Publication Guide de gestion des urgences

Qualification des infirmières et des infirmières auxiliaires de l'urgence

Le personnel infirmier travaillant à l’urgence doit posséder une expertise clinique avancée, adaptée à un environnement complexe, dynamique et en constante évolution. Les infirmières et les infirmières auxiliaires ont la responsabilité professionnelle de maîtriser les normes, les protocoles et les ordonnances collectives en vigueur, de maintenir leurs compétences à jour et de répondre aux exigences légales et déontologiques propres à leur champ d’exercice.

Dans les milieux où ces deux professionnelles sont présentes, la complémentarité entre elles est essentielle pour assurer une prise en charge efficace et sécuritaire des usagers. L’organisation du travail doit favoriser une collaboration structurée et efficiente, permettant à chacune de contribuer pleinement selon son champ d’exercice et ses compétences. Une planification rigoureuse des ressources humaines est nécessaire pour répartir les tâches de manière optimale, en tenant compte des expertises spécifiques de chaque rôle. L’intégration des infirmières auxiliaires au sein des équipes doit être soutenue par un encadrement structuré, une reconnaissance claire de leur champ d’exercice et une valorisation de leur contribution dans une approche interdisciplinaire.

Intégration du personnel infirmier

L’intégration du nouveau personnel infirmier à l’urgence doit s’appuyer sur un plan de formation structuré, évolutif et adapté aux compétences individuelles ainsi qu’aux particularités cliniques de chaque installation. Ce plan combine formation théorique et pratique, avec un jumelage systématique entre la nouvelle ressource et une infirmière expérimentée.

Les éléments essentiels de cette approche incluent :

  • un calendrier d’intégration définissant la progression dans les différentes zones cliniques (civière, moniteur, ambulatoire, réanimation, triage), élaboré en collaboration avec la DSI;
  • une évaluation initiale et continue des compétences, permettant d’ajuster le parcours de formation et de prolonger l’orientation si nécessaire;
  • un encadrement par des préceptrices expérimentées, particulièrement dans les secteurs à haut risque;
  • une formation ciblée, propre à chaque secteur (ex. : triage, pédiatrie, ambulatoire), avec des contenus spécifiques selon les soins requis;
  • une orientation débutant idéalement dans l’aire de civières, en privilégiant des usagers plus stables;
  • une formation rigoureuse au triage, fondée sur les lignes directrices de l’OIIQ et l’échelle canadienne de triage et de gravité (ETG), avec une exposition progressive pour développer et maintenir les compétences.

La décision d’affecter au triage la totalité ou une partie des infirmières de l’urgence appartient aux gestionnaires. L’exposition fréquente au triage permet le développement, le renforcement et le maintien des compétences cliniques dans ce secteur névralgique. La formation axée sur la pratique infirmière au triage doit rigoureusement être révisée et s’appuyer sur les lignes directrices de l’OIIQ.

Les CEPI doivent bénéficier d’un encadrement spécifique : elles ne peuvent être affectées à des secteurs critiques (triage, réanimation, transport d’usagers instables) avant l’obtention de leur permis de l’OIIQ et l’acquisition des compétences requises. Pour en connaître davantage sur les activités permises aux CEPI, consulter le Règlement sur les activités professionnelles pouvant être exercées par des personnes autres que des infirmières et des infirmiers. L’OIIQ a également publié une liste des activités professionnelles permises pour les CEPI.

Cette approche ciblée favorise la sécurité des soins, le développement professionnel, la rétention du personnel et l’adaptation aux exigences du milieu.

Formation continue

Un programme de formation en cours d’emploi est indispensable pour maintenir une pratique infirmière sécuritaire et adaptée aux réalités de l’urgence. Il vise à :

  • actualiser les connaissances cliniques et en santé et sécurité du travail, selon les besoins des clientèles variées (pédiatrie, aînés, santé mentale, etc.);
  • soutenir une pratique fondée sur les données probantes;
  • intégrer les nouvelles technologies dans les soins;
  • renforcer le jugement clinique par l’amélioration continue des programmes existants.

La DSI, en collaboration avec l’équipe de l’urgence ainsi que la Direction des ressources humaines, joue un rôle clé dans l’identification des besoins, le développement des contenus et l’organisation des activités de formation.

Conformément aux exigences des ordres professionnels, les infirmières et les infirmières auxiliaires doivent maintenir leurs compétences à jour. La formation continue offerte par l’établissement constitue un outil structurant pour soutenir ce développement professionnel et assurer des soins de qualité.

Organisation de l’équipe en soins infirmiers

La planification des effectifs en soins infirmiers à l’urgence repose sur un nombre suffisant de ressources, établi conjointement avec la DSI, les secteurs cliniques et les ressources humaines, en fonction de plusieurs variables : le volume d’usagers, la complexité clinique, la configuration physique des lieux, le niveau d’expertise du personnel ainsi que les budgets alloués et anticipés.

Certaines urgences à plus faible volume disposent d’une seule aire de civières sans distinction pour le monitorage, ce qui influence la composition de l’équipe. De plus, les horaires de soir, de nuit et de fin de semaine sont souvent marqués par une présence accrue de personnel moins expérimenté, alors que les besoins cliniques demeurent élevés. Il est donc essentiel d’assurer une présence suffisante de personnel expérimenté et un soutien clinique renforcé durant ces périodes.

La composition de l’équipe doit aussi tenir compte de la formation, de l’expérience et de l’expertise requises pour répondre aux besoins spécifiques des usagers dans chaque secteur. Des mécanismes de renfort rapide et des plans de contingence doivent être prévus pour assurer la continuité et la sécurité des soins, particulièrement en période de surcharge.

Secteur du triage

La présence continue 24 heures sur 24 d’au moins une infirmière est essentielle dans ce secteur névralgique. Le plan d’effectifs doit être établi en fonction du niveau d’activité et selon les normes de l’ETG. Le gestionnaire s’assure que la couverture infirmière est suffisante pour répondre à la demande fluctuante.

Secteur de l’aire ambulatoire

Lorsqu’un médecin est attitré à ce secteur et que le volume d’activité le justifie, une infirmière doit être présente en tout temps. Une infirmière auxiliaire peut également y être affectée, à condition qu’elle travaille en collaboration étroite avec l’infirmière responsable.

Secteur de l’aire de réanimation

Une infirmière est toujours attitrée à cette aire, même en l’absence d’usagers. Elle peut alors soutenir les autres secteurs. En raison de l’imprévisibilité des situations critiques, elle doit pouvoir être rapidement libérée de toute autre tâche pour intervenir. Selon la gravité ou le nombre d’usagers, une équipe de deux à trois infirmières peut être requise. L’organisation du travail doit prévoir ces situations, avec des rôles clairement définis et connus de tous.

Secteur de l’aire de civières

Les usagers de cette aire nécessitent souvent des interventions multiples et une surveillance étroite. Le plan d’effectifs est ajusté selon la complexité clinique. Pour les usagers stables ou en attente d’hospitalisation, une dyade infirmière-infirmière auxiliaire peut être mise en place, permettant une répartition efficace de la charge de travail selon les besoins.