède sans les endommager et en respectant leur intégrité
- en collaboration avec les artistes et un restaurateur d’œuvres d’art, d’implanter et de gérer un plan de conservation.
L’artiste
Au moment de la conception
L’artiste est appelé à prendre des décisions qui auront des répercussions à long terme sur la durabilité de son œuvre et sur son apparence. Elles auront aussi un effet sur la facilité de l’entretien et sur ses coûts. L’artiste doit donc :
- considérer les conditions qui prévalent dans l’environnement d’intégration de son œuvre. Il doit entre autres tenir compte des conditions climatiques sur le site, des risques inhérents à la fréquentation des lieux, de la sécurité des personnes et de la protection de l’œuvre
- identifier les matériaux durables et compatibles qui pourraient entrer dans la fabrication de son œuvre, de même que les techniques appropriées pour les assembler et les installer
- s’assurer que les matériaux et les techniques employés par des artisans et des collaborateurs sont également adéquats et compatibles
- prévoir les activités d‘un éventuel programme d’entretien de l’œuvre et faire connaître les dépenses qui y seront reliées
- mener les consultations nécessaires auprès de spécialistes, tels que l’architecte, l’ingénieur et le restaurateur d’œuvres d’art.
Au moment de l’évaluation du projet
L’artiste doit déposer un document descriptif faisant état des points suivants :
- concept de l’œuvre projetée, sa démarche, son thème, s’il y a lieu
- devis technique avec liste des matériaux et des techniques envisagées pour la fabrication et l’installation, couleurs proposées, identification des principaux sous-traitants
- devis budgétaire pour la réalisation du projet et pour son entretien
- consignes concernant le respect de l’intention artistique quand il faudra renouveler les matériaux ou les remettre à neuf.
À la suite de l’installation
Il revient à l’artiste de :
- documenter le concept de l’œuvre en rapport avec le lieu d’intégration, son point de vue sur la dégradation des matériaux et l’apparence de l’œuvre, comme la texture, le fini de surface ou la patine
- fournir une description détaillée de son œuvre qui servira de base à la documentation. Cette description doit comprendre tous les renseignements sur les matériaux, comme le nom des produits et les marques de commerce, sur les techniques de fabrication, sur l’apparence souhaitée en termes de texture, de couleurs, de finition de surface, de données sur la patine artificielle. Elle doit aussi comprendre les coordonnées des artisans et des autres spécialistes qui ont collaboré à la production
- produire un plan de l’installation de l’œuvre. Celui-ci doit contenir des schémas ou des photos, de même que des instructions claires sur les assemblages et les méthodes de fixage ou d’ancrage. Le nom des individus et des compagnies ayant participé au montage et à l’installation doit y être consigné
- fournir ses spécifications et préférences pour la présentation de son œuvre, comme le type de socle, les techniques de fixation et d’ancrage, le type d’éclairage, les distances entre les éléments de l’œuvre ou l’ambiance souhaitée
- finaliser une fiche d’entretien pour l’œuvre. Celle-ci doit indiquer, notamment, le type d’interventions souhaitées, leur fréquence, les méthodes appropriées, les produits nécessaires, les compétences requises, les coûts afférents prévus, les précautions à prendre. Demander l’aide d’un restaurateur pour valider cette fiche. Voir à ce sujet, la fiche Modèle de fiche d’entretien dans la Boîte à outils (PDF 904 Ko).
La portée de la responsabilité de l’artiste doit être précisée. L’étendue et la durée de la garantie liée à son intervention doivent notamment être établies, tout comme celles des collaborateurs à la réalisation de l’œuvre et à son installation.
L’artisan et les autres collaborateurs
L’artisan et les autres participants au projet collaborent avec l’artiste pour la réalisation de l’œuvre : verrier, céramiste, ingénieur en hydraulique ou fondeur y contribuent par leur expertise technique.
L’entente avec chaque artisan et chaque collaborateur doit être consignée au dossier de l’œuvre, par exemple sous forme de contrat. Les tâches et les responsabilités de chacun dans le projet doivent être spécifiées.
