Gestion des matières résiduelles agricoles

Les activités agricoles engendrent des matières résiduelles. Bien que leur gestion puisse représenter un défi pour les travailleurs du secteur, elles peuvent contribuer à l’économie circulaire et être une source de richesse.

Certaines de ces matières résiduelles, comme les fumiers, s’avèrent bénéfiques pour préserver la santé des sols. D’autres, comme les eaux usées, doivent être traitées avec soin pour éviter qu’elles ne se déversent dans l’environnement.

Savoir gérer ces matières est nécessaire pour en maximiser leur potentiel, assurer la sécurité des producteurs agricoles et protéger l’environnement.

Ouvrage de stockage

Les ouvrages de stockage servent à contenir le fumier. Ils doivent être étanches, sûrs et suffisamment grands pour stocker le fumier durant la période où les épandages sont impossibles.

Les ouvrages de stockage de fumier servent entre autres à :

  • Limiter les fuites de minéraux et de microbes indésirables dans les eaux de surface et souterraines;
  • Permettre une application opportune sur les cultures conformément à leurs besoins en nutriments.

Plusieurs éléments doivent aussi être considérés lors de l’installation d’un ouvrage de stockage comme le mode de stockage, la couverture de l’ouvrage et la sécurité des personnes.

Mode de stockage

Le choix entre stockage solide ou liquide pour les déjections des animaux dépend de plusieurs facteurs comme le type d’élevage, le calendrier d’épandage et les besoins agroenvironnementaux.

Il est aussi important de considérer les parcelles, les types de sols et les rotations des cultures. Le mode de stockage retenu doit permettre une valorisation optimale des déjections.

Stockage solide
Le fumier solide (c’est le cas pour les bovins, les volailles et les ovins) est stocké sur une aire bétonnée aménagée à même le sol, comme une plate-forme ou une dalle avec murets. Il peut facilement être valorisé dans les prairies.

L’ouvrage de stockage doit empêcher le fumier solide de s’infiltrer dans l’environnement. Il doit être assez grand et robuste pour accumuler les eaux de précipitations.

Stockage liquide
Le fumier liquide (c’est le cas généralement pour les porcs et certains bovins) est stocké dans des ouvrages de type réservoir. Ceux-ci devraient prendre en compte la quantité des eaux de dilution, soit :

  • L’eau perdue lors de l’abreuvement des animaux;
  • L’eau utilisée pour le nettoyage;
  • L’eau provenant des précipitations qui s’accumule dans l’ouvrage.

L’ouvrage de stockage pour le fumier liquide est souvent construit en béton armé. Un drain indépendant doit être installé sur le pourtour extérieur pour abaisser le niveau d’eau souterraine et contrôler l’étanchéité de l’ouvrage.

La gestion liquide des déjections permet de diminuer les besoins en paille ou en litière, en main-d’œuvre et en matériel. Elle nécessite par contre un contrôle serré du volume de matières à contenir. La surveillance du niveau des eaux de dilution et le respect des moments opportuns d’épandage sont essentiels.

Sécurité

La gestion des fumiers liquides peut occasionner des enjeux de sécurité pour les agriculteurs. La prudence est de mise lors du traitement des matières résiduelles agricoles.

Pour sécuriser chaque ouvrage de stockage, il est recommandé de prévoir :

  • Une clôture grillagée (type maille de chaîne) de 2 mètres, placée au-dessus du sol;
  • Une bouée de sauvetage avec corde.

Il est recommandé d’installer des clapets antiretour ou des siphons dans les conduites d’amenée de l’ouvrage de stockage si celui-ci est lié à un bâtiment abritant des animaux. Cette pratique permet aux gaz qui se dégagent de l’ouvrage de ne pas incommoder les bêtes.

Les fosses sous caillebotis demandent une attention particulière. Elles peuvent entraîner des dangers d’explosion en raison du méthane qui s’y dégage. Ce gaz explosif peut être emmagasiné dans la mousse en surface du lisier et peut se libérer au moment de l’arrosage. Il est donc primordial de vérifier régulièrement la sécurité des systèmes de chauffage et de ventilation.

Il est strictement interdit d’installer une échelle dans une fosse fermée (avec toiture).

Traitement des fumiers

Le traitement des fumiers à la ferme vise principalement à résoudre les surplus de matières fertilisantes. Le procédé de traitement privilégié doit donc permettre de concentrer les matières fertilisantes pour en faciliter « l’exportation » hors de la ferme.

