Cypripède tête-de-bélier
Cypripède tête-de-bélier. © Pierre Petitclerc, ministère des Ressources naturelles et des Forêts
Nom français
Cypripède tête-de-bélier
Nom anglais
Ram's-head lady's-slipper
Cypripedium arietinum R. Brown
Groupe de plantes
Herbacées
Situation au Québec
Espèce vulnérable
Famille
Orchidaceae
Dans cette page :
Description
Le cypripède tête-de-bélier est une plante herbacée vivace de 15 à 35 cm de haut. Il fait partie des orchidées communément appelées « sabots de la Vierge » en raison de leur fleur dont la forme évoque celle d’un sabot. C’est le plus petit sabot de la Vierge du Québec.
Identification
Tige
Les tiges du cypripède tête-de-bélier sont dressées et parsemées de poils courts.
Feuilles
Les feuilles du cypripède tête-de-bélier sont simples et disposées en spirale le long de la tige. D’un vert foncé légèrement bleuté, elles sont parcourues de nervures parallèles. Des poils fins bordent les feuilles qui ondulent légèrement. Elles mesurent de 5 à 10 cm de long et de 1,5 à 3,5 cm de large.

Feuilles du cypripède tête-de-bélier. © Pierre Petitclerc, ministère des Ressources naturelles et des Forêts
Fleurs
Très petite, la fleur du cypripède tête-de-bélier mesure de 1,5 à 2,5 cm de long et de 1 à 2 cm de large. Elle est formée de six parties : trois sépales Lire le contenu de la note numéro 1 et trois pétales. Le pétale principal, appelé « labelle », est gonflé. Sa partie supérieure est blanche et garnie de longs poils, alors que sa base s’étire en un éperon conique parcouru de veines rouge pourpre. Sa forme rappelle vaguement celle d’un bélier qui fonce, d’où le nom de l’espèce. La couleur des autres parties de la fleur varie de vert à rouge pourpre. Elles sont étroites et se terminent en pointe à l’exception du sépale supérieur, qui est plus court et plus large. La fleur dégage une odeur légèrement vanillée.

Fleur du cypripède tête-de-bélier. © Pierre Petitclerc, ministère des Ressources naturelles et des Forêts
Fruits
Une fois fécondée, la fleur produit une capsule brune, ovale et longue de 1,5 à 2 cm. Elle contient de nombreuses et minuscules graines brunes.

Fruit du cypripède tête-de-bélier. © Pierre Petitclerc, ministère des Ressources naturelles et des Forêts
Racines
Le système racinaire du cypripède tête-de-bélier est formé d’une courte tige souterraine (rhizome) d’où partent plusieurs longues racines fibreuses.