La portée de la responsabilité de chacun doit être précisée. L’étendue et la durée de la garantie liée à leurs interventions doivent notamment être établies. Le fondeur peut aussi fournir la recette de la patine qu’il a appliquée sur une sculpture ou donner un échantillon de la couleur finale obtenue et validée par l’artiste. Cette information s’ajoutera au dossier de l’œuvre.
L’ingénieur
L’ingénieur collabore avec l’artiste et les autres participants dès les premières étapes du projet d’art public. En tant qu’expert, il est en mesure de :
- donner son avis sur la structure, le choix des matériaux et leur résistance
- s’assurer du bon fonctionnement des éléments mécaniques et électriques de l’œuvre, s’il y a lieu
- superviser l’installation des systèmes électriques et mécaniques reliés à la présentation des œuvres, notamment pour l’éclairage
- faire des recommandations sur la meilleure façon d’accéder au mécanisme et aux pièces à l’intérieur des œuvres, notamment celles dans lesquelles intervient de la lumière
- donner des conseils sur la meilleure façon d’accéder aux boîtes et aux systèmes en cas de bris
- voir à la sécurité des installations mécaniques ou électriques, à leur efficacité et à leur durabilité
- valider les dimensions, la profondeur et l’emplacement de la fondation, au besoin
- vérifier la qualité du drainage du terrain, et ce, dès le choix de l’emplacement si le concept est haut et élancé, valider la capacité de l'ouvrage à supporter l'assaut de grimpeurs et les secousses sismiques. Faire approuver les ancrages par l’ingénieur.
Le restaurateur d’œuvres d’art
Le restaurateur d’œuvres d’art peut donner son avis sur le choix des matériaux et sur les techniques de fabrication et d’installation dès l’étape de la conception.
Le restaurateur peut aussi aider le responsable des œuvres de la collection d’art public à constituer un système de documentation des œuvres en fonction duquel est consigné au dossier de chaque œuvre :
- les renseignements permettant de comprendre le concept
- les techniques utilisées pour la fabrication et l’installation
- les techniques qui permettront de suivre les interventions de conservation au fil des ans.
Il peut également établir un devis d’entretien pour chaque œuvre ou aider à élaborer un programme d’entretien pour toute une collection. Si l’artiste s’est engagé à fournir lui-même une fiche d’entretien, il a avantage à consulter un restaurateur pour s’assurer de l’adéquation des mesures qu’il recommande.
Au besoin, le restaurateur conçoit un programme de formation pour les responsables de l’entretien. Il conseille aussi les administrateurs sur les façons de documenter les travaux de conservation des œuvres.
Le restaurateur peut élaborer, en collaboration avec le propriétaire, un plan de gestion de la collection et un échéancier comprenant :
- un plan de restauration pour l’ensemble de la collection qui tient compte des priorités signalées dans des rapports d’état des œuvres
- un plan continu pour l’entretien de la collection, à l’aide de la fiche d’entretien qu’il a produite pour chaque œuvre.
Le restaurateur respecte un code de déontologie. Il a l’obligation morale de consulter l’artiste chaque fois qu’un traitement de restauration important est envisagé.
S’il lui manque des renseignements pour compléter le dossier de l’œuvre, le restaurateur consulte l’artiste, l’architecte ou l’historien de l’art. En s’informant de l’intention première de l’artiste, du concept original ou des matériaux utilisés, il peut respecter l’intégrité de l’œuvre.
S’il s’agit d’une œuvre déjà en place, le restaurateur est le plus apte, étant donné sa formation, à évaluer les dommages qu’elle a subis et à suggérer les interventions appropriées.
Le personnel d’entretien des œuvres
Le personnel d’entretien doit observer les mesures établies au programme d’entretien. Il doit utiliser des produits et des méthodes validées pour éviter d’endommager l’œuvre.
Il doit aussi consulter, au besoin, le responsable de la collection pour obtenir des avis éclairés. En cas de doute, mieux vaut qu’il s’abstienne d’intervenir.
Le personnel d’entretien doit enfin consigner dans le registre de l’œuvre les interventions qu’il effectue : leur nature, les produits utilisés, la date et, s’il y a lieu, la documentation photographique. Un modèle de registre des interventions est en préparation et sera déposé dans la Boîte à outils.