Ail des bois
Ail des bois. © Line Couillard
Nom français
Ail des bois
Autre(s) nom(s) français
Ail sauvage, ail trilobé
Nom anglais
Wild leek
Allium tricoccum Aiton
Groupe de plantes
Herbacées
Situation au Québec
Espèce vulnérable
Famille
Amaryllidaceae
Dans cette page :
Description
L’ail des bois est une plante herbacée vivace qui pousse à partir d’un bulbe. Ses feuilles ressemblent un peu à celles du muguet. Au printemps, elles sont faciles à repérer puisqu’elles sont parmi les premières à se déployer sur le sol forestier. Toute la plante sent et goûte l’ail.
Si vous êtes témoin d’une activité qui semble nuire à l’ail des bois, faites un signalement à caractère environnemental.
Identification
Tige
L’ail des bois a une tige unique, de 10 à 40 cm de long, au bout de laquelle ses fleurs se développent.
Feuilles
L’ail des bois produit d’une à trois feuilles de forme ovale, allongée et pointue au sommet (lancéolée). De couleur vert clair, elles mesurent de 10 à 30 cm de long et de 2 à 8 cm de large. Elles sont parcourues de nervures parallèles. Leur bord est entier et la partie qui les rattache au bulbe (pétiole) est verdâtre ou rouge pourpre. Les feuilles apparaissent très tôt au printemps. Après quelques semaines, elles jaunissent, se flétrissent et disparaissent au début de l’été, avant la floraison.

Feuilles d’ail des bois. © Pierre Petitclerc, ministère des Ressources naturelles et des Forêts
Fleurs
Les fleurs de l’ail des bois sont très petites et rassemblées en une demi-boule (ombelle) de 3 à 6 cm de diamètre. Une ombelle compte de 5 à 50 fleurs. Chaque fleur est formée de six tépales Lire le contenu de la note numéro 1 blanchâtres, de 4 à 6 mm de long. La floraison survient à la fin de juin et en juillet.

Fleurs d’ail des bois. © Frédéric Coursol
Fruits
Les fruits se présentent sous la forme de petites enveloppes ou capsules contenant une à trois graines sphériques, noires et luisantes, de 2 à 2,5 mm de diamètre.