Système racinaire du cypripède tête-de-bélier. © Herbier du Québec
Espèces similaires
Épipactis petit-hellébore (Epipactis helleborine)
Cypripède mocassin (Cypripedium parviflorum var. makasin)
Cypripède pubescent (Cypripedium parviflorum var. pubescens)
Distinctions
Avant sa floraison, le cypripède tête-de-bélier peut être confondu avec trois autres espèces d’orchidées. L’épipactis petit-hellébore en diffère par sa feuille inférieure beaucoup plus petite que les autres. Les cypripèdes pubescent et mocassin se distinguent par leurs feuilles légèrement poilues et d’un vert jaunâtre.
Observation
Le cypripède tête-de-bélier s’observe mieux au printemps, au moment de sa floraison.
Répartition
L’aire de répartition du cypripède tête-de-bélier se concentre dans le nord-est de l’Amérique du Nord. Aux États-Unis, elle s’étend du Maine jusqu’au Minnesota, et au Canada, de la Nouvelle-Écosse jusqu’en Saskatchewan. Au Québec, l’espèce est surtout présente en Abitibi-Témiscamingue et en Outaouais. Vers l’est, elle est uniquement présente dans la région de Québec et sur l’île d’Anticosti.
Présence au Québec
Origine
Indigène
État de la situation
Au Québec, l’espèce a été répertoriée dans une cinquantaine de sites. Plusieurs d’entre eux abritent moins d’une centaine d’individus, ce qui les rend vulnérables aux perturbations de leur habitat. L’espèce est disparue à au moins deux endroits dans la région de Montréal.
Rang de précarité
Le rang de précarité provincial (rang S) de cette espèce est S3.
Signalement
Si vous repérez une population de cypripède tête-de-bélier, signalez sa présence au Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec. Vos observations permettront d’acquérir des connaissances sur cette espèce et son habitat afin de favoriser leur conservation.
Habitat
Le cypripède tête-de-bélier pousse à l’ombre, généralement en bordure de plans d’eau, dans des cédrières, des sapinières et des forêts de pin blanc et de chêne rouge. On le trouve sur des sols minces associés à des substrats calcaires. Ce type d’habitat est peu fréquent au Québec, ce qui limite la propagation de l’espèce.
Reproduction et propagation
Le cypripède tête-de-bélier se reproduit de deux façons : par ses graines et par les bourgeons issus de son système racinaire.
Les graines sont produites en été et dispersées par le vent à l’automne. Leur germination nécessite des conditions particulières de pH et d’humidité ainsi que l’association avec un champignon microscopique. Comme il est rare que ces trois éléments soient réunis en milieu naturel, la reproduction sexuée de l’espèce est très limitée.
Les rejetons végétatifs produits par le système racinaire ont une plus grande chance de survie.
Biologie
Le cypripède tête-de-bélier fleurit tôt, généralement à la fin de mai ou au début de juin, selon la région où il pousse. La fleur dure environ une semaine. Seuls les plants ayant atteint une dizaine de centimètres de haut sont capables de fleurir. La pollinisation se fait par les insectes attirés par l’odeur vanillée de la fleur. Sa structure complexe fait en sorte que l’insecte, après avoir pénétré dans la fleur, doit frotter son dos contre son organe femelle pour sortir. Cela occasionne le transfert du pollen prélevé sur une autre fleur.
Menaces pour l’espèce
Les principales menaces qui pèsent sur le cypripède tête-de-bélier sont :
- le développement résidentiel (villégiature);
- le retrait partiel ou total du couvert forestier;
- les activités récréatives comme le camping sauvage et la randonnée.
Désignation et rétablissement
Au Québec, le cypripède tête-de-bélier est une espèce désignée vulnérable depuis 1998 selon la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables.
Cette espèce est protégée et une autorisation pourrait être requise pour réaliser une activité en sa présence.
Une dizaine de sites abritant le cypripède tête-de-bélier se situent en totalité ou en partie dans des aires protégées. Trois de ces aires protégées visent spécifiquement la protection de l’espèce :
- l’habitat floristique de l’Île-Brisseau;
- l’habitat floristique du Parc-de-la-Plage-Jacques-Cartier;
- la forêt refuge du Lac-Fresavy.
Comme les activités d’aménagement forestier peuvent nuire à cette espèce, les sites en forêt publique où sa présence a été vérifiée bénéficient d’une protection administrative grâce à une entente de collaboration gouvernementale. Le nombre de sites protégés par cette entente évolue en fonction des nouvelles connaissances.
Apprenez-en plus sur le processus de désignation des espèces floristiques au Québec.
Informations complémentaires
Le cypripède tête-de-bélier a été découvert au Québec au début des années 1800 près de Montréal. Malgré les efforts menés par plusieurs botanistes, l’espèce n’a jamais été revue dans ce secteur.
La fleur de ce cypripède présente des caractères primitifs uniques pour le genre et la famille. Elle est d’un grand intérêt pour les scientifiques qui étudient l’évolution des plantes.
Pour en savoir plus
Références
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COMITÉ ÉDITORIAL DE FLORA OF NORTH AMERICA, éd. (1993+). Flora of North America North of Mexico, 25+ vol., New York et Oxford, [En ligne]. [http://beta.floranorthamerica.org].
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COUILLARD L., 1998. Espèces vulnérables au Québec : le cypripède tête-de-bélier, ministère de l’Environnement et de la Faune, Direction de la conservation et du patrimoine écologique, Québec, 4 p.
COUILLARD L., N. DIGNARD, P. PETITCLERC, D. BASTIEN, A. SABOURIN et J. LABRECQUE (2012). Guide de reconnaissance des habitats forestiers des plantes menacées ou vulnérables : Outaouais, Laurentides et Lanaudière, ministère des Ressources naturelles et de la Faune et ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, Québec, 434 p. [En ligne]. [https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/forets/documents/mesures-protection/GM_plantes-menacees-Outaouais-Laurentides-Lanaudiere.pdf].
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MINISTÈRE DE L’ENVIRONNEMENT, DE LA LUTTE CONTRE LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES, DE LA FAUNE ET DES PARCS (2024). Liste des espèces floristiques menacées ou vulnérables au Québec, [En ligne]. [https://www.quebec.ca/agriculture-environnement-et-ressources-naturelles/flore/especes-floristiques-menacees-ou-vulnerables/liste-especes].
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TARDIF, B., B. TREMBLAY, G. JOLICOEUR et J. LABRECQUE (2016). Les plantes vasculaires en situation précaire au Québec, Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec (CDPNQ), ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Direction de l’expertise en biodiversité, Québec, 420 p. [En ligne]. [https://www.environnement.gouv.qc.ca/biodiversite/especes-designees-susceptibles/plantes-vasculaires-situation-precaire.pdf].
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Note de bas de page numéro 1Les sépales sont les pièces, souvent vertes, de l’enveloppe protectrice de la fleur appelée « calice ». Retour à la référence de la note numéro 1
Dernière mise à jour : 28 janvier 2026