Les résidus solides peuvent être acheminés vers un centre de traitement pour lui donner une valeur ajoutée (compost ou engrais organique granulaire).

Technologies de traitement

Les différentes technologies de traitement des fumiers existantes peuvent être classées en cinq catégories.

Compostage

Processus biologique aérobie qui décompose les matières organiques en compost, un produit stable, riche en humus, exempt de mauvaises odeurs et de germes pathogènes.

La séparation solide-liquide est l’extraction des particules solides de façon :

  • Mécanique (décanteur, filtre ou tamis, presse à vis ou centrifugeur, ultrafiltration, osmose);
  • Chimique (ajout de coagulants ou de floculants);
  • Électrochimique.

Le traitement biologique aérobie est l’utilisation de bactéries en présence d’oxygène pour transformer les matières organiques en biomasse.

Le traitement biologique anaérobie est le développement de bactéries en absence d’oxygène pour dégrader les matières organiques en un gaz combustible, ainsi qu’en un digestat résiduel.

Le séchage thermique est l’utilisation de la chaleur pour évaporer l’eau contenue dans le fumier.

Selon la technologie retenue, traiter le fumier permet à l’éleveur de :

  • Détruire les graines de mauvaises herbes, grâce au compostage et aux traitements aérobie ou anaérobie;
  • Réduire les besoins en surfaces d’épandage, grâce à la séparation solide-liquide;
  • Supprimer les pointes de travail à l’épandage, grâce au traitement complet des fumiers.

Le traitement du fumier permet aussi :

  • D’atténuer ou d’enrayer les mauvaises odeurs, grâce au compostage et aux traitements aérobie ou anaérobie;
  • De maîtriser les excédents de fertilisants ou d’éviter la surfertilisation des terres, grâce à la séparation solide-liquide;
  • D’hygiéniser les coproduits et de les réintroduire dans le milieu naturel avec des risques sanitaires amoindris, grâce au compostage et aux traitements aérobie ou anaérobie.

Installations de traitement

Les installations de traitement combinent souvent plusieurs techniques ou technologies, en fonction de la tâche à accomplir soit la désodorisation, la stabilisation, la déshydratation et l’hygiénisation des coproduits (solides ou liquides) dérivés du fumier initial.

Pour certaines installations, un partenariat entre producteurs peut s’avérer judicieux pour partager les frais d’aménagement élevés. Ces installations peuvent ne pas être adaptées ou rentables pour gérer de petites quantités de fumier.

Eaux usées agricoles

Les eaux usées des établissements agricoles concernent toutes les eaux ayant été utilisées ou ayant subi une transformation. Ces eaux impropres à la consommation proviennent directement ou indirectement de l’activité agricole.

Par exemple, dans le cas d’un établissement d’élevage, ces eaux incluent les :

  • Les eaux de lavage du matériel de traite et du réservoir à lait;
  • Les eaux de lavage du pis (vache, chèvre, brebis);
  • Les eaux d’évier;
  • Les eaux utilisées lors du nettoyage des planchers, des installations, des instruments et des camions de transport.

Gestion des eaux usées

Selon la situation, il est possible de gérer les eaux usées et d’éviter leur écoulement dans l’environnement par :

  • Le rejet vers un égout public, avec l’autorisation de l’exploitant du réseau;
  • Le stockage dans un ouvrage spécifique pour ces eaux ou dans l’ouvrage destiné à recueillir le fumier;
  • Le traitement (épuration) avec un système adapté : fosse septique, élément épurateur, floculateurs, marais, etc.

Les avantages du traitement des eaux usées sont de limiter le volume de l’ouvrage de stockage de fumier, d’éviter la dilution du fumier stocké afin de gérer un fumier peu « chargé », de transporter moins d’eau lors des épandages et de réduire les dépenses d’infrastructures.

Odeurs en milieu agricole

Les odeurs liées aux matières résiduelles agricoles peuvent déranger, entre autres en zones périurbaines et touristiques.

Trois facteurs rendent particulièrement complexes la mesure et l’appréciation des odeurs :

  • La présence simultanée de plusieurs gaz en cause;
  • La nature subjective de leur perception, qui varie de façon sensible d’une personne à l’autre et selon l’intensité, la force et le niveau d’acceptabilité sociale leur étant associés;
  • Leur caractère dispersif ou éphémère influencé par la météo.

La couverture de l’ouvrage de stockage et le recours à certaines technologies de traitement de fumier peuvent permettre d’atténuer ou d’enrayer les odeurs.

Dernière mise à jour : 21 août 2025

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