Fruits d’ail des bois. © Norman Dignard, ministère des Ressources naturelles et des Forêts
Racines
Le système racinaire de l’ail des bois est formé d’un bulbe semblable à celui d’un oignon vert. De petites racines partent de sa base et s’enfoncent dans le sol.
Distinctions
Contrairement aux feuilles de l’ail des bois, celles de la clintonie boréale et de l’érythrone d’Amérique ne goûtent et ne sentent pas l’ail. La feuille de l’érythrone est tachetée de brun, alors que celle de la clintonie a des bords garnis de longs cils.
Observation
L’ail des bois s’observe mieux au printemps, avant l’apparition des feuilles dans les arbres.
Répartition
L’ail des bois est présent dans l’est de l’Amérique du Nord. Son aire de répartition s’étend de l’Alabama et de la Géorgie jusqu’en Nouvelle-Écosse et au Manitoba. Au Québec, on le trouve depuis l’Outaouais jusque dans la région de la Capitale-Nationale. Des populations isolées ont également été découvertes en Haute-Mauricie et en Gaspésie.
Présence au Québec
Origine
Indigène
État de la situation
L’ail des bois a été observé dans plus de 500 sites à travers le Québec. Ce n’est donc pas une plante rare, mais le nombre de sites où elle croît en abondance est restreint.
La croissance très lente de l’ail des bois, sa sensibilité à la cueillette et sa concentration dans le sud de la province, où les pressions du développement urbain sont très fortes, en font une espèce vulnérable au Québec.
Rang de précarité
Le rang de précarité provincial (rang S) pour cette espèce est S3.
Signalement
Si vous repérez une population d’ail des bois, signalez sa présence au Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec. Vos observations permettront d’acquérir des connaissances sur cette espèce et son habitat et favoriseront leur conservation.
Habitat
L’ail des bois croît dans des forêts dominées par l’érable à sucre, établies à mi-versants, au bas des pentes et en bordure des cours d’eau. On l’observe sur des sols bien ou modérément bien drainés, riches en éléments minéraux.
Reproduction et propagation
L’ail des bois se reproduit de deux façons : par ses graines et par la division de son bulbe.
Les graines arrivent à maturité au début de septembre et elles se dispersent en tombant sur le sol. Des souris et d’autres petits mammifères les transportent parfois et les abandonnent dans des caches.
Les gros plants d’ail des bois se reproduisent aussi par division de leur bulbe à l’automne. Ce mode de reproduction est plus efficace, puisque les bulbes issus de telles divisions bénéficient pendant quelques années du lien qui les rattache à la plante-mère.
Biologie
Les graines de l’ail des bois ne germent qu’un an après leur dispersion à l’automne. De sept à dix ans peuvent s’écouler de la germination d’une graine à la première floraison. Sa croissance est donc très lente. Des études ont révélé que seuls 2 à 5 % des plantes issues de graines atteignent une taille suffisante pour se reproduire à leur tour.
Les feuilles de l’ail des bois se déploient très tôt au printemps, profitant ainsi d’un maximum de lumière pour emmagasiner dans leur bulbe des réserves qui seront utilisées au moment de la floraison. Les feuilles se décomposent par la suite rapidement et libèrent dans le sol une partie des éléments minéraux qu’elles ont emmagasinés. En remettant en circulation ces éléments minéraux, elles jouent un rôle important dans la santé des érablières.
Menaces pour l’espèce
Les principales menaces qui pèsent sur l’ail de bois sont :
- le développement résidentiel et commercial;
- la cueillette récréative et commerciale;
- le retrait total ou important du couvert forestier.
Désignation et rétablissement
Au Québec, l’ail des bois est une espèce désignée vulnérable depuis 1995 selon la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables.
Cette espèce est protégée et une autorisation pourrait être requise pour réaliser une activité en sa présence.
Une centaine de sites abritant de l’ail des bois se situent en totalité ou en partie dans des aires protégées.
Comme les activités d’aménagement forestier peuvent nuire à cette espèce, les sites en forêt publique où sa présence a été vérifiée bénéficient d’une mesure de protection particulière (PDF 353 Ko) grâce à une entente de collaboration gouvernementale. Le nombre de sites protégés par cette entente évolue en fonction des nouvelles connaissances.
Enfin, certaines activités visant la protection de l’ail des bois sont menées par les agents de protection de la faune et les inspecteurs en environnement. Cette collaboration permet un contrôle efficace des dispositions législatives relatives à cette espèce.
Apprenez-en plus sur le processus de désignation des espèces floristiques au Québec.
Informations complémentaires
Lors de son séjour en Nouvelle-France en 1623 et 1624, le frère Sagard avait observé que l’ail des bois était connu des Hurons qui le mangeaient cuit sous la cendre. Appelée « sikaakwa » en langue algonquienne, l’espèce est à l’origine du nom de la ville de Chicago où elle abondait.
Comestible et de saveur agréable, l’ail des bois a été l’objet d’un commerce important à compter des années 1970. Les botanistes ont évalué ce commerce à plusieurs millions de plants certaines années. À plusieurs endroits, ils ont constaté que cette surexploitation avait entrainé la disparition de l’espèce ou une diminution importante du nombre de plants.
Pour en savoir plus
Références
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CENTRE DE DONNÉES SUR LE PATRIMOINE NATUREL DU QUÉBEC (2024). Extractions du système de données pour le territoire de la province de Québec, ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, Québec.
COMITÉ FLORE QUÉBÉCOISE DE FLORAQUEBECA (2009). Plantes rares du Québec méridional, guide d’identification produit en collaboration avec le Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec (CDPNQ), Les Publications de Québec, Québec, 406 p.
COUILLARD L., N. DIGNARD, P. PETITCLERC, D. BASTIEN, A. SABOURIN et J. LABRECQUE (2012). Guide de reconnaissance des habitats forestiers des plantes menacées ou vulnérables : Outaouais, Laurentides et Lanaudière, ministère des Ressources naturelles et de la Faune et ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, Québec, 434 p. [En ligne]. [https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/forets/documents/mesures-protection/GM_plantes-menacees-Outaouais-Laurentides-Lanaudiere.pdf].
LAMOUREUX, G. (2002). Flore printanière, Fleurbec éditeur, Saint-Henri-de-Lévis, Québec, 576 p.
MINISTÈRE DE L’ENVIRONNEMENT, DE LA LUTTE CONTRE LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES, DE LA FAUNE ET DES PARCS (2024). Liste des espèces floristiques menacées ou vulnérables au Québec, [En ligne]. [https://www.quebec.ca/agriculture-environnement-et-ressources-naturelles/flore/especes-floristiques-menacees-ou-vulnerables/liste-especes].
MINISTÈRE DES RESSOURCES NATURELLES ET DES FORÊTS (2023). Petite flore forestière du Québec, 3e édition revue et augmentée, ouvrage collectif sous la supervision de N. Dignard, Québec, Les Publications du Québec, 430 p.
NATURESERVE (2024). NatureServe Network Biodiversity Location Data, NatureServe, Arlington, Virginia, [En ligne]. [http://www.natureserve.org/explorer].
TARDIF, B., B. TREMBLAY, G. JOLICOEUR et J. LABRECQUE (2016). Les plantes vasculaires en situation précaire au Québec, Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec (CDPNQ), ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Direction de l’expertise en biodiversité, Québec, 420 p. [En ligne]. [https://www.environnement.gouv.qc.ca/biodiversite/especes-designees-susceptibles/plantes-vasculaires-situation-precaire.pdf].
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Note de bas de page numéro 1Le tépale est une pièce florale dont on ne peut pas dire s’il s’agit d’un pétale ou d’un sépale, lorsque les deux ont la même apparence. Retour à la référence de la note numéro 1
Dernière mise à jour : 28 janvier 2026
